[CRITIQUE] : Obsession
Réalisateur : Curry Barker
Acteurs : Michael Johnston, Inde Navarrette, Cooper Tomlinson,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h49min.
Synopsis :
Et si vous pouviez réaliser votre rêve le plus fou ? Un jeune introverti met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Son crush de toujours tombe alors raide dingue de lui… jusqu’à l’obsession la plus totale. Faites attention à ce que vous souhaitez !
Mais qu'a t-il bien pu arriver à la firme Blumhouse, pour que celle-ci se lance dans une winning streak venant totalement bousculer sa routine habituelle faite de productions fadasses couplées à une franchisation/gang-bangisation (si, ça se dit) du moindre de leur concept un tant soit peu solide ?
Alors certes, notamment avec l'appui d'un James Wan pourtant pas toujours finaud quand il porte sa casquette de producteur sur la caboche, il arrive parfois que tonton Jason Blum vise juste et chapeaute quelques bisseries honorables - voire de vraies pépites - venant masquer le souvenir, impérissable, de chefs-d'œuvres tels que Imaginary, Night Swim et autres The Woman in the Yard et Megan 2.0 (pour ne citer que les plus récent), mais produire plusieurs chouettes séances d'affilé qui mérite fièrement leur pesant de pop-corn, ce n'était pas forcément le genre de prouesse que l'on pensait être inscrite dans son ADN.
Passé un chouette (oui) Black Phone 2 et un réussi Le Réveil de la Momie, place désormais à un étonnant Obsession, estampillé second long-métrage de l'ex-youtuber/comédien/wannabe cinéaste Curry Barker (même si l'on peut considérer son Milk and Serial non pas comme un long-métrage, mais plutôt comme un moyen-métrage vu sa durée ne dépassant qu'à peine les 60 minutes), devenu en une poignée de mois l'une des futures next big thing d'un cinéma horrifique ricain enfin (re)lancé sur de bons rails - pn lui a offert sur un plateau d'argent le prochain film Massacre à la tronçonneuse.
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Sous ses faux airs de rip-off mignon entre Wishcraft et Burying the Ex, la narration, dont le point de départ est on ne peut plus simple et balisé (Bear est amoureux depuis toujours de sa meilleure amie d'enfance, Nikki, et après une nouvelle tentative de confession de ses sentiments ratée, il déclenche - involontairement - par un souhait une malédiction surnaturelle qui bouleverse leur relation, tant Nikki devient follement amoureuse de lui, mais de la manière la plus terrifiante et obsessionnelle qui soit), jongle tout du long entre horreur pure et humour noir, pour mieux s'amuser du cliché facile de la petite amie psychotique, pour virer sur un joli portrait charnue d'une figure terrifiante dont l'autonomie comme l'âme, a totalement été ôtée autant par une force surnaturelle implacable (et, elle aussi, traitée avec un détachement humoristique assez malin), que par la vision toxique et masculine d'un meilleur ami qui perçoit l'amour et l'être aimé, comme un fantasme de possession absolu (et qui impose à l'autre son amour comme son obsession/malédiction).
C'est en voulant tellement être avec Nikki (avec un discours assez alarmant) que Bear commet égoïstement l'irréparable et maudit la relation amoureuse qu'il désirait tant (et qu'il aurait pu vivre s'il ne laissait pas sa lâcheté le dominer), puisqu'il cherche à contrôler aussi bien le destin que la volonté de l'objet de ses désirs (ce qui transforme également sa relation avec ses proches), pour l'avoir à ses côtés - une femme trophée, même dans l'amour.
Si cela ne justifie pas pour autant l'instabilité extrême de Nikki (mais renforce l'antipathie profonde du spectateur pour Bear, même si l'on partage son angoisse face à une compagne devenue imprévisible), ni sa violence psychotique et excessive (le basculement dans l'horreur est une piste un peu trop évidente, aussi bien prise soit-elle) qui grimpe crescendo jusqu'à un final en apothéose, cohérent émotionnellement comme thématiquement, cela dessine une exploration particulièrement juste des rouages d'une société patriarcale qui exige d'une femme de correspondre à l'image biaisée et impersonnelle, de la petite amie/épouse parfaite (sexy, dévouée, aimante et totalement sous contrôle) à travers le calvaire ambiguë de Nikki (campée par une incroyable Inde Navarrette), engagée dans une relation romantique et sexuelle qu'elle n'a pas choisie.
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Pas exempt d'un gros ventre mou en plein milieu de bobine, ni de quelques scènes d'exposition surlignant un peu trop le manque d'assurance et de subtilité de son écriture (idem côté mise en scène, quand bien même le bonhomme se montre un monteur hors pair pour combler un poil ses lacunes) Obsession n'en reste pas moins une solide et nuancée proposition qui brouille intelligemment les frontières entre victime et bourreau au coeur d'une relation toxique/obsessionnelle, et dont l'habile mélange des genres et des tons, distille une atmosphère toute aussi gênante que grotesque.
Prometteur donc.
Jonathan Chevrier









