[CRITIQUE] : Supergirl
Réalisateur : Craig Gillespie
Avec : Milly Alcock, Matthias Schoenaerts, Eve Ridley, Jason Momoa, Emily Beecham, David Krumholtz,...
Distributeur : Warner Bros. France
Budget : -
Genre : Action, Fantastique, Science-Fiction.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h50min
Synopsis :
Lorsqu’un adversaire aussi impitoyable qu’inattendu menace son monde, Kara Zor-El, alias Supergirl, fait équipe à contrecœur avec un improbable compagnon et s’engage dans un périple intergalactique en quête de vengeance et de justice.
On peut penser ce que l'on veut de l'excellent (oui) Superman de James Gunn, le choix du co-présidents - avec Peter Safran - de DC Studios de débuter son DCU passé une bonne décennie d'agonie sous l'esthétique frénétique et lugubre de la « Zack Snyder's touch » (qui nous a néanmoins offert quelques séances hautement recommandable, The Suicide Squad de... James Gunn en tête), était le meilleur choix possible pour lancer une dynamique à la fois saine et pleine de (belles) promesses, un modèle d'architecture pour que des projets centrés sur des personnages DC moins connus et chapeautés par d'autres créateurs, puissent suivre un tempo sans trop de fausses notes avant de ramener sur le devant de la scène, les figures les plus emblématiques - une stratégie tranchant sensiblement avec celle opérée justement, par Snyder avec la réussite qu'on lui connaît.
Une manière de s'affranchir comme de s'affirmer, ce qui est à la fois une force comme une faiblesse : reprendre une recette adaptable pour les autres auteurs, laissaient entendre que son influence ne se transformerait pas fondamentalement en une dépendance, si tenté était que les cinéastes choisis puissent également apporter leur propre patte dans cette popote dite familière.
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| Copyright Warner Bros. |
Et c'est là qu'entre en scène la première vraie prise de risque du DCU nouvelle formule : Supergirl de Craig Gillepsie, un personnage « populaire mais pas trop » pour le spectateur lambda (sa présence marquée sur le petit écran et le CW-verse, de Smallville à sa propre série dédiée, en a fait une figure plutôt reconnue, sans forcément incarner un personnage fort de la firme aux yeux du public), mais au potentiel cinématographique énorme, dont la continuité avec le Superman de 2025 apparaissait des plus logiques (au-delà du simple fait que Kara Zor-El est la cousine de Kal-El/Clark Kent), avant que la firme ne s'engage dans un virage résolument plus sérieux (la série Lanterns, Clayface de James Watkins voire même Superman : Man of Tomorrow de James Gunn).
Mais le gros problème de la copie finale de Gillepsie, est que son film a tout d'un film de James Gunn, sans être réellement un film de James Gunn, et encore moins une oeuvre qui lui ressemble - on parle d'un cinéaste avec une vraie personnalité, pourtant.
Car Supergirl apparaît presque comme l'un des deux premiers films Gardiens de la Galaxie (odyssée interplanétaire chaotique à la direction artistique proche de Star Wars, figure titre à la fois meurtrie et sarcastique, scènes de batailles virevoltantes et une émotion plutôt marquée par un Gillespie qui a bien lu son cahier des charges; le tout sous couvert d'un ton bon enfant un poil subversif, avec une B.O. jukebox), loin d'être un défaut en soi si l'intrigue, qui s'inspire (très) librement du génial run Supergirl : Woman of Tomorrow de Tom King et Bilquis Evely, ne dévitalisait pas toute la densité complexe comme la tragédie bouleversante d'une héroïne engoncée dans une spirale d'autodestruction frappées par le sceau de deuil, au profit d'une balade plus linéaire et de facto plus artificielle même si efficace, sorte de space opera mâtiné de western (comme son matériau d'origine, en moins charnu), de trip post-apocalyptique et de buddy movie, qui ne sait jamais sur quel pied swinguer, moins par inefficacité que par un réel manque d'ambition général.
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D'un pitch de départ des plus accrocheurs (Ruthye, une ado qui vient d'assister au massacre de sa famille par le pillard extraterrestre Krem, demande l'aide de Kara Zor-El, qui profite de son anniversaire pour écumer les bars et fuir ses propres problèmes, pour retrouver son ennemi juré et venger les siens), la narration déroule une intrigue méchamment répétitive et prévisible à l'image des deux derniers films Avatar (comprendre : les plus jeunes se mettent continuellement dans le pétrin, les adultes débarquent pour sauver la mise), tout en se payant le luxe de ne jamais croquer plus que de raison ses personnages, d'un Krem réduit à sa caricature d'un Immortan Joe du pauvre (un Matthias Schoenaerts à la tronche cloutée, loin du look des comics, leader d'un groupe de pilleurs issue d'une société exclusivement masculine kidnappant des jeunes femmes à travers la galaxie pour en faire des « épouses »), à un Lobo qui apparaît comme un cheveu sur la soupe, et dont la présence à in fine tout du fan service racoleur (malgré la prestation investie d'un Jason Momoa définitivement fait pour le rôle).
Mais le film a un sacré as dans sa manche : une Milly Alcock absolument lumineuse, et dont le charisme n'a rien à envier aux autres comédiens du DCU, elle qui campe une Kara toute en assurance et en vulnérabilité, à la fois puissante et au bord de la rupture, lentement dévorée intérieurement par son chagrin (contextualisé d'une manière qui se font plutôt bien au coeur du récit, et qui l'exempt des contours de l'origin story barbante), une vision plus humaine - et de facto, dans la lignée du Superman de Gunn - que son pendant sur papier glacé, même si aider son prochain lui apparaît encore comme un trop gros fardeau à porter sur ses larges mais douloureuses épaules, à la différence de son cousin à la destinée plus « heureuses » (elle n'a pas eu les Kent comme figures parentales pour grandir et guérir).
Son traitement par Gillepsie et la scénariste Ana Nogueira est clairement la plus grande réussite du film, même si elle porte en elle le fardeau d'avoir totalement vampirisé l'attention de tout ce - et ceux - qui l'entoure.
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Supergirl n'est pas fondamentalement un échec, loin de là, mais il sabote continuellement son efficacité par son manque d'ambition et son refus de prise de risques (là où, paradoxalement, le film en est lui-même une pour le studio), au point de moins ressembler à ce que James Gunn voulait initier avec son DCU (une verve à la fois familière et originale, profondément liée à un amour sincère des comics et à l'aura épique d'un vrai univers partagé, où l'humour et le drame peuvent exister dans un même mouvement, sans que l'un ne parasite l'autre), que les œuvres gravitant autour de ce qu'il a produit chez Marvel (même s'il a le même esprit kitsch et burlesque de son cinéma).
Pas de quoi faire dérailler une mécanique que l'on espère bien huilée (Lanterns arrive dans quelques semaines, et un second échec consécutif poserait cette fois réellement question), mais de quoi se poser de réelles questions sur la potentielle identité d'un DCU qui, on l'espère, saura s'élever au rang de ce que laissait entrapercevoir Superman il n'y a même pas un an...
Jonathan Chevrier




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