[CRITIQUE] : Digger
Réalisateur : Alejandro González Iñárritu
Avec : Tom Cruise, Sandra Hüller, John Goodman, Michael Stuhlbarg, Riz Ahmed, Jesse Plemons, Emma D'Arcy,...
Distributeur : Warner Bros. France
Budget : -
Genre : Action, Comédie.
Nationalité : Américain, Mexicain, Britannique.
Durée : 2h09min.
Synopsis :
L’homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s'ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.
On ne le répétera jamais assez, la faute à un Ruben Östlund qui a moins redéfini ses lignes par son approche scénaristique que par son adoubement cannois (deux Palmes d'Or, merde...) : la satire sociale, qu'elle soit sarcastique où satirique, tournée vers la haute bourgeoisie, le pouvoir où encore l'écologie, a tout de l'arme absolue si elle n'est pas entre de mauvaises mains/plumes, si elle n'est pas abordée par la bouffonnerie stérile d'un - ou d'une - cinéaste se pensant plus malin que la moyenne : jouer du grotesque et de l'absurde jusqu'à l'excès mais sans se perdre dans une mécanique pachydermique, pour dynamiter tous les travers d'une société contemporaine qui n'a même pas assez de doigts pour les compter.
La finesse avant tout, même lorsqu'elle convoque un rire gras.
Et de finesse, on ne doutait pas que le talentueux cinéaste mexicain (oui) Alejandro González Iñárritu en ferait preuve, pour ce qui avait tout d'une réappropriation 2.0 du classique de Stanley Kubrick, Docteur Folamour, avec le roi (symbolique) du box-office Tom Cruise en cheval de Troie : Digger, blockbuster ambitieux entre la fresque satirique et mordante et la farce socio-politico-apocalyptique et philosophique (rien que ça), visant à taper sur le capitalisme et l'impérialisme US autant qu'à renvoyer l'humanité comme nos gouvernants et la politique actuelle, la truffe dans ses propres excréments; une gymnastique complexe à laquelle s'était maladroitement essayé le Rumours, nuit blanche au sommet du trio Guy Maddin/Evan et Galen Johnso, en se vautrant mignon avec le navrant Rumours, nuit blanche au sommet, sorte de gloubi-boulga experimentalo-potache à la frontière entre Romero et Buñuel, dont la narration était in fine aussi perdue que ses personnages - sans compter humour aux saillies plates et puériles.
Plus adroit (mais pas seul, puisqu'il a co-écrit le film aux côtés de Sabina Berman, d'Alexander Dinelaris et de Nicolás Giacobone), Iñárritu a le bon sens de rester clair dans ses intentions - quitte à diviser -, partant d'un pitch loin d'être improbable (Digger Rockwell, un oligarque au pouvoir démesuré du secteur pétrolier, totalement inconscient de toute problématique écologique - jusqu'ici tout est trop crédible -, provoque accidentellement une catastrophe environnementale mondiale avec son immense plateforme de forage pétrolier au Groenland, plaçant les États-Unis au coeur d'une réaction attendue), et louchant peut-être un peu plus que de raison sur son œuvre tutélaire (Digger/Ripper : tu l'as... blague à part, au-delà d'une situation centrale similaire, les deux personnages sont basés sur la même nature insensée d'avoir consciemment provoqué le pire, tout en minimisant leur implication au maximum), pour voguer vers une critique attendue mais néanmoins pertinente du cynisme des puissants, tout autant que de l'absurdité obsessionnelle d'une nature humaine plus prompte à chercher des solutions pour survivre aux catastrophes qu'elle crée, plutôt que de se donner réellement les moyens de les prévenir (les fameux pompiers pyromanes, dont on n'a pas forcément besoin de chercher hors de nos frontières, pour en trouver).
Avec : Tom Cruise, Sandra Hüller, John Goodman, Michael Stuhlbarg, Riz Ahmed, Jesse Plemons, Emma D'Arcy,...
Distributeur : Warner Bros. France
Budget : -
Genre : Action, Comédie.
Nationalité : Américain, Mexicain, Britannique.
Durée : 2h09min.
Synopsis :
L’homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s'ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.
