[CRITIQUE] : Adieu monde cruel
Réalisateur : Félix de Givry
Acteurs : Milo Machado-Graner, Jane Beever, Emmanuelle Destremau,...
Distributeur : Diaphana Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 1h33min.
Synopsis :
Otto Vidal, 14 ans, a disparu après avoir adressé une lettre d’adieu aux élèves de sa classe. Alors que tout le monde le croit mort, Léna, une fille de son lycée, le reconnaît une nuit en train d’errer dans les rues de la ville.
Force est d'admettre que sur le papier, Adieu monde cruel (superbe titre, c'est dit), estampillé premier long-métrage d'un comédien et wannabe cinéaste Félix de Givry, avait tout d'un projet furieusement casse-gueule, et encore plus pour une caméra encore naissante : aborder les sujets complexes du spleen adolescent et du harcèlement scolaire, propices aux embardées mélodramatico-larmoyantes sirupeuses et glucosées, voire aux crises existentielles artificielles pour des spectateurs faciles et peu exigeants, en quête de séances venant gentiment malaxer leur glandes lacrymales.
D'autant que le pitch, frontale et à la subtilité - supposément - absente, rentrait clairement dans le lard de ses sujets : aborder comment un môme de quatorze piges, harcelé au collège, réalise ce petit fantasme stupide que l'on a tous eu à un moment donné (tout du moins, c'est le cas pour l'auteur de ces mots, ancien ado un peu trop émo et shooté aux sonorités mélancoliques de The Cure), en orchestrant sa propre mort sociale à travers des lettres d'adieu cinglantes, histoire de mieux observer - mais de pas trop loin - le chaos de cet événement sur ses proches et son microcosme, mais aussi l'enquête qui entoure sa disparition.
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Méchamment casse-gueule et pourtant, de Givry ne se prend pas les pieds dans ses propres bobines et tutoie une grâce proche du cinéma de Céline Sciamma, en croquant une fable adolescente à hauteur de rébellion meurtrie, tournée comme une tragédie noire romanesque et mélancolique en 16mm, presque hors du temps avec ses tons désaturés, au plus près d'un gamin qui se réapproprie sa propre existence en feintant sa mort, en devenant symboliquement le fantôme d'une vie dont il scrute l'héritage émotionnellement lisse et cynique (le bal hypocrite des témoignages de ceux qui lui ont rendu le quotidien insupportable), avec un détachement presque désabusé, jusqu'à ce qu'il croise la route d'une autre adolescente, protectrice comme complice de sa complexe supercherie.
Embaumé dans la douce composition d'Arnaud Toulon, le film capture sans aspérités et avec sensibilité la solitude comme le malaise sourd d'une jeunesse volée qui tente désespérément de reprendre ses droits, de dompter une souffrance intime que personne n'a voulu voir, dans un drame brut et singulier dont l'approche épurée et réaliste coïncidence avec la partition simple et minimaliste du superbe tandem Mimo " Anatomie d'une chute " Machado-Graner/Jane Beever, d'une justesse et d'une profondeur rare.
On appelle ça une claque, rien de moins.
Jonathan Chevrier


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