[FUCKING SERIES] : À l'Est d'Éden : Une question de choix
(Critique - avec spoilers - de la mini-série)
Quelques semaines avant de retenter l'expérience Jane Austen, au détour d'une nouvelle adaptation d'Orgueil et Préjugés (que l'on espère pleinement dans la veine sensuelle et léchée de l'adaptation cultissime de Joe Wright, avec la somptueuse Keira Knightley), dont on espère qu'elle sera aux antipodes du catastrophique Persuasion de Carrie Cracknell (on en attend énormément, c'est dit), gageons que sur le papier, et même avec la présence de Florence Pugh devant la caméra et à la production (sans oublier celle de Zoé Kazan à la baguette, qui s'inscrit sensiblement dans l'ombre de son grand-père, Elia, sept décennies après son adaptation porté par le regretté James Dean, mais qui ne s'intéressait in fine qu'au dernier tiers du roman), on attendait absolument rien d'une nouvelle déclinaison by la firme au Toudoum, du pavé monumental de John Steinbeck, À L'Est d'Éden.

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Rien si ce n'est une potentielle popote plus où moins digestes uniquement capable d'occuper nos dimanches de galères sous nos plaids (une bonne frange du catalogue de Netflix - mais pas que - est totalement basé où presque, sur cette notion même de binge-watching intensif et sans trop de densité narrative derrière... et on a, parfois, pleinement besoin de ce type de production, zéro jugement putassier ici, sauf lorsque les plateformes de streaming s'attaquent à un matériau d'origine charnu, pour le dévitaliser en long, en large et en travers), salopant dans les grandes largeurs ce qui incarne l'une des plus grandes œuvres de la littérature nord-américaine, relecture allégorique et moderne du livre de la Genèse dans l'Amérique des pionniers, façon exploration crue de la nature humaine et de la coexistence complexe du bien et du mal en chaque âme, qui venait également déconstruire le puritanisme ambiant comme les promesses illusoires derrière l'idéalisme du rêve américain, confronté à la dure réalité économique d'une nation bâtie dans le sang et les larmes.
Monumentale erreur, où pas loin, tant Zoé Kazan s'approprie juste ce qu'il faut le matériau d'origine sur sept épisodes, pour en composer une belle odyssée intergénérationnelle et dramatico-psychologique aussi moderne qu'étouffante qui redéfinit le personnage manipulateur de Cathy Ames comme le cœur battant noire et toxique de l'histoire (tout en donnant, en contrepoint, une importance un peu plus marquée au personnage du domestique Lee, un point d'ancrage généreux et moral aux rêves tout aussi brisés), figure moins innocente que féroce au sein d'une exploration racée et intelligente des limites étriquées du patriarcat et de la fatalité familiale, emballée comme une fresque Malickienne (toute propension gardée, même si le duo de réalisateurs Garth Davis et Laure De Clermont-Tonnerre, assume tout du long cette révérence évidente) qui sublime, sanctifie les paysages écrasé par un soleil de plomb et une brutalité humaine sourde.

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Une figure vénéneuse que Kazan à le bon de ne jamais édulcorer (et que Pugh incarne avec une conviction remarquable, qui tranche avec ses quelques errances récentes du côté d'un MCU où elle n'a que peu de place pour s'exprimer) ni a bêtement mené vers la voie de la rédemption (elle a vécu le pire et a commis le pire en retour), n'excusant jamais sa noirceur (ni ses terribles actes, entre incendies, meurtres et abandon d'enfants) mais lui donnant une résonance intime et nuancée, celle d'une femme clivante refusant bec et ongles de perdre son autonomie et assumant pleinement ses choix pour ce qu'elle considère comme sa survie, même les plus innommables (nous ne sommes que la définition de nos propres décisions, l'essence même de la vie et du pavé de Steinbeck).
Alors certes, si la subtilité n'est pas toujours au rendez-vous (doux euphémisme), et que son symbolisme biblique est au moins aussi pesant que son rythme est un tantinet trop lancinant, difficile de ne pas se laisser emporter par le vertige de cette nouvelle déclinaison qui légitime pleinement son existence, en voulant conter l'histoire au détour de sa figure la plus décriée.
Jonathan Chevrier








