[CRITIQUE] : Decorado
Réalisateur : Alberto Vázquez
Avec : avec les voix de Asier Hormaza, Aintzane Gamiz, Kandido Uranga,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Comédie, Drame.
Nationalité : Espagnol.
Durée : 1h35min.
Synopsis :
Arnold, une souris de la classe moyenne au chômage, traverse une crise existentielle profonde. Il vit dans une ville ou l’entreprise ultralibérale A.L.M.A. dirige tout ; abrutissant la population pour mieux imposer sa loi. Contrairement à sa femme María, Arnold a depuis longtemps l’impression que ce monde est irréel et faux. Décidant de se rebeller contre la société, quitte à devoir affronter ses soi-disant amis, ses voisins, ses médecins, Arnold élabore un plan astucieux pour s’échapper de la ville afin de commencer une nouvelle vie.
On avait laissé le cinéaste espagnol Alberto Vázquez fin 2022, au virage de son second long-métrage, Unicorn Wars (qui peut pleinement se voir comme une extension de son court-métrage Sangre de unicorno), une descente viscérale et émotionnelle dans les enfers de la haine et de la guerre qui embrassait totalement la noirceur du conte dont il se réappropriait les codes, pour mieux fustiger sa - fausse - candeur et ce même s'il se perd un brin dans les méandres de la fiction moralisatrice.
Avec puissance et violence, Vázquez y dénonçait les travers de l'humanité et la bêtise de l'homme en traitant de thèmes rarement abordés dans l'animation (le fanatisme, l'endoctrinement politique et religieux,...) tout en faisant preuve d'une sensibilité résolument moderne (un discours écologique mais aussi féministe tant il questionne les affres de la masculinité toxique) et d'une animation étonnamment colorée et chatoyante.
Un film d'animation pas vraiment pour les plus jeunes - à peine plombé par un rythme en dents de scie -, intercalé entre Full Metal Jacket et la scène tragique de Bambi que l'on se repasserait en boucle, une fable cauchemardesque et iconoclaste faite pour bousculer les consciences.
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| Copyright Le Pacte |
Son nouveau long-métrage, Decorado, lui aussi animé, suit le même mantra surréaliste et satirique avec une brutalité moins frontale et plus insidieuse, au détour des aléas d'une souris quarantenaire en pleine et profonde crise existentielle : Arnold, englué dans la classe moyenne et au chômage, las du monde qui l'entoure et qu'il voit comme une représentation constante et exagérée, enfermé qu'il est dans une cité ou l’entreprise ultralibérale A.L.M.A. dirige tout, abrutissant la population pour mieux imposer sa loi.
Mais, contrairement à sa femme María, Arnold a depuis longtemps l’impression que ce monde est irréel et faux, tellement qu'il décide d'élaborer un plan astucieux pour s’échapper de la ville afin de commencer une nouvelle vie.
Itinéraire tout en étrangeté affirmée et en humour noir d'une lutte saine contre une société autoritaire, capitaliste et anxiogène, au plus près d'une figure attachante bouffée par la morosité aliénante de son existence et un temps qui n'a de cesse de le rattraper, sensiblement en quête de sens là où il ne semble plus y en avoir; Vázquez s'immisce entre The Truman Show et le cinéma de Charlie Kaufman pour mieux aborder la dépression, les ravages du conformisme et le confort illusoire qu'il impose comme l'absurdité des rapports humains et sociaux (là encore, sa dystopie n'exagère qu'à peine notre réalité), dans une chronique intimement inconfortable dans les vérités qu'elle déclame avec lucidité.
Si on peut certes lui reprocher un final un chouïa manqué, Alberto Vázquez frappe une nouvelle fois fort et juste avec son odyssée anthropomorphique.
Jonathan Chevrier









