[CRITIQUE/RESSORTIE] : Le Bon, La Brute et le Truand
Réalisateur : Sergio Leone
Avec : Clint Eastwood, Eli Wallach, Lee Van Cleef,...
Distributeur : Park Circus France / ESC Films
Budget : -
Genre : Western.
Nationalité : Italien, Espagnol.
Durée : 3h00min
Date de sortie : 8 mars 1968
Date de ressortie : 05 août 2026
Synopsis :
Dans une Guerre de Sécession qui ensanglante l’Amérique, trois hommes restent indifférents au conflit. Ce sont trois redoutables et sympathiques bandits, qui assurent leur pain quotidien au bout de leurs carabines. Cependant vient un jour où ils entrevoient la possibilité de s’emparer d’une énorme somme d’argent. Et les voilà qui se jettent au milieu des combattants, n’hésitant pas à revêtir l’uniforme pour s’emparer du trésor convoité. Tour à tour alliés et ennemis, se suivant et se pourchassant, le Bon, la Brute et le Truand vont de l’avant...
Il y a un frisson indescriptible qui parcourt l'échine tous les amoureux du septième art en cet été aussi caniculaire qu'il est riche en ressorties absolument dingues : celui, férocement enthousiasmant, de pouvoir redécouvrir sur grand écran, dans des dispositions particulièrement exceptionnelles (et avec la clim !), plusieurs chefs-d'œuvres ayant façonnés au fil du temps nos cinéphilies, par le prisme des éditions physiques (pensez VHS, locations et DVD), des diffusions télévisées aléatoires - mais essentielles - où même du téléchargement illégal (assumons un minimum, c'est bon, on a tous en partie façonné notre amour du cinéma par ce biais là).
Ghost in the Shell de Mamoru Oshii, Boogie Nights de Paul Thomas Anderson, L'Aile ou la cuisse de Claude Zidi, New York 1997 de John Carpenter, Le Tombeau des lucioles de Isao Takahata, Playtime de Jacques Tati ou encore Cowboy Bebop de Shin'ichirô Watanabe et Lawrence d'Arabie de David Lean, la liste est longue et prompt à joliment s'allonger ce mois-ci, avec pour débuter un sacré plat de résistance : le monument Le Bon, la brute et le truand de Sergio Leone (proposé dans une restauration absolument grandiose), troisième opus de la Trilogie du Dollar dont il est une sorte de prequelle, mais surtout ultime clou dans sa réappropriation du western, pas totalement américain ni pleinement spaghetti (un sous-genre prolifique mais qui n'aura in fine duré qu'une poignée d'année), le western Leonien : tout en silence et en stoïcisme, où aucun personnage n'est fondamentalement bon (même si le titre annonce l'inverse, ils sont tous motivés soit par l'avidité, soit par la vengeance et l'idée d'une justice personnelle et brutale), tous jonglant langoureusement avec la frontière poreuse entre le bien et le mal, au sein d'une Americana hostile dont le cinéaste s'amuse à consciemment triturer les fausses promesses de son rêve chimérique.
Un monde où l'on est soit un représentant de la loi - où un soldat -, soit un hors-la-loi, un monde où l'on est « soit de ceux qui ont un pistolet chargé », « soit de ceux qui creusent » - dans tous les cas de figure, la mort reste le plus fidèle des compagnons.
Partant d'un pitch serré mais à l'efficacité redoutable (alors que la Guerre de Sécession embrase l’Amérique, trois hommes opposés et tour à tour alliés et ennemis, tentent de s’emparer d’une énorme somme d’argent, 200 000 $ d'or enterrés dans le sol), le roi Sergio déroule sa prose avec un sérieux clinique : il profite de la simplicité de son intrigue pour mieux développer en profondeur ses personnages (et sa volonté d'encore un peu plus bousculer l'image de la figure héroïque véhiculée par le western et, par extension, le cinéma Hollywoodien) et fustiger l'absurdité comme la brutalité d'une nation née dans le sang (la guerre et ses atrocités se rappellent souvent à l'écran, sans pour autant supplanter la quête avide de fortune en son coeur), joue des longs silences pour faire de la musique de Morricone une vraie figure pivot de son histoire (avec sa propre vérité et son propre langage, plus expressif que le moindre dialogue), tout en laissant s'exprimer sa caméra avec une ampleur folle (chaque cadre bouffé par les balles, la chaleur et la poussière, est exploité avec minutie et virtuosité).
Porté par trois comédiens exceptionnels (un Clint Eastwood taciturne et charismatique as hell en « bon » qui n'en est pas totalement un - mais déjà plus que les autres -; un Eli Wallach parfait en « brute » volubile qui est le seul maître de son propre malheur; mais également un Lee Van Cleef plus cupide et glacial que jamais), dont l'affrontement final épique et sous tension dans un cimetière, est sans contestation possible l'un des plus grands moments de l'histoire du septième art, Le Bon, la brute et le truand est une merveille de cinéma total et absolu où le faste côtoie la maestria pure dans un élan de passion à la fois débridé et cathartique, fou et appelé qu'à n'être mythique.
Paradoxalement un chef-d'œuvre parmi tant d'autres, dans la filmographie d'un immense cinéaste qui les aligne à la pelle...
Jonathan Chevrier








