[SƎANCES FANTASTIQUES] : #107. Dave Made a Maze
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Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70's/80's ; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
Avec Dave Made a Maze, Bill Watterson livre un objet cinématographique aussi improbable que profondément attachant, qui s’impose avant tout comme une célébration débridée de l’inventivité artisanale et de l’imaginaire bricolé. Le film raconte l’histoire de Dave, trentenaire un peu perdu, qui construit dans son salon un labyrinthe en carton si vaste et complexe qu’il devient physiquement et mentalement dangereux. Autour de ce postulat absurde, le film déploie une proposition visuelle d’une richesse rare, qui constitue sans conteste sa plus grande réussite.
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L’ingéniosité des décors est tout simplement bluffante. Entièrement conçus à partir de matériaux pauvres tels que carton, papier, ruban adhésif, ficelle et autres objets du quotidien, les espaces du labyrinthe se transforment en un terrain de jeu visuel inépuisable. Chaque pièce semble obéir à sa propre logique plastique : couloirs géométriques, pièges inspirés de jeux vidéo, fausses perspectives, mécanismes absurdes, monstres de papier et installations quasi surréalistes. Le film fait preuve d’une créativité constante, refusant toute facilité numérique au profit d’effets pratiques visibles, assumés, et d’autant plus réjouissants. Cette matérialité revendiquée donne au film une chaleur et une personnalité singulières, rappelant l’esprit du cinéma bricolé de Michel Gondry ou des créations DIY issues de l’art contemporain.
Cette profusion visuelle ne relève pas seulement de la démonstration technique : elle sert un véritable discours sur la création artistique, la peur de l’échec et la tentation de se réfugier dans des mondes imaginaires pour éviter d’affronter la réalité. Le labyrinthe devient une métaphore évidente mais efficace de l’esprit de Dave : foisonnant, ingénieux, mais aussi confus, dangereux et difficile d’accès. Le film séduit par sa capacité à transformer une crise existentielle banale en aventure sensorielle, drôle et parfois étonnamment mélancolique. Cependant, si Dave Made a Maze impressionne durablement par son inventivité visuelle, il peine à maintenir la même exigence sur le plan narratif. L’histoire, volontairement simple, tend à s’essouffler à mesure que le film avance. Les personnages secondaires, bien que sympathiques, restent souvent cantonnés à des archétypes, et leurs arcs dramatiques manquent de profondeur. Le propos, clair dès les premières minutes, est décliné sans véritable évolution, donnant parfois l’impression que le film tourne en rond, à l’image de son labyrinthe.
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Ce léger manque de densité narrative n’annule toutefois pas le plaisir de la découverte. Le film se regarde moins pour ce qu’il raconte que pour la manière dont il le raconte, et surtout pour ce qu’il montre. Dave Made a Maze s’impose ainsi comme une expérience sensorielle et ludique, un manifeste joyeux pour la créativité sans moyens et l’imagination sans limites. Malgré une structure scénaristique perfectible, il demeure une œuvre profondément originale, qui rappelle que le cinéma peut encore surprendre en revenant à l’essentiel : des idées, des mains, et beaucoup de carton.
Jess Slash'Her









