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[CRITIQUE] : La Vie en relief -Jacques Henri Lartigue


Réalisateur : Denis Gaubert
Acteurs : Luàna Bajrami, Hervé Pierre, Milo Machado-Graner,...
Distributeur : UFO Distribution
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h20min.

Synopsis :
Paris, la Belle Epoque. Jacques, un tout jeune photographe amateur, s'avance dans la vie en s'accrochant à son appareil stéréoscopique. Avec lui, il photographie en 3 dimensions tout ce qui l'émerveille : la grâce fugitive des passantes, la conquête de l’air, les cascades de ses cousins… le temps qui file comme les bolides. Il ne sait pas que ses images deviendront un jour célèbres dans le monde entier. Il sera alors connu comme le grand photographe Jacques Henri Lartigue.

Un film en 3D dans les salles équipées.




Qu’est-ce qu’un film ? Selon les définitions traditionnelles, ce serait une œuvre audiovisuelle composée de plusieurs photographies mises bout à bout. En les faisant défiler rapidement, et grâce au principe de persistance rétinienne, cela donne une illusion de mouvement, créant une image animée. Mais que se passe-t-il si on fait abstraction de cette persistance rétinienne ? Si le film ne se compose que de photographies « immobiles » ? Peut-on toujours appeler ça « un film » ? C’est la question qui se pose lors de la découverte de La Vie en relief - Jacques Henri Lartigue de Denis Gaubert.

Une œuvre qui suit la vie de Jacques Henri Lartigue, photographe français du XXe siècle. À l'âge de 9 ans, il emprunte l’appareil stéréoscopique de son père, ce qui lui permet de photographier le relief. Pendant 25 ans, il capture des instants de sa vie en amateur et pour son plaisir. La société On-Situ a pendant 4 ans restauré ces images, retranscrivant ainsi les images en relief telles qu'elles ont été capturées par Lartigue au début du XXe siècle. Ainsi, Denis Gaubert propose une œuvre en 3D documentant cette période. 

La forme, qui peut paraître âpre, de La Vie en relief rend sa découverte assez particulière. Le spectateur se retrouve devant une succession de photographies en trois dimensions d’images d’époque. À cela se superposent des voix off narrant l’histoire de Jacques Henri et de ses proches, et lisant aussi des extraits des journaux intimes de ce dernier. Des écrits d’une grande banalité, mais qui sont une fenêtre ouverte sur la vie d’une famille bourgeoise d’époque. Cela nous montre aussi sa réaction face aux changements sociétaux de l’époque, notamment l’arrivée de la guerre (et comment la bourgeoisie tentait de la fuir ou pourquoi Jacques Henri, a contrario, voulait s’engager). 

Copyright Jacques Henri Lartigue © Ministère de la Culture (France) MPP – AAJHL - UFO Distribution

Une forme de mise en scène qui questionne sur le fondement des œuvres filmiques. Devant La Vie en relief, le spectateur remet en question ce qu’il a l’habitude d’appeler « un film ». Car, au final, La Vie en relief ne serait-il pas plus proche du « PowerPoint » que d’un film de cinéma ? C'est oublier ce qui fait l’essence même du 7e art : le montage. Koulechov, dès 1920, disait : « L’essence du cinéma, le moyen d’obtenir une impression artistique, c’est le montage ». Un point de vue partagé par nombre de cinéastes (Godard, Hitchcock, etc.). Le montage est ce qui caractérise le cinéma en tant qu’art. Beaucoup d’effets cinématographiques passent d’ailleurs par le montage (l’effet Koulechov, montage des attractions, montages alternés, etc.). 

Et La Vie en relief est une pure œuvre de montage. C’est par l’association successive de certaines photographies que Gaubert déroule son récit. Bien plus que la simple illustration des voix off, ces images servent à appuyer l’impact émotionnel de la vie de cet artiste et des changements de ce monde. Le réalisateur explique d’ailleurs avoir d’abord commencé le montage avant d’écrire les commentaires des narrateurs. Et c’est durant cette étape que le texte lui est venu. C’est donc cette caractéristique, cette étape du montage, qui permet de définir la nature filmique, mais surtout cinématographique, d’une œuvre. C’est ce qui distingue la simple vidéo prise par une caméra de la pièce d’art. 

Peut-être plus intéressant pour sa forme que son fond, La Vie en relief - Jacques Henri Lartigue n’en reste pas moins une œuvre passionnante à découvrir. Véritable fenêtre ouverte sur la société bourgeoise du début du XXe siècle, Denis Gaubert propose un film à la forme âpre mais intriguant, avec notamment un travail de reconstitution des images d’une très grande qualité. En parallèle, c’est une œuvre qui, malgré elle, questionne la nature même d’un film et les différentes formes d'œuvre cinématographique auxquelles nous pouvons être confrontés.


Livio Lonardi