[CRITIQUE] : Send Help
Réalisateur : Sam Raimi
Avec : Rachel McAdams, Dylan O'Brien, Edyll Ismail, Dennis Haysbert,...
Distributeur : The Walt Disney Company France
Budget : -
Genre : Comédie, Epouvante-horreur, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h54min.
Synopsis :
Seuls rescapés d'un accident d'avion, Linda Liddle et Bradley Preston se retrouvent à présent coincés sur une île déserte. Pour ces deux collègues que tout oppose, l’heure est venue de surmonter les griefs du passé et de travailler ensemble pour tenter de s’en sortir. Sauf qu’en fin de compte la bataille pour la survie devient une épreuve de force, inquiétante et cruellement drôle, où chacun veut jouer au plus fin...
Tout comme à l'époque de Drag me to hell/Jusqu'en enfer, le spectateur lambda et encore plus l'amoureux•se du cinéma du bonhomme, était en droit de penser qu'après près d'une décennie à vagabonder au coeur d'une jungle Hollywoodienne qui l'a vu plaquer sa caméra du côté des catalogues Disney et Marvel, Sam Raimi ait perdu un tant soit peu de son mojo horrifique, de sa capacité à se remettre en question tout en épousant pleinement une horreur qu'il a su révolutionner avec cynisme et panache dans les 80's (Evil Dead mais surtout sa suite).
Il était tout en droit d'avoir stupidement tort aussi, tant le Raimi savoureusement provocateur et machiavélique démontre avec une fougue folle qu'il est toujours autant capable d'administrer une leçon frappadingue à un divertissement US majoritairement ronronnant - et qui en a toujours méchamment besoin.
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Faux train fantôme corrosif mais vrai ride jubilatoire, démontrant aussi bien la virtuosité folle de Raimi a jongler entre les tons que sa propension à fournir une étude de caractère toujours poussé, Send Help est un bijou de comédie noire sauce survival jubilatoire, que l'on pourrait vulgairement - mais pas sans pertinence - penser comme une fusion entre Six jours, sept nuits (sans la moindre substantifique moelle romantique) et Misery sauce lutte des classes subtile et féroce, flanqué au plus près des aternoiments d'une employée d'un cabinet de conseil prestigieux toute aussi brillante et compétente que férocement exploité (Linda, une jeune femme certes excentrique mais qui ne ménage jamais ses efforts, et qui désespère d'obtenir une promotion qu'on lui fait miroiter depuis trop longtemps), et de son patron, un individu imbuvable, paternaliste et complaisant qui la méprise (Bradley, un parvenu plus préoccupé par sa libido et ses parties de golf, que par un poste fraîchement hérité dont il n'a aucune compétence pour le mérité) tout en cherchant à s'en débarrasser pour promouvoir un ami tout aussi incompétent - si ce n'est plus.
Une femme maladroite et solitaire à qui l'on renvoie constamment son statut social inférieur, face à un homme qui confond - volontairement - richesse héritée et valeur intrinsèque.
Tout bascule lorsqu'ils deviennent les seuls survivants d'un spectaculaire crash d'avion en plein océan (dit avion qu'ils avaient pris pour conclure une affaire complexe), et qu'ils se retrouvent piégés sur une île déserte, terrain hostile où le rapport de force est totalement inversé : Bradley se blesse à la jambe et devient totalement dépendant d'une Linda qui, sur l'île, se révèle être une véritable survivante, capable de construire un abri avec la même facilité déconcertante que de chasser pour se nourrir où trouver de l'eau.
Un juste retour de bâton pour une jeune femme qui exploite toutes ses compétences, et ne va absolument pas se priver de faire payer à son patron, à la chute de statut brutale (si c'est à l'environnement de déterminer la valeur de chacun, il n'en a plus aucune sur l'île), toutes les humiliations passées...
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Tout est là, résumé en une poignée de lignes et pourtant, c'est définitivement dans son apparente simplicité/familiarité que le Raimi nouveau tire toute sa force, fruit d'une narration claire comme intelligente dans sa manière d'offrir une caractérisation en profondeur de ses deux personnages principaux (incarnés à la perfection par un duo Rachel McAdams/Dylan O'Brien à l'alchimie incroyable), dont les évolutions graduelles sont destinées à questionner comme à réévaluer la sympathie d'un spectateur qui, de prime abord, ne peut que ressentir une empathie naturelle pour Linda (qui est, heureusement, jamais idéalisée).
Féroce dans son humour (burlesque) tout autant que dans sa mise en scène, au plus près des corps et des visages (une intimité viscérale, presque agressive, qui se percute à une photographie à la lumière particulièrement crue), Raimi, qui s'offre même quelques embardées horrifico-noires particulièrement réussies (le crash d'avion en tête), compose un survival entre rire et répulsion, s'épanouit dans la crasse du réel pour mieux fustiger avec un cynisme sec les travers du capitalisme moderne, entre népotisme exacerbé, sexisme affirmé et égos surdimensionnés, pour mieux pointer la lâcheté des dirigeants comme célébrer le pouvoir épanouissant d'une vengeance dûment méritée mais non sans nuances (le pouvoir corrompt toujours ceux qui le détiennent).
Le grand Sam est de retour et non, ce n'est définitivement pas pour nous jouer un mauvais tour...
Jonathan Chevrier



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