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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Akira


Réalisateur : Katsuhiro Ōtomo
Avec : avec les voix de Mitsuo Iwata, Nozomu Sasaki, Mami Koyama, Tarō Ishida, Mizuho Suzuki,...
Distributeur : Piece of Magic Entertainment France (POM Anime)
Budget : 1,1 milliard de yens
Genre : Science-Fiction, Cyberpunk.
Nationalité : Japonais.
Durée : 2h04min.

Date de sortie : 8 mai 1991
Date de ressortie : 9 septembre 2026

Synopsis :
Juillet 1988. L’utilisation d’une nouvelle arme de destruction massive dans la région du Kantō, au Japon, déclenche la Troisième Guerre mondiale. En 2019, trente et un ans plus tard. Kaneda, chef d’un gang de bōsōzoku, sillonne à moto les rues de la ville et sème le chaos. Une nuit, Tetsuo, membre du gang, croise la route d’un étrange garçon lié à un programme expérimental du gouvernement. Sous les yeux médusés de Kaneda et de sa bande, Tetsuo et le mystérieux garçon sont emmenés dans un laboratoire militaire. Déterminé à sauver son ami, Kaneda s’infiltre dans l’installation, où il découvre que Tetsuo a développé des pouvoirs surnaturels. Pendant ce temps, l’un des enfants du laboratoire prédit le réveil d’AKIRA, le secret le mieux gardé du gouvernement. En quête de réponses sur ses nouveaux pouvoirs, Tetsuo descend dans les profondeurs de Neo-Tokyo, où AKIRA est endormi depuis des années.




Avant que le cyberpunk ne traite du transhumanisme de l’humain et de la machine dans Ghost in the Shell (1995) de Mamoru Oshii (ressorti en juin 2026), il y a eu la bataille entre la jeunesse née après l’explosion de la bombe atomique (la machine est d’abord source de destruction) et les adultes responsables de la catastrophe, ayant abandonné les enfants dans les ruines d’un passé à la blessure béante, avec Akira (1988) de Katsuhiro Ōtomo, qui adapte son propre manga prépublié dans le magazine Weekly Young Magazine de l'éditeur Kōdansha entre 1982 et 1990. Le mangaka réalise donc lui-même l’adaptation alors que le support original n’est pas encore fini, et même au point mort dans sa conception. Il ne s’agira pas d’un exercice de comparaison entre le support papier et son adaptation sur grand écran, qui diverge dès que la base de l’intrigue est instaurée, mais de voir comment le réalisateur choisit de raconter la destruction de son univers en place pour en créer un nouveau, partant d’un conflit d’autorité qui finit en guerre fratricide.

Dans Akira, on commence par la destruction du monde tokyoïte, qui déclenche une troisième guerre mondiale le 18 juillet 1988 par un enfant mutant doté de pouvoirs psychiques (on l’apprendra un peu plus tard), alors que la seconde s’est terminée il y a moins de 50 ans, les 6 et 9 août 1945 à Hiroshima et Nagasaki, par deux bombes atomiques dont l’une porte le nom de « Little Boy ». Même si l’explication du nom est technique, puisque la bombe dans sa forme finale était plus courte, il est important de noter ce détail qui est probablement de la pure coïncidence ; mais avec cette première image montrant, dans un plan général et dans un silence absolu, cette explosion soudaine et destructrice de Tokyo qui renvoie évidemment à celle d’Hiroshima, il est difficile de ne pas y penser et de le mentionner. Pour parachever la liaison avec le traumatisme et les peurs concernant une guerre froide toujours en cours lors de la conception d’Akira, le titre apparaît alors qu’il ne reste de la ville qu’un immense cratère ; c’est dans ce trou, cette nouvelle plaie du Japon, que Néo-Tokyo sera bâti, un nouveau monde se créant sur les bâtisses du précédent : la métropole japonaise est dans un cycle de renaissance guidé par le karma ou le « saṃsāra », notamment présent dans le bouddhisme.

Cette renaissance en Néo-Tokyo nous est directement montrée par le biais d’une télévision; c’est une ville dont le gouvernement est confronté à une vague de contestation face à un chômage qui augmente et à des décisions liées à un ministre qui a démissionné, laissant les dirigeants actuels face à une situation bouillante. C’est également un nouveau monde dont le pouvoir est détenu par les militaires; sur la chaîne d’information, on distingue des affrontements avec des manifestants, les mêmes qui sont responsables de la destruction trente et un an plus tôt, puisqu’ils gardent les restes d’Akira sous terre. L’ancien nouveau monde qui est une copie de l’ancien (le choix du préfixe « néo » avant « Tokyo ») dont, dès les premières images, on voit des déchets apparents, des bâtiments détruits…

© 1998 Mash • ROOM / AKIRA COMITTEE ALL RIGHTS RESERVED. / Eurozoom / Piece of Magic Entertainment France (POM Anime)

Avec un homme rentrant dans un bar qui est au fond d’une ruelle, avec des escaliers descendants, dans laquelle se trouve Kaneda, notre protagoniste. Il est, comme la plupart des habitants de Néo-Tokyo, un adolescent orphelin (il a grandi dans un orphelinat.), abandonné par la société dévorée par le consumérisme et l’argent, avec ces images en contre-plongée de la ville quand Kaneda et sa bande vadrouillent pour affronter un gang rival, et par les adultes qui n’ont toujours que des mots durs et méprisants envers les adolescents : « C’est horrible… Ah, les jeunes de nos jours » En parlant des pratiques des « bōsōzoku » ou le mot « Discipline ! » Qui est crié par un professeur alors qu’il frappe tous les membres du gang de Kaneda, et les adolescents crient simplement : « Nous vous remercions pour vos enseignements ». Le contact entre les adultes et les enfants ne se fait que par la violence et la menace (quand le colonel Shikishima vient chercher le sujet n° 26, Takashi, et embarque Tetsuo sans demander ni adresser la parole à ses amis). Dans ce nouveau monde, les adultes exercent une autorité par la force et la jeunesse livre une bataille contre cette oppression par la violence. 