On ne le répétera jamais assez, la faute à un Ruben Östlund qui a moins redéfini ses lignes par son approche scénaristique que par son adoubement cannois (deux Palmes d'Or, merde...) : la satire sociale, qu'elle soit sarcastique où satirique, tournée vers la haute bourgeoisie, le pouvoir où encore l'écologie, a tout de l'arme absolue si elle n'est pas entre de mauvaises mains/plumes, si elle n'est pas abordée par la bouffonnerie stérile d'un - ou d'une - cinéaste se pensant plus malin que la moyenne : jouer du grotesque et de l'absurde jusqu'à l'excès mais sans se perdre dans une mécanique pachydermique, pour dynamiter tous les travers d'une société contemporaine qui n'a même pas assez de doigts pour les compter.
La finesse avant tout, même lorsqu'elle convoque un rire gras.
Et de finesse, on ne doutait pas que le talentueux cinéaste mexicain (oui) Alejandro González Iñárritu en ferait preuve, pour ce qui avait tout d'une réappropriation 2.0 du classique de Stanley Kubrick, Docteur Folamour, avec le roi (symbolique) du box-office Tom Cruise en cheval de Troie : Digger, blockbuster ambitieux entre la fresque satirique et mordante et la farce socio-politico-apocalyptique et philosophique (rien que ça), visant à taper sur le capitalisme et l'impérialisme US autant qu'à renvoyer l'humanité comme nos gouvernants et la politique actuelle, la truffe dans ses propres excréments; une gymnastique complexe à laquelle s'était maladroitement essayé le Rumours, nuit blanche au sommet du trio Guy Maddin/Evan et Galen Johnso, en se vautrant mignon avec le navrant Rumours, nuit blanche au sommet, sorte de gloubi-boulga experimentalo-potache à la frontière entre Romero et Buñuel, dont la narration était in fine aussi perdue que ses personnages - sans compter humour aux saillies plates et puériles.
Plus adroit (mais pas seul, puisqu'il a co-écrit le film aux côtés de Sabina Berman, d'Alexander Dinelaris et de Nicolás Giacobone), Iñárritu a le bon sens de rester clair dans ses intentions - quitte à diviser -, partant d'un pitch loin d'être improbable (Digger Rockwell, un oligarque au pouvoir démesuré du secteur pétrolier, totalement inconscient de toute problématique écologique - jusqu'ici tout est trop crédible -, provoque accidentellement une catastrophe environnementale mondiale avec son immense plateforme de forage pétrolier au Groenland, plaçant les États-Unis au coeur d'une réaction attendue), et louchant peut-être un peu plus que de raison sur son œuvre tutélaire (Digger/Ripper : tu l'as... blague à part, au-delà d'une situation centrale similaire, les deux personnages sont basés sur la même nature insensée d'avoir consciemment provoqué le pire, tout en minimisant leur implication au maximum), pour voguer vers une critique attendue mais néanmoins pertinente du cynisme des puissants, tout autant que de l'absurdité obsessionnelle d'une nature humaine plus prompte à chercher des solutions pour survivre aux catastrophes qu'elle crée, plutôt que de se donner réellement les moyens de les prévenir (les fameux pompiers pyromanes, dont on n'a pas forcément besoin de chercher hors de nos frontières, pour en trouver).
![]() |
| Copyright Warner Bros |
Une première partie rythmée, aussi haletante que visuellement ébouriffante (le DOP Emmanuel Lubezki ayant entièrement tourné le film en VistaVision, un écho direct au format 35mm de la Paramount dans les années 50), qui embrasse sans réserve la satire politico-apocalyptique aux figures caricaturales (totalement consciente d'être un condensé à peine amusé de son époque), avant de virer vers la farce tragique dans la seconde, une comédie humaine où il brise le quatrième mur pour nous ramener au ridicule de notre propre réalité (et justifier l'excentricité exacerbée de la première), nous confronter à notre propre statut de spectateur - du cinéma comme du réel -, prêt à rire de l'horreur quand elle est mise en scène, sans forcément agir contre elle au seul endroit où les actes comptent (nous rendant alors complices de l'échec de toute l'humanité).
La révélation d'une mise en abyme philosophico-sombre qui en laissera sans doute plus d'un sur le carreau (si tenté est qu'ils ne le fussent pas déjà avant), mais qui vise particulièrement juste même quand elle se tire une balle dans le pied, incarnant in fine une sorte d'immense Colisée des temps modernes où Iñárritu tire sur tout le monde avant de clamer tel un Maximus : « are you not entertained ? ».
