[CRITIQUE] : Malfaisante
Réalisateur : Rob Savage
Avec : Jessica Chastain, Arabella Olivia Clark, Jay Duplass, Karen Allen...
Distributeur : Universal Pictures International France
Budget : -
Genre : Épouvante-Horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h34min
Synopsis :
Malfaisante nous entraine dans l’univers de la très jeune Bela, dont le quotidien se détériore de jour en jour en raison de la relation qu’elle entretient, au cœur de sa propre maison, avec une entité malveillante qui ressemble étrangement à sa propre mère..
Il y a un parallèle résolument fascinant à dresser entre l'un des premiers films qui a permis à Jessica Chastain d'exploser à la face du monde, Mama d'Andy Muschietti, et son dernier long-métrage en date, Other Mommy aka Malfaisante par chez nous (adapté d'un roman de Josh Malerman) d'un Rob Savage toujours un peu trop conscient de ses effets, tant les deux films, à treize ans d'intervalles, semblent inconsciemment boucler une boucle cohérente sur la maternité au coeur du cinéma de genre, et comment la comédienne, malgré les limites imposées par les deux films (surtout celles du second), explore les recoins les plus sombres et psychologiques de la notion de maternité, au détour d'une confrontation directe à une entité monstrueuse tentant frontalement de s'approprier la chair de sa chair - où les enfants qu'elle se doit de protéger comme les siens.
Si dans Mama, la notion s'acquiert sur le tas d'une manière profondément radicale, au plus près d'une musicienne aux antipodes des instincts maternels dits traditionnels, mais qui va incarner l'ultime rempart sacrificiel pour ses deux jeunes nièces, Malfaisante lui inverse les rapports de force, tant l'entité surnaturelle prend - littéralement - l'apparence physique d'une mère carriériste qui couve une crise conjugale coton, devenant un monstre aux yeux de sa propre fille, le cauchemar ultime pour tout enfant perdant dans la terreur, la figure la plus importante et rassurante de toute son existence (qui, dans le même mouvement, matérialise une crainte parentale toute aussi réelle : l'idée que notre propre enfant nous voit et nous considère comme un monstre).
Deux images singulières de la maternité qui se confrontent dans leur culpabilité, qui impliquent une transformation intime et affrontent le pire (deux entités qui tentent de pervertir leurs enfants en les poussant à rejeter le réel) d'une manière à la fois physique et intime, troublante et viscérale, et il y a quelque chose de profondément louable dans la manière qu'à la comédienne d'intellectualiser ses incarnations maternelles imparfaites (comme bon nombre de ses autres rôles finalement, notamment chez Michel Franco), de voguer dans les recoins psychologiquement sombres de figures complexes, dont les monstres qui les assaillent ne sont que les extensions des névroses de leurs propres foyers.
Mais si le film de Muschietti reposait sur une écriture solide sur laquelle Chastain pouvait s'appuyer, en revanche, Malfaisante lui impose un saut dans le vide sans filet, véritable montagne russe qui ne s'embarasse d'aucune exposition/contextualisation (et encore moins de profondeur dans sa galerie de personnages, taillés à la serpe), pour tailler dans le lard d'une horreur oû la menace est tout de suite considérée comme réelle et dangereuse, Savage s'amusant à la faire naître dans la banalité du quotidien, dans l'inquiétude palpable d'une gamine un peu trop consciente des maux qui gangrènent le mariage de ses parents.
Si l'on ne s'ennuie pas vraiment (ce qui n'était pas vraiment le cas avec les précédents efforts de Savage), la popote n'en reste pas moins sensiblement frustrante tant le cinéaste ne cherche jamais véritablement à s'éloigner de la voie convenue de l'horreur sensationnelle et spectaculaire (avec quelques sursauts vraiment efficaces) mais douloureusement artificielle, dans une sorte de rapprochement un brin alambiqué aux sagas Poltergeist/Conjuring (avec un gros doigt de Coraline) où l'accumulation de personnages et de cadres, viennent totalement annihiler l'intensité d'une terreur qui n'est jamais aussi prégnante que lorsqu'elle vient perturber la confiance de sa jeune héroïne (et son manque de certitude d'être face, où non, à sa mère), que lorsqu'elle vient contredire durement l'idée que nos proches ne peuvent pas, profondément, nous faire du mal.
Tout était là pourtant, entre l'investissement sans réserve de Jessica Chastain et la performance poignante d'Arabella Olivia Clark, pour que Malfaisante soit un petit peu plus que la somme de ses jolies qualités comme de ses (grosses) lacunes narratives, avec un petit peu plus d'ambition et de profondeur dans son exécution.
Mais la balade n'en reste pas moins intéressante dans la vérité qu'elle évoque derrière ses contours de rollercoaster horrifique : les ravages d'un mariage ne se confine jamais qu'aux deux époux, et leur progéniture finit toujours, tôt où tard, par porter les stigmates de tragédies qu'ils n'ont jamais provoqués.
