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[CRITIQUE] : Don't Say Good Luck


Réalisatrice : Julia Hart
Acteurs : Sunny Sandler, Melanie Lynskey, Stephanie Beatriz, Max Greenfield, Steve Buscemi, Bebe Neuwirth, Jack Champion, Jon Lovitz,...
Budget : -
Distributeur : Netflix France
Genre : Comédie Dramatique, Drame, Comédie Musicale.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h35min

Synopsis :
Sophie Birenbaum est prête à briller sous les projecteurs en tant que vedette de la comédie musicale de son lycée — jusqu’à ce qu’elle se retrouve soudainement confrontée à encore plus de drame chez elle que sur scène.




S'il y avait décemment à boire et à manger dans les premières productions du tandem Happy Madison/Netflix, à l'image d'un Adam Sandler qui se cherchait un brin créativement parlant, quitte à creuser encore un peu plus son humour facile (mais génial) à coups de péloches pas toujours défendables (mais continuellement sincères et à son image, ce qui n'est vraiment pas rien),The Meyerowitz Stories - qui l'a fait rentré dans la sphère " Baumbachienne " - puis Uncut Gems des frangins Safdie, ont fait gentiment changé de stratégie un Sandman certes toujours décidé à faire rire son auditoire, mais sensiblement plus enclin à prendre des risques - et, de facto, à dévoiler tout le talent qu'on lui connaît (Le Haut du panier de Jeremiah Zagar, Spaceman de Johan Renck, Jay Kelly de Noah Baumbach ou encore Time Out de Scott Cooper, n'ont fait que confirmer cette stratégie).
Des risques comme celui de mettre (encore) plus en avant non seulement ses amis, mais également sa propre famille, à l'image de ses deux filles, Sunny et Sadie, à qui il a offert plusieurs productions chacunes pour potentiellement suivre les pas des gamines Apatow et autres nepo babies, d'une jungle Hollywoodienne qui commence à les compter à la pelle.

Copyright Netflix

Si Sadie avait été plutôt convaincante dans le teen movie sauce instantané de la Gen-Z façon Mean Girls, Roommates, troisième long-métrage de l'ancienne critique canadienne Chandler Levack, c'était Sunny qui avait sensiblement plus marqué les esprits avec le chouette You Are So Not Invited to My Bat Mitzvah de Sammi Cohen, et qui continue de le faire avec une proposition certes sensiblement calibrée pour faire pleurer dans les chaumières, mais qui sait néanmoins joliment abordé un sujet douloureux - le cancer en phase terminale et une mort imminente -, au détour d'une bouleversante relation mère-fille : Don't Say Good Luck de Julia Hart, qui s'attarde moins sur les affres de la maladie que sur les conséquences et les heurts de devoir vivre malgré tout avec un terrible diagnostic, aussi bien lorsque l'on est une mère qui tente de faire les meilleurs choix possible avant son départ, qu'une jeune adolescente et wannabe lancée dans le grand bain des incertitudes de sa future vie d'adulte (mais également celle d'une adolescence loin d'être évidente, avec les premiers émois amoureux et des amitiés à la solidite mises à l'épreuve), et devant façonner son avenir avec le poids de cette immense perte à venir, tiraillée qu'elle est entre une future représentation théâtrale à venir, et la nécessité évidente de ne pas perdre la moindre minute qu'il lui reste avec la femme la plus importante de sa vie.

Copyright Netflix

Cochant toutes les cases faciles avec une générosité lacrymale sensiblement exacerbée, sans pour autant plonger tête la première dans un misérabilisme comme un pathos putassiers, le film joue la carte d'une tendresse humble et touchante, donnant du corps à ses deux personnages vedettes sans pour autant laisser de côté la profondeur des figures qui gravitent autour (Max Greenfield, Bebe Neuwirth et Steve Buscemi y sont fantastiques, même avec un temps de présence limité); un ancrage essentiel pour donner un sentiment de réalisme à la douleur et aux conflits stagnants, mais également qu'elles portent en elle tout le poids émotionnel du récit.
Et si la cadette des Sandler s'en sort avec les honneurs, c'est bel et bien Melanie Lynskey qui vampirise le film de toute son aura, absolument bouleversante qu'elle est en matriarche qui fait tout pour rester présente dans la vie des siens, même si son corps l'empêche cruellement de l'être.
Beau canevas familial autant que joli récit initiatique à hauteur d'adolescente, dont l'innocence est brisée par l'inéluctable et la vulnérabilité de l'existence, Don't Say Good Luck ne renouvelle pas une musique excessivement familière certes, mais il en récite toutes les paroles sans fausse note - et c'est déjà pas mal.


Jonathan Chevrier