Et on l'est, assurément, en grande partie par un Tom Cruise s'éclate comme jamais, entre Peter Sellers (Follamour qu'on vous dit) et son personnage tout aussi excentrique - mais moins nuancé - de Les Grossman dans Tonnerre sous les tropiques, parfait en narcissique aveuglé et uniquement capable du pire, lui dont la théâtralité excessive colle à la perfection aux intentions du film, sans doute l'une de ses plus belles performances à ce jour (peut-être sa plus imposante avec Magnolia), aux côtés d'un John Goodman (toujours ?) parfait en caricature Trumpiste assumée et sous oxygène.
Pas dénué de maladresses (sa longueur, sûrement, en premier lieu) mais d'une ambition folle au coeur d'une jungle Hollywoodienne où l'audace est une qualité qui se meurt, jonglant sur ses nombreux déséquilibres tel un funambule agile même si parfois bien trop conscient de son talent comme de ses effets, Digger n'en reste pas moins une sacrée expérience de cinéma dégainée pile poil un an après Une Bataille après l'autre de PTA par une Warner assurée de ne pas rentrer dans ses frais (mais persuadée d'avoir un candidat sérieux pour la course aux statuettes dorées), l'idée d'une proposition à part qui, alors que le monde part en sucette et que l'industrie se meurt (où pas loin, Warner Bros. en est un témoin privilégié), laisse encore la place aux auteurs d'exister.
Le Iñárritu nouveau ne plaira pas à tout le monde donc, et c'est précisément ce qui le rend précieux.
Jonathan Chevrier
La satire politique est un genre très répandu au cinéma. Le Dictateur, Triangle of Sadness, Don't Look Up ou encore Docteur Folamour, difficile d'énumérer la quantité d'œuvres ayant pour but de se moquer des bourgeois et/ou de la classe dirigeante. Mais c’est aussi un genre rpisqué. Il est possible de faire de grands films autant qu’il est facile de devenir ridicule. À trop vouloir tourner en dérision une classe, on peut vite devenir caricatural et vain. Alors, quand Alejandro González Iñárritu annonce Digger, avec en tête d’affiche Tom Cruise qui a passé les dix dernières années à jouer le même rôle dans des films d’action, il y avait de quoi être inquiet (mais aussi un peu intrigué).
Ainsi, Iñárritu met en scène Digger Rockwell, magnat du pétrole, qui apprend que ses forages au Groenland ont relâché du méthane dans l’atmosphère et provoqué le détachement d’un énorme iceberg fonçant droit sur l’Europe, risquant de provoquer un gigantesque tsunami. Avec la complicité du gouvernement des États-Unis, il décide de propager de fausses informations pour dégager sa responsabilité. Un scénario qui semble ridicule, absurde, tiré par les cheveux ? Et pourtant, pas si loin de certaines vérités. En partant de ce postulat, le réalisateur mexicain démarre son récit pied au plancher avec un Tom Cruise déchaîné, prenant à bras-le-corps ce personnage ignoble et répugnant qu’est Digger.
Tout s'enchaîne très vite. Le film passe de scènes de comédie très bien ficelées à des instants dramatiques lorsque l’on se rend compte de l’ampleur de la catastrophe qui est sur le point de se déclencher. Et, durant les 30 premières minutes, on se retrouve devant cette comédie noire qui, bien que divertissante, n’est pas révolutionnaire. On se demande bien vers où se dirige le récit, tant les enjeux peuvent se résoudre en 3 lignes. Mais c’est là que Iñárritu surprend le·la spectateur·rice en emmenant son récit ailleurs.
(Attention, il est conseillé d’avoir vu le film avant de lire les prochaines lignes.)