Cette volonté d’aller contre le monde est présente dès que Kaneda joue avec le juke-box, il guide littéralement la sonorité du film de son propre chef avec une alternance de plans où le disque choisi par Kaneda se met en route et lui qui donne ses ordres a son gang et démarre sa moto, et la bande sonore du collectif musicale japonais Geinoh Yamashirogumi donne à entendre des percussions et des chœurs pendant que Kaneda traverse la ville a bord de sa moto sans se soucier des adultes voir même leur bloque la route, jette des membres de clowns par la fenêtre d’un restaurant chic,… Cette première balade est déjà une confrontation envers le monde des adultes par une horizontalité de la route (plan en plongée) et des « lens flare » qui se dessine sur l’arrière des bécanes contre la verticalité des buildings de Néo-Toyko. Cette dualité entre l’horizontalité et la verticalité sera également présente lors d’une grande scène de manifestation, où l’on aperçoit l’un des jeunes garçons possédant des pouvoirs psychiques Takashi (il est filmé en plongée avec une lumière pointée sur lui.) qui tente de s’échapper à l’armée (filmer en horizontale et barrant la route, qui sert d’échappatoire) qui veut le retrouver et continuer les expériences sur lui (sa peau est ridée, il a des marques.), qui va finir par la mort brutale et sanglante de la personne qui aidait Takashi à s’échapper. Par la suite, Takashi finit par détruire les immeubles grâce à ses pouvoirs, les enfants appellent à la destruction de ce monde dominé par la violence des adultes, et le déclencheur de la manifestation est dû au même pouvoir qui a détruit Tokyo la première fois. La manifestation fait apparaître les matières qui sont détruites, on observe régulièrement des bouts de bâtiments, la fumée des grenades fumigènes de l’armée, du feu,…

La matière physique est au cœur de la révolution, il est donc question dans Akira de destruction d’objets, de bâtiments, de tout objet construit par les adultes, et c’est ce même Takashi qui déclenche également les pouvoirs enfouis dans le cœur enragé de Tetsuo. 
Un Tetsuo qui ne veut plus se faire sauver par son ami, Kaneda, mais veut également être le chef de la bande, dans sa première apparition, il convoite la moto. Après son accident et qu’il soit emmené par l’armée, il va subir des expériences, car il possède la même puissance que le sujet n°28 Akira. En apprenant ça, le jeune adolescent voit une opportunité de révolution, de rébellion par la colère et la destruction, il va alors tout détruire sur son passage : hôpital, le centre de Néo-Tokyo, le pont qui relie la ville, le stade des Jeux olympiques. Tetsuo incarne la révolution par la destruction de toute matière, en acquérant le pouvoir d’Akira qui est séparé en petits bocaux, il finit par devenir une bombe à retardement géante constitué de chair et de technologie qui va engloutir tout sur son passage. Cette transformation de l’adolescent qui subit à celui qui agit sur le monde envers et contre tous, en s’éloignant de toutes les personnes qui ont eu une importance majeure ou infime sur sa vie, le changement par l’apocalypse et la destruction atomique. Pendant que Kaneda, son ami et frère de l’orphelinat, incarne une autre forme de révolution, celle du changement incarné par leur génération, par la jeune révolutionnaire Kei, qu’il va suivre jusqu’au bout du monde.

© 1998 Mash • ROOM / AKIRA COMITTEE ALL RIGHTS RESERVED. / Eurozoom / Piece of Magic Entertainment France (POM Anime)

Cette opposition est marquée par ce que les personnages portent, pendant que Tetsuo récupère un tissu dans des débris, Kaneda porte une veste rouge qu’il transmet d’ailleurs à la personne qui l’a accompagné durant sa transition (Kei). Pendant que Tetsuo rejette Kaori, mais également Kaneda en voulant sa mort, puisque lui souhaite reconstruire le monde à partir des ruines dans lesquelles ils ont grandi en tant que leader, une direction vers laquelle penchera le manga, mais le film fait quant à lui un autre choix, qu’il opérait quand il s’est focalisé sur la transformation de Tetsuo. Alors qu'il grossit et devient de plus en plus dangereux, Akira apparaît et accompagné des enfants ayant subi les expériences de l’armée se sacrifie en utilisant le pouvoir de Tetsuo pour modeler un nouvel univers. Les enfants jusque-là apeurés, en colère transforment eux-mêmes le monde, les opprimés de la violence sourient enfin comme la statue de Bouddha.

Pour un long-métrage parlant de révolution par la matière et la destruction du monde, Akira l’incarne dans son entreprise technique toujours aussi vertigineuse avec ses 160 000 celluloïds peints à la main, mais également avec l’utilisation de 327 couleurs différentes, dont 50 créées spécialement pour le film. Tout dans Akira incarne le changement (les enfants opprimés contre les adultes oppresseurs), la transformation (appel à créer un nouveau monde, un nouvel univers) et la révolution (sa technique vertigineuse). C’est pour ça qu’il est encore aujourd’hui, l'un des objets culturels issue de la contre-culture les plus important, Katsuhiro Ōtomo nous appelle au changement, à prendre soin des enfants du monde et qu'il est constamment en métamorphose et renaître. 


Adam Herczalowski