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[CRITIQUE] : Rose


Réalisateur : Markus Schleinzer
Avec : Sandra Hüller, Caro Braun, Marisa Growaldt,...
Distributeur : KMBO
Budget : -
Genre : Drame, Historique.
Nationalité : Autrichien, Allemand.
Durée : 1h34min.

Synopsis :
Au lendemain de la guerre de Trente Ans, un mystérieux soldat balafré s’installe dans un village isolé d’Allemagne. À force de labeur et de services rendus, il gagne la confiance des habitants et croit enterrer son secret. Alors que les villageois commencent à le considérer comme l’un des leurs, tout bascule lorsqu’ils se mettent à douter de sa véritable identité.




On ne peut pas réellement dire que le cinéaste autrichien Marcus Schleinzer, à la caméra moins d'être prolifique (trois réalisations en quinze ans), est de ces réalisateurs qui font dans la dentelle : son premier effort, Michael, se faisait la chronique glaçante mais dénuée de tout sensationnalisme putassier, du quotidien d'un trentenaire en apparence banal, mais qui séquestre chez lui et abuse d'un gamin de dix ans (on ressent là, un esprit viscéralement malsain so Haneke, dont il a été plusieurs fois le directeur de casting, dans une autre vie cinématographique), là où son second, Angelo, s'attachait à l'itinéraire d'un jeune esclave africain dans le Vienne du XVIIIe siècle, baptisé et éduqué par une comtesse européenne le prenant sous son aile, appelé à devenait la mascotte de la cour locale avant de se la mettre à dos en épousant, en secret, une femme blanche.

Copyright 2026_Schubert,ROW Pictures,Walker+Worm Film, Gerald Kerkletz. / KMBO

Pas véritablement le type de bonhomme prompt à, en apparence, composer des morceaux de cinéma à la fois délicat et percutant, un drame historique embaumé dans un noir et blanc particulièrement léché et Bergmanien en diable.
Monumentale erreur, comme quoi il ne faut jamais juger un cinéaste sur les tics et apparences de ses œuvres passées et c'est, instinctivement, tout le mantra même de son troisième passage derrière la caméra, Rose, qui creuse encore un peu plus son exploration de figures marginales à travers le temps et les époques.

Prenant savamment les contours d'une fable au rythme tranquille, flanquée dans une Allemagne boisée du XVIIe siècle post-guerre de Trente Ans, l'histoire s'attache à celle d'un mystérieux soldat débarquant dans un village protestant isolé d'Allemagne, une figure discrète au visage défiguré par une cicatrice de guerre, qui prétend être l'héritier d'une ferme abandonnée - papiers à l'appui pour dompter les soupçons.
Une âme distinguée et peu à peu respectée qui se révèle un fermier travailleur et pieux, mais dont l'existence repose sur une supercherie aussi invraisemblable qu'extraordinaire : c'est une femme qui se fait passer pour un homme, bousculant secrètement l'«ordre établi» d'un monde dominé par les ambitions et le pouvoir du mâle, qui refuse tout ou presque aux femmes, et encore plus leur indépendance...

Copyright 2026_Schubert,ROW Pictures,Walker+Worm Film, Gerald Kerkletz. / KMBO

Reposant en grande partie sa pertinence autant sur une mise en scène concise que sur la performance tout en nuances et physiquement expressive d'une Sandra Hüller, Rose se fait un beau - même si un poil manichéen - et organique portrait de femme tout en autodétermination et en transgression (d'où émerge une solidarité féminine improbable mais essentielle), qui déconstruit les principes de la supériorité masculine - et les préjugés de l'infériorité féminine - comme les édifices sociaux dans sa lutte brutale pour une autonomisation pieusement souhaitée.

Une nouvelle étude de personnage racée et captivante par Marcus Schleinzer donc.


Jonathan Chevrier