[CRITIQUE] : Le Roi du Game
Réalisateur : Eric Judor
Acteurs : Éric Judor, Alexandra Lamy, Marc Labreche, Hafid F. Benamar,...
Distributeur : Gaumont Distribution
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Français.
Durée : 1h35min.
Synopsis :
Alexandre est prêt à tout pour renouer avec sa fille. Quitte à infiltrer une équipe de bras cassés dans un univers de jeu médiéval-fantastique. Cette quête improbable pourrait bien le ramener à ses propres rêves oubliés...
Il y a quelque chose de réellement intéressant dans le fait de décrypter les parcours en apparence dissemblables et pourtant étonnamment blindés de points communs, qui ont émaillé les carrières dites " solos " d'Éric et Ramzy au fil des décennies, même s'ils ne se sont jamais réellement quittés aussi bien sur le petit que sur le grand écran.
Si Éric Judor a très vite su exprimer un versant plus attachant et absurde de son humour - pas uniquement chez Quentin Dupieux - autant qu'un vrai talent de créateur d'histoires (Platane et Problemos forever) aux influences insoupçonnées, Ramzy Bedia lui, même s'il s'est également essayé à la réalisation en solitaire avec le mésestimé et Gondry-esque Hibou, a moins concentré ses efforts sur la réalisation et l'écriture mais a sensiblement fait évoluer sa palette d'acteur en voguant vers des terrains plus sinueux et matures (le drame), tout en accentuant consciemment son statut de visage familier d'une comédie populaire française que l'on imagine presque plus sans lui.
À tel point que l'on désespère un brin de voir le tandem se réunir, pour de bon, avec un projet qui condenserait leur double maturité (La Tour 2 contrôle infernale y arrivait presque, notamment du côté de sa mise en scène).
Mais il va falloir attendre encore un peu (chez Dupieux, vraisemblablement), puisque c'est au premier de nous revenir avec ce qui est, assurément, son long-métrage le plus ambitieux à ce jour : Le Roi du Game, plongée pragmatique même si bardée de poncifs au cœur de l'univers rarement abordé - sans cynisme, tout du moins - des jeux de rôle grandeur nature (JDR pour les intimes, à l'engouement populaire sensiblement éprouvé de l'autre côté de l'Atlantique), clouée aux basques d'un paternel divorcé et méchamment largué qui essaye coûte que coûte de renouer avec sa fille, au point d'infiltrer une équipe de bras cassés dans un univers de jeu médiéval-fantastique.
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| Copyright Serge Blondeau / Gaumont Distribution |
Le point de départ désinvolte d'une farce tout aussi - légèrement - piquante que bienveillante où le Judor comédien reste sensiblement dans ses chaussons (une partition d'éternel grand enfant un brin rebelle et en quête de rédemption, dans une version jamais aussi définitive que pour le chouette Roulez jeunesse), là où son pendant cinéaste, qui surfe sur un humour border qui le caractérise si bien (un second degré qui en laissera, comme toujours, plus d'un sur le carreau), sans fondamentalement taper aveuglément sur son sujet (une fuite consciente et insouciante d'une réalité morose et accablante, qu'il comprend sans fustiger), peine un peu plus à donner suffisamment de corps à une écriture qui ne dépasse jamais réellement les frontières de l'inoffensif, dans sa sensibilité (une dimension émotionnelle jamais totalement prégnante, malgré la dynamique père-fille difficile en son cœur) comme dans ses saillies loufoques et absurdes (parfois plus irritantes que charmantes).
Un manque de liant (qui se retrouve également dans la caractérisation sommaire de ses personnages) qui casse un brin les fondations d'une farce médiévale au demeurant agréable, qui met une jolie banane à défaut certes de nous refaire les abdos, voire même à nous placer dans un inconfort plutôt génial (ce bonbon Platane...) mais qui, au cœur d'une comédie populaire hexagonale guère enthousiasmante, mérite bien plus son pesant de pop-corn que la quasi-intégralité de la concurrence.
Oui, le constat est un poil (méchamment en vrai) triste...
Jonathan Chevrier


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