[CRITIQUE] : Teenage Sex and Death at Camp Miasma
Réalisatrice : Jane Schoenbrun
Acteurs : Hannah Einbinder, Gillian Anderson, Amanda Fix, Eva Victor,...
Distributeur : -
Budget : -
Genre : Comédie, Epouvante-horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h00min.
Synopsis :
Ce film est présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026
La réalisatrice du remake d'un film d'horreur devient obsédée par l’actrice mystérieuse qui incarnait la "final girl" dans le film original...
On était de ceux à avoir pris un billet sans retour pour le train de la hype du second effort de Jane Schoenbrun, I Saw The TV Glow, vraie expérience sensorielle séduisante et insaisissable vouée autant à bouleverser qu'à bousculer son auditoire, dans sa manière d'arpenter sans trébucher le chemin sinueux et émouvant de la découverte de soi face au déni, pur coming-of-age onirique et symbolique sous forte influence Lynchienne, tournée autour d'une métaphore brillante et subtile (malgré les couleurs flashies so 90s, pointant lourdement la distorsion de sa figure centrale) de la transidentité.
Sensiblement plus accessible (jusque dans ses nombreuses références à la pop-culture qui ne se perdent jamais dans la citation nostalgique superficielle) mais, dans le même mouvement, encore plus dense et foutraque dans sa poésie jouissive et humide tout en effluves de sang et en fluides gluants, le dernier volet de sa trilogie « Screen », Teenage Sex and Death at Camp Miasma, fraîchement adoubé par la Queer Palm sur la dernière Croisette (on lui offrirait même la Palme d'Or du titre le plus compliqué à retenir sans fauter) et revendiquant toujours un héritage marqué au cinéma du papa de Blue Velvet, provoque une fascination peut-être encore plus immédiate quand bien même elle implique à son auditoire une attention plus poussée.
Le fruit épineux mais délicieux d'une créativité comme d'une écriture qui menace continuellement d'imploser sous le poids de sa propre générosité comme de son processus d'autoréférence quasi-constant, un jeu de miroirs continue où les frontières entre réalité et fantasme se brouillent, où l'important n'est pas de déconstruire les conventions d'un genre ultra-codifié pour mieux s'en affranchir, mais d'observer, de révéler l'importance même de ses structures symboliques.
C'est simple, le film peut tout autant se voir comme une exploration enthousiasmée et cynico-parodique du sous-genre du slasher (comme de sa manière d'aborder le désir adolescent plus que quelconque autre genre et, de facto, d'accompagner étrangement l'éveil sexuel de son public cible) à travers un point de vue queer (sensiblement dans le même mouvement de pensée qu'exprimait Carol J. Clover dans son ouvrage Men, Woman and Chainsaws), voir comme une charge acerbe contre la misogynie et la transphobie au coeur du genre horrifique tout autant qu'envers l'hypocrisie coton d'une Hollywood la putain qui ne soutient les récits LGBTQIA+ que par intérêt (pour attirer un public - et un regard - nouveau sur une franchise essorée, comme se dédouaner de toute critique), sans zapper à tacler sa propension à franchiser à outrance tout produit un tant soit peu populaire.
Mais il est également frappé par un passionnant et viscéral récit de quête initiatico-identitaire et d'éveil sexuel lesbien, où une cinéaste non binaire et étoile montante du cinéma indépendant (l'alter-ego de Schoenbrun), tente de trouver un moyen de se réconcilier avec son propre corps et la honte profonde qu'elle éprouve face à ses propres désirs, à travers la mise en chantier ludiquement autoréférentielle et symbolique d'un reboot de l'une de ses œuvres favorites - la franchise « Camp Miasma », entre Vendredi 13 et Sleepaway Camp -, et de sa relation obsessionnelle et toxique avec l'actrice vedette du premier opus.
Généreux jusqu'à l'excès, bravant l'interdit dans une communion méta, sensible et fantasmagorique au plus près de figures hantées par leurs propres obsessions - pas uniquement cinématographiques - dont on titille consciemment l'inconscient, Teenage Sex and Death at Camp Miasma, dominé par un tandem Hannah Einbinder et Gillian Anderson absolument génial et riche en séquences intenses et hypnotiques (sans oublier la B.O. folle d'Alex G.), est une œuvre aussi profondément personnelle et drôle que mélancolique, la confirmation éclatante que Jane Schoenbrun est, assurément, l'un des visages les plus importants d'un cinéma indépendant ricain qui ne les compte plus à la pelle.
Jonathan Chevrier
Acteurs : Hannah Einbinder, Gillian Anderson, Amanda Fix, Eva Victor,...
