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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Terminator 2 : Le Jugement dernier

Réalisateur : James Cameron
Avec : Arnold Schwarzenegger, Linda Hamilton, Edward Furlong, Robert Patrick, Joe Morton,...
Distributeur : StudioCanal
Budget : -
Genre : Action, Science-fiction.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h16min

Date de sortie : 16 octobre 1991
Date de ressortie : 2 septembre 2026

Synopsis :
En 1997, les survivants de l'apocalypse nucléaire poursuivent une guerre sans merci contre les robots et machines qu'ils ont eux-mêmes créés. Pour en finir avec John Connor qui dirige la résistance des hommes, deux « cyborgs » sont envoyés dans le passé. Leur mission : abattre Connor enfant. Le premier modèle de la série « Terminator » a échoué en 1984. Le second, modèle plus performant en liquide métamorphosable, se lance à la poursuite de l'enfant et de sa mère, Sarah, dans les années quatre-vingt-dix. De leur côté, les hommes du futur ont envoyé dans le passé un Terminator chargé de protéger le jeune Connor. Le duel des robots va prendre alors des allures titanesques. Et, tandis que l'enfant enseignera à ce Terminator des rudiments d'humanité, sa mère tentera par tous les moyens d'empêcher la création des premières machines intelligentes. Avec l'aide du Terminator qu'ils ont éduqué, ils combattront pour influencer le futur…




Jamais simple de se pencher sur une carrière aussi imposante et grisante que celle de James Cameron quand elle a, au-delà d'avoir marqué au fer rouge de sa puissance toute une époque (voire, n'ayons pas peur des superlatifs faciles, toute l'histoire du divertissement moderne), solidement forgé notre propre cinéphilie à un stade où l'objectivité même de la plume, se voit gentiment taclée par la subjectivité de la nostalgie (pas toujours nocive, entendons-nous bien).
Et pour l'auteur de ces mots, la subjectivité est totalement assumée, et encore plus pour des oeuvres plus exceptionnelles que la moyenne, dont la vision répétée sous tous les formats possibles (VHS, DVD, Blu-ray, en salles,...), se multiplie au-delà même de l'indécence; des œuvres sur lesquelles tout a été dit mais qui, paradoxalement, suscitent le même émerveillement à chaque fois que l'on s'attarde sur elles.

Come with me if you want to live.

Sensiblement le plus grand blockbuster de l'histoire du cinéma ricain (ça peut se discuter avec Jurassic Park, peut-être, un bon jour l'idée d'un débat sain n'a pas des allures de crise d'urticaire numérique) dont il a redéfini les codes d'un point de vue économique (il est le premier film à officiellement dépasser les 100 millions de dollars de production, là où son aîné n'en avait coûté que... 12) comme cinématographique (son sens du découpage, son action rythmée et sous tension, son usage du numérique, son climax en trois parties, son enchevêtrement des thématiques/codes du western et de la science-fiction matinée de post-apo, totem du blockbuster anticapitaliste qui a ouvert la voie à Matrix and Co.,...), Terminator 2 : Le Jugement dernier débarque sept ans après un monumental (oui) Terminator dont il se fait une inversion/amélioration 2.0 à tous les niveaux.

Au cœur de son intrigue, il n'est plus question d'empêcher la naissance de John Connor, futur chef de la résistance humaine contre les machines, en assassinant sa mère, Sarah Connor, mais bien de le faucher avant même son entrée dans l'adolescence, avec une menace encore plus grande et implacable (le T-1000, dont il est difficile de ne pas voir dans sa polymorphie, une référence directe au The Thing de Carpenter) mais également, de facto, une protection plus conséquente (ce n'est plus à son père, Kyle Reese, qu'il connaîtra avant même qu'il ne le renvoie dans le passé pour être conçu, mais au T-800, le bourreau de sa mère, d'incarner son nouveau protecteur).

The Future is not set. There is no fate but what we make.

Sa science-fiction elle-même, Orwellienne en diable, n'est plus simplement dans l'interprétation factuelle (là où, douce ironie dans la réalité, T2 a accentué l'ascension d’ILM dans la jungle Hollywoodienne et poussé à l'évolution constante de la technologie numérique au coeur des superproductions, comme à la déshumanisation croissante de ce type même de divertissement), en basant sa dystopie robotique sur les menaces d'apocalypse nucléaire inhérentes à l'ère de la Guerre Froide (comme de l'Amérique Reaganienne), mais elle se double d'un pendant plus spéculatif et poussé (même si la notion du voyage temporel reste, à nouveau, clouée au stade de l'anecdotique), en imaginant plus en profondeur le mal de demain (et pour le coup, extrêmement prémonitoire), à travers l'avènement du numérique et de sa menace encore plus floue et insidieuse (l'avènement d'Internet et de ses angoisses au début des 90s), qui n'a pas pour autant laissé le nucléaire de côté (l'ère Bush senior, et l'interventionnisme à nouveau exacerbé des États-Unis).

