[CRITIQUE] : Possible Love
Réalisateur : Lee Chang-dong
Acteurs : Jeon Do-yeon, Sul Kyung-gu, Zo In-sung, Cho Yeo-jeong,...
Distributeur : Netflix France
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Sud-coréen.
Durée : 2h44min.
Synopsis :
Un employé licencié et son épouse, qui croisent la route d'une documentariste et de son conjoint, affrontent leurs désirs cachés.
Drame vertigineux à la lisière du thriller hypnotico-psychologique particulièrement pertinent dans son portrait d'une Corée du Sud bouffée par la lutte des classes, puisant sa force dans le non-dit et une ambivalence pesante, Burning était de ces petits miracles qui frôlent la perfection, pur morceau de cinéma intimiste et complexe qui jouait tout autant la carte de l'épure et du minimalisme total, qu'il jonglait avec les temporalités et entre les genres avec une facilité proprement déconcertante.
Du cinéma redoutable et exigeant aux nombreux niveaux de lecture, une vraie œuvre de virtuose qui consolidait encore un peu plus le statut privilégié de Lee Chang-dong sur la carte des faiseurs de rêves (ou plutôt, de cauchemars) les plus talentueux de leur génération, quand bien même le bonhomme prend sensiblement son temps pour repasser par la case tournage entre chaque pépite.
Huit ans d'attente cette fois, pour un nouvel effort qui s'inscrit - à nouveau - dans la parfaite continuité de sa réflexion sur les ravages d'une société capitaliste où la lutte des classes cristallise un climat de plus en plus tendu au cœur du « Pays du Matin calme ».
Exempté des salles obscures (merci Netflix), le métacinématographique et librement inspiré du Décalogue de Krzysztof Kieslowski Possible Love, a tout de l'authentique cousin du récent Aucun autre choix de Park Chan-wook - voire même du Parasite de Bong Joon-ho - dans sa manière de s'inscrire frontalement dans une crudité sociale réaliste et tragique (sans humour macabre essentiel), dans sa volonté de pointer la répression brutale, aussi bien économique, structurelle qu'humaine, d'une nation lancée pleine bourre sur la voie d'un capitalisme extrême et dévastateur.
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| JOO JAE-BUM / NETFLIX |
Le tout à travers un dispositif d'une simplicité folle : deux couples issus de classes sociales différentes, dont le plus pauvre, composé d'un ancien ouvrier d'usine dépressif dont la défense de ses droits lui a tout coûté (son emploi, son statut social - avec un passage en prison -, sa santé physique comme mentale), et d'une épouse aimante tentant de maintenir à flot sa famille (et de préserver son fils des maux de leur mariage), se retrouve hébergé par une connaissance sensiblement plus aisée et bourgeoise, en apparence désintéressée mais in fine nourrie par un opportunisme profondément voyeuriste (leur présence nourrit la composition d'un film sur l'exploitation et la lutte quotidienne pour la survie de la classe ouvrière).
Toute la maestria de Possible Love réside là, dans la façon dont Lee Chang-dong jongle continuellement entre le drame social et le drame intime, dans la manière dont il illustre par la force d'une mise en scène délicate comme d'une écriture méticuleuse et nuancée, le déséquilibre des pouvoirs au sein de ces couples littéralement aux antipodes (mais unis dans une forme de désir, d'aspiration frustrée), dans la façon dont il laisse se craqueler le vernis de la camaraderie sous le poids d'une dépendance perverse, au sein d'une prose désenchantée qui expose brutalement les ressentiments classistes d'une élite méprisante (même pavée de bonnes intentions), tout autant que l'impossibilité d'une convergence entre deux univers devenus beaucoup trop éloignés pour se comprendre.
Le tout dans un processus profondément introspectif et même métacinématographique, puisque le cinéaste théorise sur la complexité d'user de la grammaire cinématographique lorsqu'on souhaite refléter, interpréter voire même affronter la réalité.
Du beau cinéma formellement grandiose, tout en désillusion et en pessimisme mais qui, paradoxalement, ne condamne pas à l'oubli l'espoir d'un avenir moins sombre.
Jonathan Chevrier


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