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[CRITIQUE] : Les Ensorceleuses 2


Réalisatrice : Susanne Bier
Acteurs : Sandra Bullock, Nicole Kidman, Joey King, Maisie Williams, Lee Pace,...
Distributeur : Warner Bros. France
Budget : -
Genre : Fantastique, Romance.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h10min.

Synopsis :
Les sœurs Owens affrontent la sombre malédiction qui menace de détruire leur famille une fois pour toutes, dans un événement cinématographique mêlant divertissement, magie et chaos.




Alors certes, nostalgie aidant, on garde tous un plus ou moins bon souvenir du sympathique mais affreusement perfectible Practical Magic aka Les Ensorceleuses d'un Griffin Dunne bien meilleur devant que derrière la caméra, sorte Charmed fantaisiste et glacial avant l'heure (et adapté d'une manière sensiblement édulcorée, du roman éponyme d'Alice Hoffman), parcourant sans trop d'ambition mais avec enthousiasme, les terrains affreusement glissants de la comédie sombre et de la romance sirupeuse non sans heurts (une scène brutale d'agression sexuelle et de meurtre, traitée d'une façon incroyablement incongrue), pour mieux approfondir ses notions de sororité et de girl power, avec un emballage criant furieusement son appartenance aux 90s de tous les pores de sa pellicule (même si sa photographie et sa direction artistique, restaient soignées).

Le tout porté par un excellent casting vedette : Sandra Bullock, Nicole Kidman, Dianne Wiest, Goran Višnjić et Evan Rachel Wood.

Copyright Warner Bros.

Maintenant de là à en attendre, aussi timidement culte soit-il, une suite, il y avait un sacré monde que l'on ne pensait pas voir franchir la Warner (et qui, vu la campagne promotionnelle léthargique du film, semble avoir excessivement vite regretté de l'avoir fait) et pourtant, vingt-huit ans plus tard et sans que personne ne l'est réellement demandé - pas même sous la torture -, le film original se paye une suite tardive, à nouveau avec le tandem Bullock/Kidman dans la peau des sœurs maudites Owens et Akiva Goldsman au scénario (le cœur du problème, où pas loin, même s'il se base sur la suite même du roman d'Hoffman, elle aussi publiée longtemps après le premier bouquin), et censée trouver sa pertinence au-delà d'un élan nostalgique excessivement exacerbé et d'une magie originelle dont le sort ne fonctionne plus réellement.

Et, évidemment, comme toute déclinaison inutile et pondue trop tard qui se respecte, cette seconde aventure signée Susanne Bier se pète la baguette avant même sa première incantation, monumentale ratage thématiquement proche de son ainé dont il reprend la même trame (la malédiction ancestrale qui empêche les femmes d'Owens de vivre une belle et vraie histoire d'amour, sous peine de voir leur bien-aimé périr- ou pas loin - dans une terrible tragédie... à vélo, c'est excessivement précis), les mêmes fragilités tonales comme les mêmes maladresses scénaristiques (jusqu'à ajouter, à nouveau, un love interest improbable à Sally en la personne d'un universitaire spécialiste des arts occultes - un Lee Pace trop pur pour cette catastrophe - dont la présentation oscille entre le risible et le franchement dérangeant), étirant sans raison son malheur sur un petit peu plus de deux heures beaucoup trop longue pour la patiente de son auditoire.

Copyright Warner Bros.

Voulu comme une fable intergénérationnelle sous fond de sororité, de maternité - difficile mais aimante - et de malédiction endeuillée, centrée en majeure partie sur les filles de Sally (enfin surtout Kylie/Joey King, Maisie Williams étant reléguée au statut spartiate de caution de luxe, tout comme une Nicole Kidman à la présence anecdotique en simili-tata Patsy Stone d'Absolutely Fabulous), mais incarnant in fine une fastidieuse aventure Harry Potter-esque sage comme une image, entre balades à travers la campagne anglaise (un pendant de l'intrigue qui enchaîne les incohérences à la pelle), bièraubeurres/margaritas, affrontements sans tension et situations/dialogues glauques et gênants (Lee Pace prend définitivement trop cher dans ce film...), Les Ensorceleuses 2, artisan de sa propre malédiction et d'une mythologie confuse à force d'être artificiellement gonflée, est tourné, monté et incarné avec un manque d'envie si criant (sauf peut-être du côté de Sandra Bullock, la seule à croire en se désastre... même en promo), qu'il n'arrive jamais à n'être plus que mortellement ennuyeux et interminable sur toute sa longueur.

Shame on you Warner, shame on you...


Jonathan Chevrier