[CRITIQUE] : Cotton Queen
Réalisatrice : Suzannah Mirghani
Avec : Mihad Murtada, Rabha Mohamed Mahmoud, Talaat Farid,…
Budget : -
Distributeur : Wayna Pitch
Genre : Drame.
Nationalité : Allemand, Français, Palestinien, Égyptien, Qatari, Soudanais.
Durée : 1h33min
Synopsis :
Dans un village cotonnier du Soudan, l'adolescente Nafisa est élevée au milieu des récits héroïques de la lutte contre les colonisateurs britanniques racontés par sa grand-mère, la matriarche du village, Al-Sit. Mais lorsqu'un jeune homme d'affaires arrive de l'étranger avec un nouveau plan de développement et du coton génétiquement modifié, Nafisa se retrouve au centre d'un jeu de pouvoir qui déterminera l'avenir du village. Prenant conscience de sa propre force, Nafisa se lance dans une quête pour sauver les champs de coton – et elle-même. Ni elle ni sa communauté ne seront plus jamais les mêmes.
Évidemment moins prolifique (doux euphémisme) que plusieurs de ses voisins africains (une comparaison évidemment déséquilibrée, certes, pour un cinéma encore naissant), qui trouvent d'autant plus facilement leur chemin au coeur de nos salles obscures (mais également de festivals européens comme internationaux, qui facilitent geandement leur acquisition par les distributeurs hexagonaux), le cinéma soudanais commence néanmoins, gentiment mais sûrement, a faire son trou dans nos salles obscures, passé deux séances qui avaient gentiment habitées notre année ciné 2023 : le puissant Le Barrage d'Ali Cherri (songe surréaliste sur une violence qui gangrène tout et trouve son chemin même dans les coins les plus retirés, qui trouble dans ses silences et ses non-dits tant Cherri sonde le processus de transformation/transcendance qu'impose la nature dans une perspective mystique et ésotérique, d'un homme agité par le monde qui l'entoure), et le délicat Goodbye Julia de Mohamed Kordofani (une plongée au cœur de la troisième guerre civile soudanaise, à l'aube de la sécession du Sud, sous un prisme à la fois noble et feministe, qui offrait un regard nécessaire et actuel sur une réalité soudanaise arrivant rarement jusqu'à nous).
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Place désormais à Cotton Queen, estampillé premier long-métrage de la wannabe cinéaste de Suzannah Mirghani, jonché entre le drame social imbibé de mysticisme et le récit initiatique à hauteur d'adolescente façon plongée immersive au coeur d'un Soudan rural encore durement marqué par son passé colonial, et plus particulièrement d'un village presque entièrement dépendant de la culture du coton où vit Nafisa, jeune ouvrière agricole avec quinze au compteur et une quete d'émancipation en bandoulière, qui va voir la quiétude fragile et vulnérable des siens (mené d'une main de fer par sa grand-mère) être bouleversé par l'arrivée de Nadir, symbole vivant d'un capitalisme fougueux et hérité, à qui ses parents l'ont promis en mariage et qui veut rompre avec la tradition comme les valeurs ancestrales, en remplaçant un coton cultivé sans pesticides ni herbicides, par des plantes génétiquement modifiées...
Fable féministe, anticolonialiste et écologique douce-amère aux accents oniriques et fantastiques, frappée d'un rythme lancinant et contemplatif, le film, qui laisse - admirablement - de côté le conflit civil qui saigne sa nation, n'en sonde pas moins les divisions idéologiques et culturelles au coeur même du Soudan (voire même au sein même des familles), à travers autant une prise en grippe authentique sur les ravages d'un patriarcat autoritaire sur le corps des femmes (mariage arrangé, excision,...), qu'une réflexion subtile sur une réalité socio-économiques, la précarité menant à une nouvelle forme plus sournoise du colonialisme et de l'exploitation humaine : un monstre industriel prêt à tout pour s'emparer des richesses locales.
Un sacré premier film donc.
Jonathan Chevrier


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