[CRITIQUE] : La Bataille de Gaulle - L'Âge de Fer
Réalisateur : Antonin Baudry
Acteurs : Simon Abkarian, Matthieu Kassovitz, Loïc Corbery, Anamaria Vartolomei, Benoit Magimel, Niels Schneider, Thierry Lhermitte, Karim Leklou, Simon Russell Beale,...
Distributeur : Pathé Films
Budget : -
Genre : Historique, Thriller, Drame.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 2h40min.
Synopsis :
Juin 1940. La France s'effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s'échappe vers Londres pour sauver ce qu'il reste d'un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n'a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n'est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l'ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l'Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.
Il y a quelque chose qui nous échappe dans la politique de production de Pathé depuis quelques années, dans cette volonté de vouloir s'inscrire dans l'ombre d'un cinéma ricain spectaculaire et - majoritairement - vain, en sortant d'une manière aussi absurde que répétée son chéquier pour dégainer des divertissements supposément épiques, mais qui pointe continuellement (et cruellement) l'incapacité de notre cinéma bien de chez nous à se donner pleinement les moyens de ses ambitions, même avec plusieurs dizaines de millions entre les mains : Le Comte de Monte-Christo d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, est l'arbre plutôt élégant qui cache une forêt jonchée de plantades créatives (Astérix et Obélix : l'Empire du milieu, le diptyque Les Trois Mousquetaires,...).
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| Copyright 2026 Pathé Films - TF1 Films Production - Belvédère - Auvergne Rhône Alpes Cinéma - Photo Malgosia Abramowska |
Mais le diptyque De Gaulle (La Bataille De Gaulle : L'âge de Fer et J'écris ton nom) chapeauté par un Antonin Baudin qui nous avait gentiment marqué avec son premier effort - Le Chant du Loup -, semblait repousser encore un peu plus les limites d'une méthode confiant mignon avec l'incident industriel, et dont les échos de tournage ne laissaient rien présager de bon (deux mois de retard sur le planning des prises de vue, une équipe technique qui se fait la malle, un budget qui serait loin des 74M€ annoncés, mais qui flirtait bien plus entre 85 et 100M€).
Flairez plutôt : une sorte de biopic historique façon gros roman national qui réécrit/romantise l'histoire à son avantage (en s'inspirant de l'ouvrage De Gaulle, une certaine idée de la France de l'historien britannique Julian T. Jackson), en plaçant la figure de de Gaulle comme un Don Quichotte bien de chez nous (de l'aveu même du cinéaste, et surligné sans subtilité au cours du film) à la fois isolé mais plein artisan de la victoire des alliés (un génie, même dans la défaite), dont l'iconisation n'a rien à envier aux plus grandes figures héroïques des catalogues Marvel où DC.
Le tout avec une distribution maousse costaud : Simon Abkarian, Anamaria Vartolomei, Benoit Magimel, Niels Schneider, Thierry Lhermitte, Karim Leklou où encore Matthieu Kassovitz, Loïc Corbery et Simon Russell Beale.
Résultat, cette première partie coche toutes les cases de l'hagiographie sans recul critique, affreusement académique et conventionnel as hell, qui relate l'histoire sans jamais s'inscrire dans sa réalité (ce qui en fait le parfait contraire du fantastique Notre Salut d'Emmanuel Mouret), et qui aborde sa figure centrale sans jamais chercher à l'égratigner (logique puisqu'elle ne débande jamais... true story); vraie figure d'autorité face à laquelle il s'impose une distance révérencieuse et une gymnastique toute en contre-plongée, qui rend d'autant plus ridicule sa quête vaine de lui donner une quelconque substance vulnérable et émotionnelle (impossible de trouver l'homme derrière le symbole, réduit à une caricature enchaînant les punchlines il est vrai assez drôles), même si ses tentatives l'humaniser en le tournant en ridicule (l'épisode, entre autres, du paludisme au Cameroun), tombent peut-être encore plus à plat.
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| Copyright 2026 Pathé Films - TF1 Films Production - Belvédère - Auvergne Rhône Alpes Cinéma - Photo Malgosia Abramowska |
Un sommet de mimétisme et de rigidité à la lisière du parodique (moins proche de la fresque aventuro-historique à la David Lean, que du gigantesque spot publicitaire patriotico-conscient pour l'armée française... après tout, pas si bête à une époque où l'on est censé être en guerre piur tout, sauf pour préserver nos droits et nos libertés), où les personnages - trop nombreux - ne sont réduits qu'à des caricatures quand ils ne sont pas totalement abandonnés au bord de la route par une écriture sans âme (les figures féminines sont totalement inexistantes, d'autant que Vartolomei n'est réduite qu'au statut de love interest, et seul Benoit Magimel et Niels Schneider font des miracles avec ce qu'ils ont : pas grand chose...), qui enchaîne les tunnels de dialogues - et les ellipses - pour suggérer une action qu'elle n'a pas les moyens de montrer (même si quelques scènes d'action sont vraiment solides).
Dans un sens, le pari officieux de Pathé est réussit : faire des productions à rallonge comme les américains, au patriotisme affirmé et qui transpirent les fonds verts à plein nez.
Vivement la suite donc, pour voir si le ratage est pleinement consommé où non.
Jonathan Chevrier



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