[CRITIQUE/RESSORTIE] : Dune
Réalisateur : David Lynch
Avec : Kyle MacLachlan, Jürgen Prochnow, Francesca Annis, Sting, Everett McGill, Max von Sydow, Brad Dourif, Dean Stockwell, Patrick Stewart,…
Distributeur : Les Acacias
Budget : -
Genre : Aventure, Science-fiction, Fantastique.
Nationalité : Américain, Mexicain.
Durée : 2h17min
Date de sortie : 6 février 1985
Date de ressortie : 13 mai 2026
Synopsis :
La saga du guerrier intergalactique Paul Atréides et de son ascension messianique pour conduire son peuple luttant pour sa survie. Le jeune héros mène ses guerriers contre un baron maléfique et tente de mettre fin à un trafic d'"épices" à l'échelle de la galaxie.
Que reste t-il, quarante-deux ans plus tard, du - stupidement - conspué mais pourtant culte Dune, d'un feu David Lynch qui lui-même, déteste viscéralement son film ?
L'image indélébile d'un Sting en slip, tout droit sortie d'une publicité kitsch pour un parfum de luxe ?
Pas totalement faux, petite excentricité d'un tonton David au cinéma encore naissant (et qui avait bazardé juste avant, la réalisation du Retour du Jedi... notre gars sûr) et attendant d'être vacciné pour ne plus avoir à accepter un projet d'envergure tout en compromis mais aussi et surtout, pour ne plus avoir à se frotter à un pavé littéraire pas des plus simples à adapter (et pas par sa qualité, entendons-nous bien, les roman de Frank Herbert étant loin d'être la lecture la plus agréable qui soit), érigé en totem lumineux d'une science-fiction d'époque là où il est, pourtant, un héritier direct de la fantasy à la Tolkien (le même terreau fertile que G.R.R. Martin arpentera pour Game of Thrones, aux similarités loin d'être anecdotiques).
Film anti-Lynchien de la plus stricte manière qui soit - un film à l'intrigue linéaire pour un cinéaste de l'abstraction qui y est allergique -, tout en étant fermement marqué au fer rouge par l'aura artistique de son metteur en scène (c'est contradictoire oui, mais fais avec cher lecteur), qui s'intéresse moins à la superficialité des intrigues de pouvoir intestine pensées par Herbert (qu'il adapte néanmoins scrupuleusement, même si les ellipses irritantes de la seconde moitié laissent penser le contraire), et encore moins la complexité psychologico-écologique du matériau d'origine, qu'à mettre une claque artistique dans la tronche d'un auditoire qui ne demande que ça, qu'à s'attacher à scruter la laideur repoussante d'une humanité qui n'en est plus réellement une, tout en célébrant un mysticisme qu'il ne salope pas sur l'autel de l'exposition extrême (même s'il se fait plus verbeux que les autres adaptations, le parti pris des multiples charcutages qui ne sont pas à imputer à Lynch : ses images sont plus évocatrices que la voix-off omniprésente).
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L'impact visuel et l'évasion des sens (embrumée dans la photographie démente aux teintes orangées de Freddie Francis) plus que la complexité sinueuse et intellectuelle (il rend plus accessible l'œuvre d'Herbert, ce qui en fait une parfaite et condensée porte d'entrée à son oeuvre), la célébration viscérale du surréalisme et de l'étrange plus qu'une approche plus directe et expurgée de toute violence (ce que se refuse ici Lynch malgré ses limites imposées - alors que le livre exigeait d'aller plus loin -, à la différence - et ce n'est pas la seule - de la version sensiblement plus aseptisée de Denis Villeneuve), quitte à porter fièrement ses cicatrices sur chaque pores de sa pellicule (dont un final horriblement simplifié).
Une plongée hypnotique dans des ténèbres psychédéliques et lancinantes, clouée aux basques d'un Kyle MacLachlan définitivement plus charismatique et empathique que Timothée Chalamet (même pas pardon), que le cinéaste façonne déjà consciemment comme le futur héros de son cinéma, figure attachante dont l'enthousiasme juvénile masque une maturité aussi sombre que profonde.
Arrêtez d'ériger vos songes tout mouillés et aveuglés d'un Dune par Jodorowsky qui avait tout d'une catastrophe industrielle (David Lean et Ridley Scott étaient aussi sur les rangs dans les 70s, ne l'oublions pas), et imaginez ce qu'aurait pu donné un Dune par Lynch libre et non-amputé par Dino et Raffaella De Laurentiis (le film était, initialement, pensé comme la rampe de lancement à une trilogie... mais aussi un simili-Star Wars opportuniste par ses producteurs), embaumé par les sonorités toujours aussi folles de Toto et Brian Eno.
Un film du " trop " à qui l'on ne permet pas de nous en donner assez, typiquement ce genre " d'Épice " qui nous fait vibrer...
Jonathan Chevrier