Si Skynet, l'intelligence artificielle développée par l'homme à partir des technologies futures récupérées après le final du premier film (issues du premier T-800), qui va vite acquérir une conscience et percevoir l'être humain comme une menace à éliminer, c'est par le contrôle des défenses nucléaires - américaines - et son déploiement (contre la Russie, réminiscence une nouvelle fois, de la Guerre Froide, avec l'assurance que la riposte sera immédiate et destructrice), qu'elle va façonner son apocalypse mécanique, avec des êtres robotiques (là encore, le fruit des craintes contemporaines d'une automatisation croissante de la technologie et d'un capitalisme exacerbé, où la main humaine était déjà remplacée et dispensable) tout de métal - solide ou liquide - exécutant à la lettre ses ordres d'extermination.

© Carolco Pictures / StudioCanal

Of all the would-be fathers who came and went over the years, this thing, this machine, was the only one who measured up. In an insane world, it was the sanest choice.

D'autant que dans le même mouvement, Cameron exploite plus en profondeur la thématique de la condition humaine que le premier opus (jusque dans son titre, à la résonance biblique criante), que ce soit à travers la notion d'une humanité incarnant tout autant l'artisan de sa propre destruction (ses désirs égotiques de se substituer à Dieu, sous couvert de l'évolution humaine et technologique), que l'ultime rempart pour sa propre survie, qu'une réelle réflexion sur l'humanité à travers deux machines bien distinctes, dans leurs conceptions comme dans leurs fonctions et objectifs (même si le cinéaste s'amuse à se jouer du spectateur dans une première demi-heure où l'on ne connaît pas réellement leurs intentions, et qui est là pour quoi si ce n'est, peut-être, pour la même chose), qui cohabitent avec l'homme dans une illusion parfaite (personne ne peut se douter, hors expériences exceptionnelles, qu'ils ne sont pas humains).

Si le T-1000 est terrifiant à tous les niveaux (le tueur parfait - et, sans doute, l'un des plus grands boogeymen ever -, physiquement plus « banal » et capable d'imiter qui que ce soit à la perfection avant de le tuer et dont le look passe-partout, une tenue de flic, le « couvre » de toutes les exactions dans une Los Angeles qui allait être bouleversée quelques mois plus tard, par l'affaire Rodney King), dont l'infiltration n'est axée que sur le souci d'éliminer ses cibles - la famille Connor -; le T-800 lui, fascine par son désir de comprendre l'homme, d'en répliquer son comportement par de petites touches pas toujours subtiles (il ne l'est pas réellement non plus dans le feu de l'action, après tout), d'assimiler ce qu'elle est (ce qui, sur ce versant et avec la possibilité que lui fournit son processeur, en fait une arme peut-être encore plus létale que celle frontale, qu'incarne le T-1000), par l'observation, l'interaction et une forme de quête d'humanité elle-même qui va l'amener à transcender sa propre condition : être le meilleur père de substitution que John Connor ait jamais eu, et peut-être celui qu'il a le plus aimé (dans une scène d'adieu absolument déchirante).

I know now why you cry... but it's something that I can never do.

Un basculement thématiquement et symboliquement fort, dans le sens où s'il était étrangement considéré comme le protagoniste principal du premier, plus encore que Sarah Connor et Kyle Reese (le film porte son nom certes, mais il n'en est pas moins tout du long, une machine à tuer glaciale), il n'est ici qu'un second rôle qui prend sporadiquement les commandes avant un dernier tiers où il retrouve sa valeur de machine - presque - increvable, qui endure jusqu'à la déraison pour mieux défendre une humanité qu'il ne fait plus uniquement sienne par devoir et mission, quitte à devoir périr lui aussi, dans un sacrifice noble - et, paradoxalement, désespérément humain.
Une inversion qui fait écho à la transformation de Sarah Connor qui, à son contact par le passé, s'est transformée de jeune femme supposément vulnérable à une « Terminator » humaine, une arme de guerre tout autant qu'une mère brute mais aimante, protégeant coûte que coûte la chair de sa chair tout en le formant, non sans heurts, en l'homme qu'il est censé advenir pour le bien de toute l'humanité.

The unknown future rolls toward us. I face it, for the first time, with a sense of hope. Because if a machine, a Terminator, can learn the value of human life, maybe we can too.

Tout a été dit sur
Terminator 2 : Le Jugement dernier, tellement qu'il en devient presque fastidieux de revenir sur sa maestria comme sur son importance au fil des conversations, textes et autres analyses, moins dans un souci de titiller tout un pan d'une nostalgie purement générationnelle, que de constater avec lucidité que le divertissement populaire n'a rien fait de plus grand et spectaculaire depuis (James Cameron non plus, aussi formidable que soit Titanic, qui reprend la même structure comme les mêmes thématiques que... Terminator).
Mais il y a pire condamnation que de contempler encore et encore, ce que tout un pan du cinéma que l'on aime, a fait de plus beau et de plus fort, pas vrai ?


Jonathan Chevrier