[CRITIQUE] : Rental Family - Dans la vie des autres
Réalisatrice : Hikari
Avec : Brendan Fraser, Mari Yamamoto, Takehiro Hira, Shannon Mahina Gorman,...
Distributeur : The Walt Disney Company France
Budget : -
Genre : Comédie, Drame.
Nationalité : Américain, Japonais.
Durée : 1h50min.
Synopsis :
Tokyo, de nos jours. Un acteur américain qui peine à trouver un sens à sa vie décroche un contrat pour le moins insolite : jouer le rôle de proches de substitution pour de parfaits inconnus, en travaillant pour une agence japonaise de « familles à louer ». En s’immisçant dans l’intimité de ses clients, il commence à tisser d’authentiques relations qui brouillent peu à peu les frontières entre son travail et la réalité. Confronté aux complexités morales de sa mission, il redécouvre progressivement un but, un sentiment d'appartenance et la beauté sereine des relations humaines…
Tous les Werner Herzog-zouzes sûr(e)s se souviennent du magnifique Family Romance LLC, doc tourné dans l'urgence qui s'attachait aux actions diverses d'une entreprise Herzogienne en diable - mais bel et bien vraie - : Family Romance, spécialisée dans la location de " proches ", pour ceux qui étant capable d'y mettre le juste prix, une relation platonique où des acteurs professionnels incarnent des amis, des collègues ou des membres - fictifs - de la famille afin d'offrir aux clients, une expérience spécifique à ses exigences.
Un effort hybride et expérimental frappé d'un ton aussi mélancolique que doux-amer, flanqué au coeur d'un Japon dont l'humanité s'éteignait douloureusement au contact d'une modernité galopante, où l'artifice et le mensonge se substituaient à une réalité de plus en plus désespérée et pathétique, sorte de dystopie fine, fascinante et étrangement enjouée où l'on trompe la vérité pour quelques instants de bonheur fugaces.
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Le tout sous couvert d'une critique acerbe et sans concession du capitalisme ambiant, aux ravages tout autant chaotiques que profondement dérangeant : dans le marché du divertissement, tout peut être réduit au commerce, même la vérité des liens affectifs, quitte à ne pas être l’abri d'un attachement pourtant interdit.
Sensiblement dans l'ombre du maître allemand, obsédé par le mystère de la nature humaine et du chaos de son existence, la cinéaste nippone Hakiri, pour son second long-métrage, revisite cette réalité artificielle en lui insufflant une touche sensiblement plus émouvante et Kore-eda-esque (avec en point d'orgue l'idée, passionnante, de voir ce qu'il se passe lorsqu'une émotion artificielle et tarifée, se confond avec une émotion réelle et non feinte), tout en jouant habilement sur le capital sympathie énorme d'un Brendan Fraser qui n'a besoin que d'un simple regard pour titiller notre corde sensible.
Le comédien américain y incarne, justement, un acteur plus où moins raté, Philip Vandarploeg, venu poser ses valises à Tokyo, à la suite d'une publicité pour du dentifrice.
Alors qu'il peine à trouver un sens à sa vie (où même sa place dans une cité tokyoïte où sa carrure détonne), il décroche un contrat tout aussi inespéré qu'insolite : jouer le rôle de proches de substitution pour de parfaits inconnus, en travaillant pour une agence japonaise de « familles à louer ».
S'il est réticent au départ (son sérieux l'empêche d'imposer toute distance émotionnelle), peu à peu, en s’immisçant dans l’intimité de ses clients pour tromper leur solitude comme la sienne, il commence alors à tisser d’authentiques relations qui brouillent peu à peu les frontières entre son travail et la réalité, notamment au détour de son rôle de faux père auprès de la jeune Mia (il est engagé par une mère célibataire pour présenter l'image d'une famille stable, et ainsi faciliter d'admission de sa fille dans une prestigieuse école privée), envers qui il développe de véritables sentiments paternels (sa relation le renvoyant aux souvenirs douloureux d'une enfance sans figure paternelle)...
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Embaumé dans une photographie solaire de Takurô Ishizaka, Rental Family - Dans la vie des autres joue la carte du divertissement tendre et bienveillant qui, a l'image de ses personnages, évite tout conflit/complexité (la réalité dérangeante derrière le commerce des sentiments, qui " ne vend pas des mensonges mais des émotions ") et encore moins tout regard critique/politique (des regards/structures conservatrices/patriarcales aux problèmes sociaux dont le capitalisme tire pleinement profit, aucune remise en cause n'est faite), pour célébrer le pouvoir discret mais essentiel de l'empathie, comme le désir d'être vu et d'exister pour une poignée d'âmes.
Hakiri suggère plus qu'elle ne pointe les dérives comme les maux d'une société fracturée, mais elle a une arme de destruction massive dans sa manche pour corriger le tir : un Brendan Fraser à l'authenticité bouleversante.
Ça ne comble pas tous les manques, mais ça fait quand-même méchamment son effet...
Jonathan Chevrier









