[CRITIQUE/RESSORTIE] : Les Hommes du Président
Réalisateur : Alan J. Pakula
Avec : Dustin Hoffman, Robert Redford, Jack Warden, Martin Balsam,...
Distributeur : Park Circus France
Budget : -
Genre :Drame, Policier, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h18min
Date de sortie : 22 septembre 1976
Date de ressortie : 26 août 2026
Synopsis :
En 1972, cinq hommes sont arrêtés pour avoir pénétré par infraction dans l'immeuble du Watergate où se situent les bureaux du parti Démocrate. Alors que l'affaire est présentée comme un simple fait divers, deux journalistes du Washington Post, Carl Bernstein et Bob Woodward décident de pousser l'enquête qui les mènera vers les plus hautes sphères du gouvernement.
Difficile de ne pas enchaîner les banalités avec une gourmandise presque malsaine (et encore plus depuis que la légende Robert Redford nous a quitté), lorsque l'on écrit sur une œuvre telle que Les Hommes du Président/All the President's Men du roi Alan J. Pakula, sommet autant du film d'investigation clinique et captivant que du thriller paranoïaque racé et intelligent (qui trouve un ancrage dans le réel absolument exceptionnel, qui renforce durement sa paranoïa), totem d'un genre qui n'a eu de cesse que de s'en inspirer (où de le singer, c'est selon... coucou Spotlight) depuis, qui ne se contente pas simplement d'aborder l'un des faits historiques les plus importants de l'histoire récentes des États-Unis (le scandale du Watergate, deux ans à peine après la parution du best-seller éponyme des reporters Bob Woodward et Carl Bernstein), mais de prendre le pouls d'une Amérique dont l'innocence politique s'est fissurée dans une violence brute et sourde.
Point d'orgue de son «cinéma paranoïaque» entamé avec Klute et The Parallax View, dont l'écriture volubile est savamment dénuée de tout sentimentalisme putassier (tout repose sur la véracité des faits, sur des séquences à la fois simples - mais point simplistes - et d'une précision chirurgicale, Pakula faisant naître la tension au détour de simples conversations, d'un sens du cadre rare renforcé par la photographie inspirée de Gordon Willis), le film s'attache tout du long à l'enquête de Woodward et Bernstein pour détricoter chaque fil imposant d'une mécanique bureaucratique américaine aussi tentaculaire qu'oppressante, judicieusement pensée pour dissimuler une vérité qu'ils vont déterrer lentement mais sûrement, en partant d'un événement a l'effet «boule de neige» : l'effraction opérée en juin 1975, au quartier général du Parti démocrate, situé dans l'immeuble du Watergate à Washington.
La première pièce de leur désir de contrecarrer les multiples manipulations et falsifications du pouvoir en place, un travail de fond intense qui mènera à une suite d'articles qui, eux-mêmes, mèneront à l'ouverture d'une enquête sénatoriale indépendante, qui aura pour conséquence la condamnation des responsables et la démission du président des États-Unis (ce que Pakula ne montre jamais, jusque dans un final aussi puissant que symbolique, soulignant que le combat pour la vérité - pas uniquement journalistique - n'est jamais terminée).
Politique sans souligner à outrance ni artificiellement la gravité de son propos comme son engagement (la survie, coûte que coûte, de la démocratie, l'importance crucial du travail de l'ombre pour dévoiler les mensonges/dérives - entre autres - politiques), célébrant le journalisme d'investigation à une époque moralement sombre (et jumelle à la nôtre, quand bien même la prolifération décomplexée des fake news doublée à une manipulation médiatique à peine masquée, est aujourd'hui atrocement décuplée) tout en étant frappé d'une rigueur à la lisière du documentaire (un réalisme d'une aisance proprement déconcertante); Les Hommes du Président, dominé par la prestation stellaire du tandem Robert Redford/Dustin Hoffman aux énergies dissemblables mais incroyablement complémentaires, est de ces œuvres importantes (aussi bâteau que soit ce terme, il n'en est pas moins pertinent ici), follement immersives et intègres à la portée intemporelle.
Une merveille, rien de moins.
Jonathan Chevrier








