[CRITIQUE] : Soudain

Réalisateur : Ryūsuke Hamaguchi
Acteurs : Virginie Efira, Tao Okamoto, Gabriel Dahmani, Jean-Louis Garçon,...
Distributeur : Diaphana Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Japonais, Allemand, Belge.
Durée : 3h15min.
Synopsis :
Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.
Directrice d'un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d'y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l'écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour “rendre possible l’impossible”.
La question est toute bête, mais essentielle : peut-on réellement considérer le monde d'aujourd'hui comme humaniste, à une heure où les nombreuses inégalités sociales n'ont de cesse de s'accroître, où l'exploitation accrue de nos ressources les pille lentement mais sûrement jusqu'au point de non retour, symbole perturbant d'un capitalisme dévorant qui se cache sans remords derrière le masque du progrès civilisationnel ?
Ce questionnement d'une dégradation humaine progressive est au coeur même de la filmographie de Ryûsuke Hamaguchi et, plus encore, au centre des débats de son nouveau (et brillant) long-métrage, Soudain, où il explore encore un peu plus, creuse comme floute, la frontière entre la représentation fictive du réel et la vie elle-même, à travers le quotidien de figures gravitant autour d'un centre médical de la banlieue parisienne dédié aux soins des personnes âgées et/où en phase terminale ou âgées, dont les méthodes alternatives et peu conventionnelles, axées autour de la philosophie de l'« humanitude », tend à rendre la dignité et le respect que la société à retiré de forces à ses âmes, comme s'ils n'étaient plus humains parce que plus fonctionnels/productifs, victimes de la nature éphémère de toute existence; un traitement d'égal à égal et tout en verticalité, faite d'écoutes, de regards et de gestes/toucher, sainement bâtie sur l'idée d'une coexistence, d'une communication qui s'affranchit des mots pour ne plus être limités par eux.
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| Copyright CINEFRANCE STUDIOS - Julien Panié |
Une utopie qui nait dans l'essence d'un espoir comme d'un véritable effort collectif, qui se fait politique dans sa contradiction comme son refus des normes, qu'Hamaguchi noue autour de la rencontre fortuite puis de l'amitié sincère et philosophique embaumé par le souffle sourd de la maladie, qui unit deux femmes brillantes et pragmatiques entre Paris et Kyoto : Marie-Lou Fontaine, directrice du dit Ehpad qu'elle refuse de voir comme une prison morale et psychologique institutionnelle, et Mari Morisaki, metteuse en scène et dramaturge japonaise en phase terminale d'un cancer, qui développe une pièce de théâtre qui interroge justement, frontalement, les mécaniques d'exclusion d'un capitalisme qui n'a jamais su/voulu négocier avec la vulnérabilité.
Leur amitié (porté par un fantastique tandem Virginie Efira/Tao Okamoto) est le cœur même du propos du papa de Drive my car : redécouvrir comme célébrer l'importance vitale et essentielle du lien humain en s'extirpant de tous les méandres de l'intellectualisation pompeuse pour épouser une vérité rare (qui renvoie son spectateur, avec délicatesse et dureté, à sa propre mortalité), trompant la - fausse - trivialité de longs dialogues sophistiqués au didactisme affirmé (c'est avant tout et surtout par la parole que la pensée se transmet) comme les barrières linguistiques (une interchangeabilité qui vient pointer la notion, évidente, que toute idée est universelle et donc transmissible et propice à la compréhension, même lorsque la maîtrise des mots est fragile), pour mieux inviter à dompter le déclin de l'empathie, pour mieux théoriser sur l'érosion du temps (sur lequel personne n'a d'emprise, et qu'Hamaguchi cherche à redéfinir par quelques petites touches subtiles, la conception à l'écran) et d'une connexion humaine authentique bouffée par les affres du capitalisme.
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Sincère sans avoir besoin d'edulcorer son propos (que le moins averti des auditoires jugera stupidement mièvre), captivant sans jamais être écrasé par sa durée imposante (3h15 qui passe en un éclair), au plus près des corps sans que sa mise en scène - dynamique - ne paraisse trop intrusive, Soudain ne s'abaisse pas à donner de réponses faciles à ses questionnements ni de finalité à son espace de reflexion cinématographique : il ouvre le débat avec une sensibilité extraordinaire à travers un dialogue honnête, philosophique, intime, douloureux et même thérapeutique.
Une oeuvre tellement libre qu'il est parfois difficile de déceler si tout n'est que fiction où si la vie s'immisce et existe réellement devant nos yeux.
On appelle ça du grand et beau cinéma, tout simplement.
Jonathan Chevrier








