[CRITIQUE] : Salvation
Réalisateur : Emin Alper
Avec : Caner Cindoruk, Berkay Ateş, Feyyaz Duman,...
Distributeur : Dulac Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Turc, Français, Hollandais, Grec, Suédois, Saoudien.
Durée : 2h00min.
Synopsis :
Deux villages turcs, l’un à flanc de montagne, l’autre dans la plaine.
Quand les habitants du bas, exilés, décident de revenir sur leurs terres, des conflits ancestraux ressurgissent avec ceux du haut.
Progressivement, croyances, paranoïa et luttes de pouvoir s’exacerbent, mettant en péril la fragile cohabitation des deux communautés.
Tranquillement mais sûrement au fil des péloches, Elmin Alper est en passe de se constituer une sacrée filmographie depuis ses débuts il y a un petit peu moins d'une quinzaine d'années maintenant et le bouillant thriller Beyond The Hill, mais aussi et surtout de se forger le statut de plus en plus solide de cinéaste à suivre, et pas uniquement au coeur d'un cinéma turque qui a vu plusieurs visages talentueux émerger sur la dernière décennie.
Un habitué du bal des festivals que l'on avait laissé en 2022 avec Burning Days, thriller vénéneux et sauvage (dont l'âpreté et le nihilisme décomplexé s'inscrit directement dans l'ombre du cinéma de Sam Peckinpah) où il tissait le récit tortueux d'une plongée au coeur d'un sud de la Turquie désertique - et plus directement la petite ville très unie de Yaniklar - où baigne pauvreté, corruption institutionnalisée et homophobie; tout du long.cloué aux basques d'un ambitieux jeune procureur déterminé et intègre, qui débarque d'Ankara dans la petite ville de Yaniklar - au fin fond de l'Anatolie - pour apporter un semblant d'ordre, de respect et de justice sociale face au règne chaotique du mouvement populiste traditionnel qui prospère sur la corruption et le populisme dans le monde rural.
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| Copyright Dulac Distribution |
Nouveau cauchemar Anatolien : Salvation, ou sa caméra contemple la complexité comme la rage bouillonnante derrière l'opposition ancestrale entre deux clans pour la primauté d'une terre isolée, avec d'un côté (le clan Bezari) les habitants d'un village qui ont fui la région lors d'une période de guerre civile et sont bien décidés à y revenir, et de l'autre (le clan Hazeran) leurs voisins, ceux qui sont restés pour lutter contre l'insurrection et qui revendiquent tout autant ce village comme le leur, après avoir cultivés ses plaines au fil du temps.
Une opposition principalement capturée au détour d'une figure tourmentée et aussi aride que le paysage qui l'entoure (il perçoit ses songes terrifiants comme des préceptes divins), Mesut, relégué de son propre héritage familial et qui tente de renverser le cheikh en place, tant il perçoit toute idée de réconciliation comme une capitulation...
Western ruralo-mystique à la lisière du huis clos à ciel ouvert, prenant les contours d'une horreur onirico-allégorique où le cadre se fait tantôt accueillant (le jour), tantôt menaçant (la nuit), et où Alper s'amuse consciemment à brouiller la frontière entre songe - agressif - et réalité (à l'image même de la psyché d'un personnage qui confond hallucinations et menaces réelles), pour mieux sonder la brutalité humaine à la racine, Salvation triture autant les arcanes cycliques de la violence des systèmes patriarcaux (ou la femme est, au mieux, effacée), de cette absurdite morbide que l'on hérite, que la nature même de ce qui conduit l'homme à commettre l’irréparable, l'accumulation des petites gouttes d'eau qui fait déborder le vase d'une violence sourde et implacable - la lente radicalisation d'un homme incarnant le symbole d'échecs, intimes comme communautaires, que l'on repousse/instrumentalise sur " l'autre ", à défaut de réellement s'y confronter.
Une claque, rien de moins, à la portée une nouvelle fois, douloureusement universelle.
Jonathan Chevrier


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