Distributeur : -
Budget : -
Genre : Comédie, Epouvante-horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h00min.
Synopsis :
Ce film est présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026
La réalisatrice du remake d'un film d'horreur devient obsédée par l’actrice mystérieuse qui incarnait la "final girl" dans le film original...
On était de ceux à avoir pris un billet sans retour pour le train de la hype du second effort de Jane Schoenbrun, I Saw The TV Glow, vraie expérience sensorielle séduisante et insaisissable vouée autant à bouleverser qu'à bousculer son auditoire, dans sa manière d'arpenter sans trébucher le chemin sinueux et émouvant de la découverte de soi face au déni, pur coming-of-age onirique et symbolique sous forte influence Lynchienne, tournée autour d'une métaphore brillante et subtile (malgré les couleurs flashies so 90s, pointant lourdement la distorsion de sa figure centrale) de la transidentité.
Sensiblement plus accessible (jusque dans ses nombreuses références à la pop-culture qui ne se perdent jamais dans la citation nostalgique superficielle) mais, dans le même mouvement, encore plus dense et foutraque dans sa poésie jouissive et humide tout en effluves de sang et en fluides gluants, le dernier volet de sa trilogie « Screen », Teenage Sex and Death at Camp Miasma, fraîchement adoubé par la Queer Palm sur la dernière Croisette (on lui offrirait même la Palme d'Or du titre le plus compliqué à retenir sans fauter) et revendiquant toujours un héritage marqué au cinéma du papa de Blue Velvet, provoque une fascination peut-être encore plus immédiate quand bien même elle implique à son auditoire une attention plus poussée.
Le fruit épineux mais délicieux d'une créativité comme d'une écriture qui menace continuellement d'imploser sous le poids de sa propre générosité comme de son processus d'autoréférence quasi-constant, un jeu de miroirs continue où les frontières entre réalité et fantasme se brouillent, où l'important n'est pas de déconstruire les conventions d'un genre ultra-codifié pour mieux s'en affranchir, mais d'observer, de révéler l'importance même de ses structures symboliques.
C'est simple, le film peut tout autant se voir comme une exploration enthousiasmée et cynico-parodique du sous-genre du slasher (comme de sa manière d'aborder le désir adolescent plus que quelconque autre genre et, de facto, d'accompagner étrangement l'éveil sexuel de son public cible) à travers un point de vue queer (sensiblement dans le même mouvement de pensée qu'exprimait Carol J. Clover dans son ouvrage Men, Woman and Chainsaws), voir comme une charge acerbe contre la misogynie et la transphobie au coeur du genre horrifique tout autant qu'envers l'hypocrisie coton d'une Hollywood la putain qui ne soutient les récits LGBTQIA+ que par intérêt (pour attirer un public - et un regard - nouveau sur une franchise essorée, comme se dédouaner de toute critique), sans zapper à tacler sa propension à franchiser à outrance tout produit un tant soit peu populaire.
Mais il est également frappé par un passionnant et viscéral récit de quête initiatico-identitaire et d'éveil sexuel lesbien, où une cinéaste non binaire et étoile montante du cinéma indépendant (l'alter-ego de Schoenbrun), tente de trouver un moyen de se réconcilier avec son propre corps et la honte profonde qu'elle éprouve face à ses propres désirs, à travers la mise en chantier ludiquement autoréférentielle et symbolique d'un reboot de l'une de ses œuvres favorites - la franchise « Camp Miasma », entre Vendredi 13 et Sleepaway Camp -, et de sa relation obsessionnelle et toxique avec l'actrice vedette du premier opus.
Généreux jusqu'à l'excès, bravant l'interdit dans une communion méta, sensible et fantasmagorique au plus près de figures hantées par leurs propres obsessions - pas uniquement cinématographiques - dont on titille consciemment l'inconscient, Teenage Sex and Death at Camp Miasma, dominé par un tandem Hannah Einbinder et Gillian Anderson absolument génial et riche en séquences intenses et hypnotiques (sans oublier la B.O. folle d'Alex G.), est une œuvre aussi profondément personnelle et drôle que mélancolique, la confirmation éclatante que Jane Schoenbrun est, assurément, l'un des visages les plus importants d'un cinéma indépendant ricain qui ne les compte plus à la pelle.
Jonathan Chevrier
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Le rapport de l’industrie hollywoodienne à détruire encore et encore ce qui peut relever de l’approche identitaire artistique ne manque toujours pas d’intérêt, d’autant plus quand on constate au fur et à mesure des années la façon dont le système broie encore et encore les individus. Cette marche mécanique d’une mort de soi ne peut que nourrir les interrogations des personnes qui y œuvrent, à l’instar de Jane Schoebrun avec ce Teenage sex and death at Camp Miasma. Comment en effet ne pas être fasciné par cette approche d’écran qui régurgite ce que doit être la construction personnelle des gens qui font les films, que ce soit devant ou derrière la caméra ?
