[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #176. Curly Sue
Nous sommes tous un peu nostalgiques de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars. Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se baladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leur mot à dire... Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 80's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération. Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pilule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !
#176. La P'tite arnaqueuse de John Hughes (1990)
L'histoire est celle d'un duo inséparable. Bill Dancer est un vagabond débrouillard, et Curly Sue une petite orpheline de sept ans qu'il a recueillie bébé et qu'il élève comme sa fille. Ensemble, ils survivent de combines : de petites arnaques bien rodées, des mises en scène pour attendrir les passants, des repas obtenus par l'astuce. Un jour, leur ruse les amène à se faire renverser par la voiture d'une avocate brillante, Grey Ellison, qui les prend sous son aile par culpabilité. La vie bien rangée de Grey se retrouve bouleversée par l'arrivée de ces deux êtres libres et chaleureux, tandis que son fiancé, rigide et carriériste, les regarde avec méfiance. Peu à peu, la méfiance laisse place à l'attachement, et les trois forment une sorte de famille de fortune, jusqu'à ce que la réalité sociale, avec ses règles et ses services sociaux, vienne menacer cet équilibre.
Le casting repose sur un trio plutôt sympathique. James Belushi joue Bill avec un mélange de charme canaille et de gentillesse, et c'est sans doute le meilleur de sa filmographie en termes de tendresse. Kelly Lynch donne à Grey une élégance un peu glacée, qui laisse peu à peu place à une vraie vulnérabilité, mais la romance entre elle et Belushi a été jugée peu convaincante par plusieurs critiques. Alisan Porter est Curly Sue, petite fille espiègle, répartie vive et mimiques de comédienne en herbe : elle sera des années plus tard la gagnante de la version américaine de The Voice. John Getz joue le fiancé, Fred Thompson un notable, et Steve Carell fait ses débuts au cinéma dans un petit rôle.
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| © Warner Bros. Pictures |
La mise en scène de Hughes est sans surprise : il filme Chicago avec un œil nostalgique, des rues grises, des quartiers aisés, des cafés, des escaliers de secours, et mise sur la mécanique de la comédie familiale, avec ses quiproquos, ses scènes attendrissantes et ses morceaux de bravoure. Le film assume sa part de fable, parfois jusqu'à la caricature, avec un côté « Pretty Woman à l'envers » où c'est la riche professionnelle qui est transformée par les vagabonds. La photographie de Jeffrey Kimball reste lumineuse et douce, la musique de Delerue soutient les moments d'émotion, mais l'ensemble manque de rythme et d'ironie, et la formule Hughes ne prend pas.
À sa sortie en octobre 1991, le film se place deuxième du box-office américain, derrière House Party 2, et finit par rapporter environ trente-trois millions de dollars, un résultat honorable mais inférieur aux attentes. La critique est sévère. Gene Siskel le juge onctueux, sans la moindre alchimie entre ses deux interprètes principaux, Leonard Maltin parle d'une formule qui ne fonctionne plus, et la presse britannique évoque une niaiserie indestructible. Le public, lui, est plus partagé, séduit par l'enfant et par la dimension feel-good.
Avec le recul, La P'tite arnaqueuse reste un film mineur, surtout intéressant comme étape dans la carrière de Hughes. Il marque la fin d'un cycle : après ce film, le réalisateur qui avait défini le cinéma adolescent des années 80 s'éloigne de la mise en scène. On y voit aussi les débuts de Steve Carell, la naissance d'une future chanteuse, et une jolie partition de Delerue. Le film est resté longtemps dans les mémoires comme un divertissement familial inoffensif, que la télévision a beaucoup rediffusé, et qui garde un charme un peu désuet, celui d'un conte où la bonté finit toujours par triompher.