Au bout de quelques minutes, les événements qui se sont déroulés dans le début du film s'avèrent être une répétition d’une pièce de théâtre. Une représentation qui se déroule plusieurs années dans le futur. Ainsi, derrière la simple satire des puissants sur fond de possible fin du monde, Iñárritu questionne plus notre rapport à l’art, mais aussi le rapport des puissants à ces médiums. Comment ils utilisent le divertissement pour silencier la colère d’un peuple en révolte. Comment, de notre côté, on les utilise pour trouver du réconfort après des événements tragiques. Comment on peut être prompt à rire de l’horreur lorsqu’elle est cathartique. Et c’est là que Digger prend toute sa beauté. Il ne critique pas la position des spectateur·rice·s. D’ailleurs, il est lui-même conscient de sa position (accentuée par un second retournement autour du personnage de Jesse Plemons qui est, comme à chaque fois, impressionnant), se tirant ainsi une balle dans le pied, et l'assume pleinement.
Avec Digger, Iñárritu s’amuse tant dans son écriture que dans sa mise en scène. En constant surrégime, épuisant, grossier par instants, il dessine un portrait disgracieux et peu subtil de ses personnages (appuyé par sa photographie et ses gros plans). En parallèle, il s’aventure dans une mise en abyme méta qui va sûrement perdre plusieurs spectateur·rice·s. Et c’est justement tout cela qui rend ce film aussi passionnant et sublime. Une œuvre servie par un casting à l’image du reste du film et portée par un Tom Cruise qui a parfaitement cerné son rôle. Définitivement l’un des grands films de l’année.
Ainsi, Iñárritu met en scène Digger Rockwell, magnat du pétrole, qui apprend que ses forages au Groenland ont relâché du méthane dans l’atmosphère et provoqué le détachement d’un énorme iceberg fonçant droit sur l’Europe, risquant de provoquer un gigantesque tsunami. Avec la complicité du gouvernement des États-Unis, il décide de propager de fausses informations pour dégager sa responsabilité. Un scénario qui semble ridicule, absurde, tiré par les cheveux ? Et pourtant, pas si loin de certaines vérités. En partant de ce postulat, le réalisateur mexicain démarre son récit pied au plancher avec un Tom Cruise déchaîné, prenant à bras-le-corps ce personnage ignoble et répugnant qu’est Digger.
Tout s'enchaîne très vite. Le film passe de scènes de comédie très bien ficelées à des instants dramatiques lorsque l’on se rend compte de l’ampleur de la catastrophe qui est sur le point de se déclencher. Et, durant les 30 premières minutes, on se retrouve devant cette comédie noire qui, bien que divertissante, n’est pas révolutionnaire. On se demande bien vers où se dirige le récit, tant les enjeux peuvent se résoudre en 3 lignes. Mais c’est là que Iñárritu surprend le·la spectateur·rice en emmenant son récit ailleurs.
![]() |
| Copyright Warner Bros |
(Attention, il est conseillé d’avoir vu le film avant de lire les prochaines lignes.)
Au bout de quelques minutes, les événements qui se sont déroulés dans le début du film s'avèrent être une répétition d’une pièce de théâtre. Une représentation qui se déroule plusieurs années dans le futur. Ainsi, derrière la simple satire des puissants sur fond de possible fin du monde, Iñárritu questionne plus notre rapport à l’art, mais aussi le rapport des puissants à ces médiums. Comment ils utilisent le divertissement pour silencier la colère d’un peuple en révolte. Comment, de notre côté, on les utilise pour trouver du réconfort après des événements tragiques. Comment on peut être prompt à rire de l’horreur lorsqu’elle est cathartique. Et c’est là que Digger prend toute sa beauté. Il ne critique pas la position des spectateur·rice·s. D’ailleurs, il est lui-même conscient de sa position (accentuée par un second retournement autour du personnage de Jesse Plemons qui est, comme à chaque fois, impressionnant), se tirant ainsi une balle dans le pied, et l'assume pleinement.
Avec Digger, Iñárritu s’amuse tant dans son écriture que dans sa mise en scène. En constant surrégime, épuisant, grossier par instants, il dessine un portrait disgracieux et peu subtil de ses personnages (appuyé par sa photographie et ses gros plans). En parallèle, il s’aventure dans une mise en abyme méta qui va sûrement perdre plusieurs spectateur·rice·s. Et c’est justement tout cela qui rend ce film aussi passionnant et sublime. Une œuvre servie par un casting à l’image du reste du film et portée par un Tom Cruise qui a parfaitement cerné son rôle. Définitivement l’un des grands films de l’année.
Livio Lonardi












