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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Une Balle dans la tête


Réalisateur : John Woo
Actrice : Tony Leung Chiu-Wai, Jacky Cheung, Waise Lee,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Action, Drame, Thriller.
Nationalité : Hongkongais.
Durée : 2h13min

Date de sortie : 4 août 1993
Date de ressortie : 4 février 2026

Synopsis :
Hong Kong 1967. Tandis que les manifestations pro-communistes secouent la colonie britannique, trois amis, Ben, Frank et Paul tentent de subsister malgré leur condition sociale précaire. Devenu assassin malgré-lui le jour même de son mariage, Ben se voit contraint de fuir au Vietnam, accompagné de ses deux camarades. Projetés dans la guerre qui fait rage, les 3 jeunes hommes vont subir les pires revers et humiliations, jusqu’à ce que leur amitié explose...





Si l'on a toujours l'impression de devoir choisir entre l'un de ses enfants - où pas loin -, lorsque l'on nous pose la question fatidique du " quel est le meilleur Woo, The Killer où À toute épreuve ? " (rassures-toi, il n'y a pas fondamentalement de bonne réponse, l'humeur du moment nous fait toujours pencher de l'un des deux côtés sans réelles convictions), imaginez juste le choix férocement cornélien que cela serait si l'on venait à ajouter Le Syndicat du Crime (et sa suite) où encore Une Balle dans la tête dans l'équation : impossible de choisir, et c'est ce qui fait toute la richesse folle du cinéma béni du roi incontesté de l'heroic bloodshed.

Pur requiem sanguinaire né d'une rupture brutale (le projet est né d'une réécriture du scénario du Syndicat du Crime 3, in fine échoué à Tsui Hark après une brouille entre les deux cinéastes pendant le développement du projet), dont la lente et dévastatrice descente au coeur des enfers de ses protagonistes traumatisés par les affres de la Guerre du Vietnam, en fait un cousin chinois aussi naturel que profondément amer au monument Voyage au bout de l'enfer de Michael Cimino (à la structure presque jumelle), Une Balle dans la tête est diamant noir désabusé et tragique, peut-être même l'œuvre la plus profonde et aboutie jamais chapeautée par le papa de Volte/Face.

Copyright Metropolitan FilmExport

Exploration crue et phénoménale du nihilisme de la violence de l'homme, entre le film de guerre épique et le film d'action mélancolique a la lisiere de l'horreur plaçant - littéralement - le spectateur dans le chaos tragique et absurde d'être pris au milieu d'une pluie de balles, le film suit le lent et inéluctable délitement psychologique de trois amis d'enfance qui, par la force même de leur amitié et d'une vengeance jugée légitime, doivent fuir Hong Kong pour un Vietnam en pleine guerre, confrontés au plus près de l'horreur d'un pays bouffé par le chaos et la cupidité, dont ils vont singer la folie mortifère dans une quête vaine et impuissante de survie.

Redéfinition partielle d'un cinéma qui faisait jusqu'ici la part belle à des antihéros à la morale empathique (avec un lyrisme qui n'est ici cantonné qu'à l'enthousiasme innocent de ses premières minutes), Woo joue la carte de l'overdose - stylistique comme émotionnelle - pour mieux éreinter son spectateur autant que de le confronter frontalement à une violence systémique qui n'a de cesse de se répéter, dans une sorte de cycle infernale où l'humanité, instable et heurtée dans sa chair, est vouée à éternellement se déchirer sans la moindre issue possible, sans la moindre lueur optimiste d'une paix sans haine, sang et confusion.

Le cinéaste embrasse dans l'urgence la vie comme la mort d'un baiser fiévreux (avec l'appui d'une photographie démentielle d'Eddie Adams), laisse s'embraser les âmes comme le monde dans un cauchemar anxiogène et sophistiqué Shakespearien en diable, et accouche d'une bombe à retardement cinématographique, dense et imposante, rugueuse et bouleversante.

Une merveille, rien de moins, dont la ressortie en version restaurée ne fait qu'en décupler la puissance comme l'importance.


Jonathan Chevrier