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[CRITIQUE] : Pressure


Réalisateur : Anthony Maras
Acteurs : Andrew Scott, Brendan Fraser, Kerry Condon, Chris Messina, Damian Lewis,...
Distributeur : StudioCanal
Budget : -
Genre : Drame, Historique, Thriller.
Nationalité : Britannique, Français.
Durée : 1h40min.

Synopsis :
Trois jours avant le Jour J, une seule décision peut changer le cours de l’Histoire. Alors que les Alliés s’apprêtent à lancer le plus grand débarquement jamais organisé, une violente tempête menace de faire échouer l’opération. Le général Eisenhower et le capitaine James Stagg, météorologue, font alors face à un choix impossible : attaquer malgré l’incertitude… ou risquer de perdre la guerre.
Pressure, l’histoire vraie d’un compte à rebours sous haute tension.




On se répète, un peu comme le septième art qui se recycle, joue de la redite, se répond inlassablement.
Les ravages de la Seconde Guerre mondiale, comme les sujets de l'holocauste et de la déportation ont été abordé tant de fois au cinéma par le passé comme présent (à tel point qu'ils ne semblent jamais réellement nous avoir quitté, et peut-être d'une manière encore plus marquée aujourd'hui où il ne se passe pas un mois sans que plusieurs longs-métrages n'en fassent mentions et/où les prennent pour sujets), que notre familiarité avec ses événements tragiques fait que nous sommes souvent - disons dans 99% des cas - douloureusement conscients de ce qui peut/va se passer dans chacun de ces efforts.

Dits films pour qui il est d'ailleurs difficile de ne pas dangereusement flirter autant avec un voyeurisme presque inévitable, qu'un sentiment encore plus racoleur et abject d'exploitation éhontée de l'un des pans les plus sombres de l'humanité.
Tout n'est qu'une question de subtilité (voire de sincérité, quand bien même les pires exemples ne doivent pas totalement en être dépourvu

Copyright Alex Bailey - STUDIOCANAL SAS

C'est dans ce contexte que s'inscrit Pressure d'Anthony Maras (adaptation de pièce éponyme de David Haig, dont il conserve une vertaine théâtralité), qui tente de percer la vérité derrière l'un des virages charnières de cette boucherie (in)humaine, le débarquement allié en Normandie, en tentant de distiller une tension qui viendrait rompre la prévisibilité évidente de sa prose pour le spectateur d'aujourd'hui - oui, le Débarquement a bien eu lieu.
Une exploration des coulisses et de la planification de cet événement, 72 heures cruciales précédant le Jour J, jonché entre le drame historique et procédural mâtiné d'un chouïa de thriller psychologique, au plus près des tractations militaires et scientifiques (autour de l'influence des conditions météorologiques) comme d'une figure d'underdog novatrice  et déterminée - le capitaine et météorologue James Stagg -, tentant de faire fléchir la rigidité des délibérations préparatoires où elle n'est pas vraiment la bienvenue.

Privilégier le prosaique au spectaculaire (avec un questionnement essentiel en son coeur, qui dépasse le cadre même de la Guerre et nous ramène, notamment, à la question écologique actuelle : est-ce que la vérité factuelle de la science, peut réellement faire fléchir le pouvoir lorsqu'elle contredit ses objectifs ?) tout en articulant sa structure autour des joutes verbales - un chouïa redontante - entre ses personnages (plus où moins approfondis), un parti pris louable qui peine pourtant cruellement a faire ressentir le sentiment d'urgence (par son rythme notamment, un peu trop pachydermique) d'une situation bouffée par elle dans le réel.
La balade n'en reste pas moins suffisamment divertissante et solidement mise en scène pour ne pas sombrer dans les limbes de l'ennui, emportée par un tandem Andrew Scott/Brendan Fraser investi et à l'alchimie convaincante.


Jonathan Chevrier