Nous pourrions évidemment démarrer par le côté lettre d’amour envers le genre, une notion qui risque de faire grincer des dents par la surutilisation de ce terme. L’intérêt ici est de voir ce qui en fait son intérêt sans renier les côtés moins agréables, dans un générique qui égrène les objets, articles et réinterrogations contemporaines d’une licence de slasher lessivée à travers les années. De cette fausse iconisation, Jane Schoebrun installe vite ses questionnements thématiques en esquivant le post modernisme un peu vain et trop tape à l’œil dans lequel tombent justement plusieurs franchises horrifiques. C’est justement le regard qui va fasciner ici, cette envie d’approcher la sincérité dans le factice, à l’instar de son usage des décors.
Très vite, la relation qui va se nouer entre Gillian Anderson et Hannah Einbinder va relever de ce questionnement d’identité, de rester soi dans des mécaniques dont les contours trop industriels écrasent, refaçonnent et vident la substance des choses. Le trouble ici se fait dans cette manière d’interroger ses propres envies, reprendre le prisme de la pellicule, comme lorsque le film se reprojette dans son slasher fictionnel. Là, un bain de sang devient jouissance, la sexualité se fait interrogée et le besoin de s’affirmer explose d’autant plus dans ce cadre dans le cadre avec un vertige qui semble sans fin mais ne manque pas d’intelligence et surtout d’affect.
La volonté d’observer l’industrie, ce que la fiction révèle de soi et notre propre part à ne plus savoir comment faire vivre une œuvre dans ses primes intimes ne constitue qu’une part d’un film aussi dense qu’un Teenage sex and death at Camp Miasma, donnant l’envie de naviguer d’autant plus dans ses eaux pour mieux en décrypter sa richesse. Ce que l’on sait, c’est qu’il y a une vraie approche de l’abîme de la « réalité cinématographique » qui se dessine dans ses contours, dans ses choix de caméra interrogeant la part personnelle, la question de la construction de soi dans tous ses pores par le biais de ces petites choses si réduites aux yeux des autres mais si essentielles dans notre propre regard. Et rien que pour cela, on ne peut que se laisser porter par pareille œuvre aussi singulière que puissante.
Nous pourrions évidemment démarrer par le côté lettre d’amour envers le genre, une notion qui risque de faire grincer des dents par la surutilisation de ce terme. L’intérêt ici est de voir ce qui en fait son intérêt sans renier les côtés moins agréables, dans un générique qui égrène les objets, articles et réinterrogations contemporaines d’une licence de slasher lessivée à travers les années. De cette fausse iconisation, Jane Schoebrun installe vite ses questionnements thématiques en esquivant le post modernisme un peu vain et trop tape à l’œil dans lequel tombent justement plusieurs franchises horrifiques. C’est justement le regard qui va fasciner ici, cette envie d’approcher la sincérité dans le factice, à l’instar de son usage des décors.
Très vite, la relation qui va se nouer entre Gillian Anderson et Hannah Einbinder va relever de ce questionnement d’identité, de rester soi dans des mécaniques dont les contours trop industriels écrasent, refaçonnent et vident la substance des choses. Le trouble ici se fait dans cette manière d’interroger ses propres envies, reprendre le prisme de la pellicule, comme lorsque le film se reprojette dans son slasher fictionnel. Là, un bain de sang devient jouissance, la sexualité se fait interrogée et le besoin de s’affirmer explose d’autant plus dans ce cadre dans le cadre avec un vertige qui semble sans fin mais ne manque pas d’intelligence et surtout d’affect.
La volonté d’observer l’industrie, ce que la fiction révèle de soi et notre propre part à ne plus savoir comment faire vivre une œuvre dans ses primes intimes ne constitue qu’une part d’un film aussi dense qu’un Teenage sex and death at Camp Miasma, donnant l’envie de naviguer d’autant plus dans ses eaux pour mieux en décrypter sa richesse. Ce que l’on sait, c’est qu’il y a une vraie approche de l’abîme de la « réalité cinématographique » qui se dessine dans ses contours, dans ses choix de caméra interrogeant la part personnelle, la question de la construction de soi dans tous ses pores par le biais de ces petites choses si réduites aux yeux des autres mais si essentielles dans notre propre regard. Et rien que pour cela, on ne peut que se laisser porter par pareille œuvre aussi singulière que puissante.
Liam Debruel









