[CRITIQUE] : De la Comédie-Française
Réalisateurs : Martin Darondeau et Bertrand Usclat
Acteurs : Pauline Clément, Laurent Stocker, Julien Frison, Danièle Lebrun, Adeline D'Hermy, Marina Hands, Benjamin Lavernhe, Guillaume Gallienne,...
Distribution : Zinc Film / Warner Bros. France
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Français.
Durée : 1h15min
Synopsis :
Dans 3 heures, Nina dévoile sa première mise en scène à la Comédie-Française. Mais dans l’agitation des dernières répétitions, rien ne se passe comme prévu : retards, coups de stress, problèmes techniques et problèmes d’égo secouent la troupe. Pourtant, Nina n’a pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout car s’il y a bien une règle d’or à la Comédie-Française, c’est qu’on n’annule pas. Commence alors une course contre la montre pour sauver la représentation.
Les comédies de chaos demandent une énergie folle, un rythme soutenu qui peut être dur à atteindre. Faire trop peu diminue l’impact tandis qu’aller trop vite peut essouffler plus que faire rire, ce qui reste le propre de toute œuvre humoristique. On sent donc que la quête d’équilibre et la progression croissante ont interrogé Martin Darondeau et Bertrand Usclat dans De la Comédie-Française, comme le premier nous l’a d’ailleurs raconté en interview. Le résultat, condensé au possible (1h12), parvient dès lors à bien supporter l’avalanche de gags avec une très bonne maîtrise.
La mise en scène appuie par exemple cette idée de temps limité, par le biais entre autres de plans séquences qui accentuent encore et encore une certaine urgence ainsi que le besoin de réparer tout un tas de points juste avant la représentation. La pauvre Nina ne trouve ainsi aucun répit et permet de rappeler que Pauline Clément est une actrice formidable par son énergie comique et sa manière de s’adapter aux jeux de ses partenaires, qui s’amusent clairement à l’écran et participent à cette dynamique de longue durée qui fait le grand charme du film. La manière d’invoquer le prestige de la Comédie Française tout en dézinguant certains points ajoute à l’hilarité du récit, clairement bien dégraissé.
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On sent donc le peps du format court, avec ce que ça implique d’enchaînements de gags, mais sans que l’on ne se trouve face à quelque chose de trop étiré pour son propre bien. Au contraire, la ligne directrice est solide, s’amplifie par sa gamme de personnages secondaires aux déboires forts et permet même de se solidifier par l’inquiétude du budget accordé au secteur culturel, un enjeu qui ne peut que résonner dans notre propre actualité politique. Alors que l’on parle constamment de supprimer le CNC et de faire en sorte que l’art subisse des coupes économiques énormes, voir Nina batailler contre vents et marées pour faire tenir le spectacle coûte que coûte en devient un cri de cœur prenant, sans jamais diminuer son impact comique.
De la Comédie-Française est drôle, très drôle même, notamment par sa manière d’enchaîner sans s'arrêter les coups du sort, les catastrophes et autres obstacles avec une énergie folle à tous les niveaux. On sent qu’il y a là le potentiel pour le succès comique français de cet été, bien soutenu par sa mise en scène pas avare en idées et d’une Pauline Clément à la dynamique humoristique explosive. Si vous voulez soutenir une bonne comédie française en ce mois de juillet, vous savez quel film regarder ce 22 juillet !
Liam Debruel
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Dans l'univers of madness de la production comique française où la franchisation à outrance du moindre produit populaire (les souvenirs des - pas assez lointaines - séances de Chasse Gardée 2 et Cocorico 2 nous hantent encore), voire la validation algorithmique - donc totalement incompréhensible - de toute production recyclant ad vitam æternam la moindre formule familière un tant soit peu fédératrice (le tout avec les mêmes têtes enfermées elles-mêmes, dans un cycle de redite irritant dans leurs prestations), règnent en maîtres, difficile de ne pas avoir un tant soit peu d'intérêt pour tout nouveau visage tentant derrière sa caméra où avec sa plume, à défaut de renouveler cette popote indigeste, d'au moins lui ajouter quelques saveurs inédites par-dessus la marmite.
En ce sens, Martin Darondeau et Bertrand Usclat sont allés à bonne école puisque pour leur baptême du feu, le duo de wannabe cinéastes a composé sa mélodie sur un groove particulièrement familier : la comédie chorale toute aussi feel good et réconfortante que gentiment grinçante, dans l'ombre du tandem Nakache/Toledano qui, eux-mêmes, calquent leur formule - plus où moins - gagnante sur une comédie à l'italienne qui sait savamment presser sur tous les boutons fédérateurs - avec, il est vrai, un surplus d'enrobage nostalgico-bienveillant bien sucré.
Car De la Comédie-Française a tout d'un Sens de la fête passé à la moulinette - soft, évidemment - du Birdman d'Inarritu, une comédie de l'entre-soi tout en bras cassés égocentrico-attach(i)ants et en rebondissements suffisamment bien pensés, pour ne pas venir saboter une mécanique bien huilée entre des dialogues savoureusement piquants et un rythme soutenu, structuré de manière à ne jamais dépasser la durée moyenne d'une balade déglinguée et excentrique de Quentin Dupieux (1h15min au compteur, et pas un pet de gras superflu).
Du velours certes, mais néanmoins plus corsé que la moyenne dans ses intentions, tant son pitch en apparence facile (les tumultes derrière les répétitions d'une représentation de Macbeth par la Comédie-Française), sert de terreau fertile à une tonalité étonnamment plus piquante, issue de la comédie US : égratigner une véritable institution (tout est dans le titre) rarement appréhendée de l'intérieur, et encore moins sous le prisme d'un regard moqueur; le tout avec des comédiens et comédiennes issues de la Comédie-Française - un vrai « sens de la fête », pour jouer la taquinerie jusqu'au bout.
Un tango franco-italiano-américain dans le ton comme dans la forme donc, qui aurait pu friser la déroute cinématographico-Erasmusienne si l'écriture mordante (mais pas dénuée de tendresse pour autant) du duo de cinéastes ne gardait pas continuellement le cap, ne brossait pas avec juste ce qu'il faut de caricature ses personnalités dissemblables mais complémentaires dans l'urgence et le chaos, ne se payait pas le luxe de laisser vivre son humour au gré de l'audace et de la répétition - quitte à ce qu'il ne fasse pas toujours pleinement mouche.
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Alors certes, si l'on aurait aimé une danse un poil plus féroce, et que la mise en scène ne brille pas forcément par ses éclats (fonctionnelle mais néanmoins solide, pas besoin d'être plus exigeant avec une comédie), impossible de véritablement faire la fine bouche devant une dynamique et authentique proposition humoristique qui défend fièrement son pesant de pop-corn, et qui connaît ses classiques sans jamais se perdre dans un processus de citation/réappropriation putassier.
De la bonne comédie française donc (même pas pardon), qui n'a pas peur de ses coutures populaires, une denrée devenue un peu trop rare de nos jours...
Jonathan Chevrier


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