[CRITIQUE] : Fjord
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| Copyright Le Pacte |
Réalisateur : Cristian Mungiu
Acteurs : Sebastian Stan, Renate Reinsve, Alin Panc,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Drame
Nationalité : Roumain, Français, Norvégien, Danois, Finlandais, Suédois.
Durée : 2h26min.
Synopsis :
Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.
Les Gheorghiu, un couple roumano-norvégien très pieux, s’installent dans un village au bout d’un fjord où ils se lient rapidement d’amitié avec leurs voisins, les Halberg. Les enfants des deux familles deviennent très proches, malgré des éducations différentes. Lorsque le corps enseignant découvre des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle que les enfants Gheorghiu reçoivent de leurs parents pourrait en être la cause.
Il y a une certitude qui s'inscrit pleinement au fil du temps avec le cinéma passionnant de Cristian Mungiu, c'est que peut importe s'il met plusieurs années à nous revenir avec un nouveau long-métrage, la vision du cinéaste roumain sur la décrépitude de l'humanité reste toujours aussi cruellement vraie et incisive, prompt à nous enlacer dans un inconfort à la fois dérangeant mais grisant.
Si on avait déjà laissé le bonhomme sur la Croisette en 2021 avec R.M.N., radiographie impitoyable d'une xénophobie ordinaire nourrit par la peur, une intolérance et une haine de l'autre qui ne peut qu'aboutir à une violence sourde qu'il auscultait sans le moindre jugement putassier, dans un naturalisme inquiétant; il nous revient en 2026, Palme d'Or en bandoulière, avec une oeuvre peut-être moins féroce mais structurellement et narrativement plus affûtée.
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| Copyright Le Pacte |
Soit Fjord, qui s'inscrit néanmoins dans la parfaite continuité kafkaïenne de son précédent effort en composant un véritable choc des cultures et des croyances - idéologiques comme religieuses -, sous fond de barrières identitaires et de valeurs morales contraires comme ambivalentes, prenant racine dans le cadre d'un fjord norvégien (tout est dans le titre) et d'un retour contrarié au pays d'une mère et de sa famille roumano-norvégienne (les Gheorghius, dont les figures parentales sont incarnées par un fantastique tandem Sebastian Stan/Renate Reinsve, tout en retenue), engagée sans réserve dans l’activisme évangélique comme dans ses préceptes éducatifs discutables.
Un engagement qui se heurte de plein fouet aux valeurs laïques et progressistes locales et au radar du système (très) sensible de la protection de l'enfance du pays, lorsqu'une présomption de maltraitance infantile vient déclencher une confrontation de deux pôles d'un fondamentalisme empoisonné et empoisonnant, le terreau fumant et corrosif parfait pour que le cinéaste renvoie radicalement son auditoire à questionner ses propres convictions/croyances sans lui donner de réponses prémachées (jusque dans son rapport à l'application punitive - corporelle où non - d'une éducation), à travers une narration complexe, toute en nuances et en ambiguïtés, qui va au-delà de la simple notion de " prendre parti " (il pointe tout autant les dérives des notions d'éducation autoritaires et patriarcales liées à la religion, que les absences émotionnels des protocoles institutionnels glacials qui sévissent - " appliquent la loi " - sans la moindre empathie).
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| Copyright Le Pacte |
Mungiu joue des non-dits et du hors champ jamais totalement explicite (coucou Haneke), prend son temps pour ausculter, décortiquer (les limites de la laïcité et de la tolérance religieuse dans la société contemporaine, où la diabolisation est une arme - pas uniquement politique - démocratisée), opposer (progressisme et conservatisme; assimilation culturelle et respect d'identités en marge; l'individu face à l'absurdité de toute mécanique bureaucratique), alerter (sur une pensée essentialiste de plus en plus décomplexée en Europe), prend volontairement pour cadre une nation vantée pour son libéralisme et son progressisme (lui-même instrumentalisable), et dégaine son exposé denué de tout manichéisme putassier (la famille Gheorghius n'est jamais montré comme victime) et d'une rigueur implacable, sur les altérités et les angles morts de la définition de coexistence dans un monde profondément divisé et à la xénophobie ordinaire - où pas loin.
Ambiguë, perturbant et incroyablement nuancé, le spectateur est bousculé et totalement impliqué : le choc est fort, la Palme ne pouvait être que d'Or.
Jonathan Chevrier









