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[CRITIQUE] : Les Maîtres de l'Univers


Réalisateur : Travis Knight
Acteurs : Nicholas Galitzine, Camila Mendes, Alison Brie, Idris Elba, Jared Leto,...
Distributeur : Amazon Prime Vidéo France
Budget : -
Genre : Action, Aventure, Fantastique.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h12min.

Synopsis :
Le Prince Adam se transforme en un guerrier appelé Musclor, et devient le dernier espoir du pays magique d'Eternia, ravagé par la technologie et le maléfique Skeletor.





Quand les deux têtes pensantes pas toujours fine de feu la Cannon, Menahem Golan et Yoram Globus, se sont mis en tête de vouloir faire du dessin animé culte Les Maîtres de l'Univers, spin-off génial d'une She-ra bien moins addictive (l'animé incarnait une sorte de petit miracle hybride entre l'héroïc fantasy et une science-fiction très nippone, aux scripts il est vrai ultra répétitifs), autant une adaptation "friquée" pour péter le box-office estival (et récolter un max de billets verts grâce au merchandising, aussi) que le véhicule d'un potentiel cheval de Troie au sein de la jungle Hollywoodienne, cela ne pouvait accoucher, à l'époque, qu'à un millésime nanardesque.

Copyright Amazon MGM Studios

Imaginez un Musclor tabasser Skeletor non plus dans les tréfonds de l'Univers mais sur terre, entre deux parkings paumés du trou du cul de la Californie (aussi désertique qu'une bibliothèque dans une déclinaison des Anges de la télé-réalité, quand ce ne sont pas des décors spatiaux " exotiques ", tout droit sortie d'un parc public), entre deux repas chez KFC, le tout dans un opus de destruction massive plus proche d'un Flash Gordon lessivé de toute sa folie pop (mais pas totalement de son aspect toc et kitsch) que d'un Star Wars attrayant : ça flatte son cinéphile déviant, mais pas du tout le septième art, même avec un réalisateur répondant au doux nom de Gary Goddart (dont ce sera le seul film... à deux lettres près, il avait un nom de grands cinéastes, c'est con).
Mais on l'aime d'amour ce gros nanar douloureusement enfantin (c'est surtout la nostalgie qui parle, ne t'inquiète pas trop lecteur adoré), pur produit de son époque dont les stigmates le rendent aussi drôle qu'attachant, déjà parce qu'il offrait un tant soit peu de temps d'écran à un Dolph Lundgren en quête de hype au coeur de la jungle Hollywoodienne, mais aussi et surtout parce qu'il défiait toutes les lois de la logique pure autant que celle du divertissement de masse populaire et bas du front (même s'il se fout infiniment moins de la tronche de son auditoire, en comparaison avec les blockbusters contemporains), le tout embaumé dans le score habile et épique du grand Bill Conti.

L'idée, totalement impensable, de voir le tandem Amazon MGM Studios lui emboîter le pas en 2026 avec une nouvelle adaptation plus sérieuse (un projet sur lequel de nombreuses majors, dont Sony, s'était cassé les dents sur plusieurs décennies), avait quelque chose de néanmoins fascinant tant il était évident que le film, aussi réussi soit-il, ne trouverait jamais réellement son public au moment même où, douce ironie quand on sait que Mattel avait justement créé Musclor et sa bande pour concurrencer le plus gros bébé de George Lucas, le dernier film Star Wars en date - l'opportuniste The Mandalorian and Grogu -, se ramaissait gentiment la poire au box-office.
Même un Donjons et Dragons - avec qui les parallèles sont inévitables - qui y avait mis les formes (ne parlons pas de Warcraft : le Commencement...), n'avait pas réussi à casser la baraque : l'heroïc fantasy ne fédère pas/plus en salles (ce qui n'a rien de rassurant pour le futur King Conan de Christopher McQuarrie).
Four conséquent, au point qu'il est dégainé sans envie sur Prime Vidéo à peine six semaines après son exploitation en salles, Les Maîtres de l'Univers sauce Travis Knight (le papa du génial - oui - et Amblinien en diable Bumblebee) se révèle enfin au public français et force est d'admettre qu'il incarne, modestement, un... chouette divertissement, bien plus en tout cas, que sa réception critique résolument tiède ne le laisse entendre.

Copyright Amazon MGM Studios

D'un pitch prétexte juste ce qu'il faut (ado chétif du royaume d'Éternia, aux confins de la galaxie, le prince Adam a trouvé refuge sur Terre lorsque Skeletor et de son armée maléfique prennent le pouvoir mais, dix ans plus tard et échappé du joug d'une existence abrutissante dans une banlieue américaine, il retrouve l'Épée du Pouvoir, gagne en muscles et se lance dans une aventure extraordinaire pour cravater son pire ennemi), le film déroule une narration suffisamment sûre d'elle dans son recyclage des tropes du récit héroïque familier (on n'est pas si loin des films Superman de Donner et de Gunn) comme dans la méticulosité de la retranscription sophistiquée de son univers (la première partie est même totalement au crédit de son réalisateur tant il l'anime, justement, comme un animateur, jusque dans son filtre technicolor joliment kitsch et ses VFX soignés), pour ménager son auditoire de toute intrigue complexe et laisser tout simplement la magie fonctionner (aussi limitée soit-elle), même si elle ne s'exempt pas de quelques fioritures/scènes d'exposition superflus - ni de dialogues artificiels et d'un rythme en dents de scie.

Mais sa méticulosité exemplaire à un sacré revers de la médaille : son ambivalence, sa volonté d'incarner à la fois une relique d'époque nostalgique (avec un respect évident de la culture pop de l'époque, jusque dans sa bande originale façon jukebox entraînant... comme piur Bumblebee) ET un divertissement moderne très (trop) conscient de lui-même, au point de tâter un chouïa trop - restons polis - de la carte de l'ironie et du sarcasme méta/réfléxif (pensez Marvel), pour préserver son charme naturel intact.
Une sacré épine dans les bobines donc (au même titre que son incarnation catastrophique et caricaturale de Skeletor, loin de celle habitée et charismatique de Frank Langella dans le film des 80s), là où ses séquences d'action possèdent un rythme et une inventivité qui tranchent avec les empoignades brouillonnes habituelles, tandis que Knight réussit à faire naître les émotions là où on ne les attends pas forcément.

Copyright Amazon MGM Studios

Entre nostalgie authentique et mécanique Hollywoodienne trop bien huilée, Les Maîtres de l'Univers ne semble jamais réellement quel camp choisir et pourtant, il s'en dégage une énergie charmante, une volonté de bien faire louable et attachante qui le font dépasser d'une courte tête le statut du blockbuster inoffensif assumant ses origines enfantines et kitsch.
Si seulement Travis Knight n'avait pas laissé la magie de son cinéma se perdre au royaume d'Éternia (comprendre : se laisser envahir par une formule convenue qu'il avait pourtant subtilement trompé avec Bumblebee)...


Jonathan Chevrier