Jonathan Chevrier
Avec : Jessica Chastain, Arabella Olivia Clark, Jay Duplass, Karen Allen...
Distributeur : Universal Pictures International France
Budget : -
Genre : Épouvante-Horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h34min
Synopsis :
Malfaisante nous entraine dans l’univers de la très jeune Bela, dont le quotidien se détériore de jour en jour en raison de la relation qu’elle entretient, au cœur de sa propre maison, avec une entité malveillante qui ressemble étrangement à sa propre mère..
Il y a un parallèle résolument fascinant à dresser entre l'un des premiers films qui a permis à Jessica Chastain d'exploser à la face du monde, Mama d'Andy Muschietti, et son dernier long-métrage en date, Other Mommy aka Malfaisante par chez nous (adapté d'un roman de Josh Malerman) d'un Rob Savage toujours un peu trop conscient de ses effets, tant les deux films, à treize ans d'intervalles, semblent inconsciemment boucler une boucle cohérente sur la maternité au coeur du cinéma de genre, et comment la comédienne, malgré les limites imposées par les deux films (surtout celles du second), explore les recoins les plus sombres et psychologiques de la notion de maternité, au détour d'une confrontation directe à une entité monstrueuse tentant frontalement de s'approprier la chair de sa chair - où les enfants qu'elle se doit de protéger comme les siens.
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Si dans Mama, la notion s'acquiert sur le tas d'une manière profondément radicale, au plus près d'une musicienne aux antipodes des instincts maternels dits traditionnels, mais qui va incarner l'ultime rempart sacrificiel pour ses deux jeunes nièces, Malfaisante lui inverse les rapports de force, tant l'entité surnaturelle prend - littéralement - l'apparence physique d'une mère carriériste qui couve une crise conjugale coton, devenant un monstre aux yeux de sa propre fille, le cauchemar ultime pour tout enfant perdant dans la terreur, la figure la plus importante et rassurante de toute son existence (qui, dans le même mouvement, matérialise une crainte parentale toute aussi réelle : l'idée que notre propre enfant nous voit et nous considère comme un monstre).
Deux images singulières de la maternité qui se confrontent dans leur culpabilité, qui impliquent une transformation intime et affrontent le pire (deux entités qui tentent de pervertir leurs enfants en les poussant à rejeter le réel) d'une manière à la fois physique et intime, troublante et viscérale, et il y a quelque chose de profondément louable dans la manière qu'à la comédienne d'intellectualiser ses incarnations maternelles imparfaites (comme bon nombre de ses autres rôles finalement, notamment chez Michel Franco), de voguer dans les recoins psychologiquement sombres de figures complexes, dont les monstres qui les assaillent ne sont que les extensions des névroses de leurs propres foyers.
Mais si le film de Muschietti reposait sur une écriture solide sur laquelle Chastain pouvait s'appuyer, en revanche, Malfaisante lui impose un saut dans le vide sans filet, véritable montagne russe qui ne s'embarasse d'aucune exposition/contextualisation (et encore moins de profondeur dans sa galerie de personnages, taillés à la serpe), pour tailler dans le lard d'une horreur oû la menace est tout de suite considérée comme réelle et dangereuse, Savage s'amusant à la faire naître dans la banalité du quotidien, dans l'inquiétude palpable d'une gamine un peu trop consciente des maux qui gangrènent le mariage de ses parents.
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Si l'on ne s'ennuie pas vraiment (ce qui n'était pas vraiment le cas avec les précédents efforts de Savage), la popote n'en reste pas moins sensiblement frustrante tant le cinéaste ne cherche jamais véritablement à s'éloigner de la voie convenue de l'horreur sensationnelle et spectaculaire (avec quelques sursauts vraiment efficaces) mais douloureusement artificielle, dans une sorte de rapprochement un brin alambiqué aux sagas Poltergeist/Conjuring (avec un gros doigt de Coraline) où l'accumulation de personnages et de cadres, viennent totalement annihiler l'intensité d'une terreur qui n'est jamais aussi prégnante que lorsqu'elle vient perturber la confiance de sa jeune héroïne (et son manque de certitude d'être face, où non, à sa mère), que lorsqu'elle vient contredire durement l'idée que nos proches ne peuvent pas, profondément, nous faire du mal.
Tout était là pourtant, entre l'investissement sans réserve de Jessica Chastain et la performance poignante d'Arabella Olivia Clark, pour que Malfaisante soit un petit peu plus que la somme de ses jolies qualités comme de ses (grosses) lacunes narratives, avec un petit peu plus d'ambition et de profondeur dans son exécution.
Mais la balade n'en reste pas moins intéressante dans la vérité qu'elle évoque derrière ses contours de rollercoaster horrifique : les ravages d'un mariage ne se confine jamais qu'aux deux époux, et leur progéniture finit toujours, tôt où tard, par porter les stigmates de tragédies qu'ils n'ont jamais provoqués.
Jonathan Chevrier



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