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[CRITIQUE] : Normal


Réalisateur : Ben Wheatley
Avec : Bob Odenkirk, Henry Winkler, Lena Headey,...
Distributeur : Amazon Prime Vidéo France
Budget : -
Genre : Action, Comédie, Policier, Thriller.
Nationalité : Américain, Canadien.
Durée : 1h30min

Synopsis :
Le shérif Ulysse prend ses fonctions dans une nouvelle ville. Quand la banque est dévalisée par des étrangers, Ulysse découvre une conspiration et se rend compte que tout le monde en ville, du barman au prêtre, est dans le coup.




Enlacé entre Chute Libre et John Wick, avec son héros lassé de cacher ce qu'il est réellement et qui se réclame par la force de sa volonté, un remède au poison invivable qu'est le crime (comme Marion Cobretti, la nuance et une famille en plus), le diptyque Nobody et son irrévérence so shoot'em-up, embaumé une B.O. matinée de soul et de métal (un cocktail moins indigeste qu'il ne le laissait présager), incarnait deux actionners savoureusement brutaux, deux joyaux de bisseries pulp et sèchement fun qui se réclamaient certes plus comme des comédies noires parodiques qu'une vraie satire du genre, mais imposaient une évidence difficilement discutable aujourd'hui : Bob Odenkirk est carrément crédible en action man, et c'est une sacrée bonne nouvelle pour les amoureux de l'éternel Saul Goodman, dont la carrière post-Better Call Saul n'est pas des plus productives.

Copyright Magnolia Pictures / WME Independent / Esquire

Inutile de dire donc que l'annonce d'un projet tel que Normal (flop mignon en salles au box-office nord-américain, et qui a sensiblement pris son temps pour traverser l'Atlantique), nouvel effort d'un Ben Wheatley au mojo retrouvé depuis Bulk (étonnant et absurde vertige existentiel qui intime de s'abandonner dans sa propre logique aliénante, pour mieux en apprécier son audace comme sa singularité) mais a la caméra encore un chouïa vulnérable, vrai vehicule pour confirmer encore un peu plus le statut de defourailleur professionnel du Bob, vendait méchamment du pâté à nos yeux, quand bien même il est dégueulé sans envie par Prime Vidéo (on a l'habitude), au sein de son catalogue qui regorge de chouettes séances jamais réellement mises en valeurs.

Bonne pioche, quoiqu'en diront quelques pisses froids (qui ont pourtant pleinement conscience de ce qu'ils vont voir), c'est typiquement du bon film d'exploitation à l'ancienne, à des années lumières d'être fin (où alors comme un parpaing de maroilles) mais qui se mange sans faim, néo-western sauce thriller à l'ironie sèche et mordante, dont la qualité tient en quelques éléments essentiels : tirer toute la substantifique moelle d'un pitch à la lisière du prétexte (un shérif intérimaire usé mais avec des principes chevillés au colt, fraîchement muté - temporairement - dans un petit bled paisible, Normal, qui va vite découvrir qu'il est justement tout sauf « normale ») et une mise en place simple et efficace de ses enjeux narratifs - limités juste ce qu'il faut -, sans fondamentalement chercher à tromper la familiarité évidente de sa narration (même si son discours sur une Amérique abandonnée,  obligée de forger sa propre économie à fleur de balles, est loin d'être ridicule).

Copyright Magnolia Pictures / WME Independent / Esquire

Dans l'ombre plus où moins marquée du Fargo des frangins Coen (plus où moins, dans le sens où ses personnages, caricaturaux as hell, ne sont jamais véritablement pris au sérieux) et de Nobody (avec un anti-héros qui subit les événements et plus adepte des armes à feu que de la brutalité primaire de ses poings; le tout avec une opposition improbable yakuzas/americana profonde), avec une violence nettement plus exagérée et une conscience de soi plus (trop ?) exacerbée, Normal a tout du divertissement sauvage aussi imparfait que joliment régressif et rythmé (une heure et demie au compteur, sans bout de gras), petit cirque de la destruction massive ayant le bon ton de s'assumer tout du long.

Par chez nous, on appelle ça tout simplement une chouette série B qui vaut décemment son pesant de pop-corn.


Jonathan Chevrier