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[CRITIQUE] : Spider-Man : Brand New Day


Réalisateur : Destin Daniel Cretton
Avec : Tom Holland, Zendaya, Sadie Sink, Jacob Batalon, Mark Ruffalo, Jon Bernthal, Michael Mando,...
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Budget : -
Genre : Action, Aventure, Fantastique, Science Fiction.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h25min

Synopsis :
C’est un tout nouveau jour pour Peter Parker Dans un monde qui ne se souvient plus de lui, il poursuit sans relâche sa lutte contre la criminalité. Mais le sentiment d’avoir été oublié par ses amis qui avancent désormais sans lui provoque un changement chez Peter qu’il n’est peut-être pas en mesure de contrôler. Et pourtant, c’est cette mutation qui pourrait être sa seule chance de s’opposer à un adversaire terrifiant, capable d’agir sans jamais être repéré et prêt à s’attaquer à la ville et à tous les proches de Spider-Man. Car si le monde ne se souvient plus de Peter Parker, lui ne l’a pas oublié…




Qu'attendre d'un film Spider-Man aujourd'hui, passé à la moulinette d'un tandem Sony Pictures/MCU l'enfermant lentement mais sûrement dans une toile d'univers partagé sauce fan service exacerbé, qui l'éloigne douloureusement d'une aura " street level " dont il a pourtant cruellement besoin.
Un cocktail castrateur qui sappe férocement la dimension émotionnelle de ses aventures initiatico-cinématographiques au profit d'un humour bon enfant et semi-complice, où son développement dramatique ne semble pouvoir s'articuler qu'autour de la présence tutélaire d'une nourrice Avengers, paradoxalement toujours anecdotique au coeur de chaque intrigue.

Le tout chapeauté par un yes man incapable d'apporter la moindre touche un tant soit peu personnelle - et encore moins audacieuse - mais surtout d'imposer une vraie présence à l'écran (son Spider-Man avait perdu toute la verticalité que la mise en scène de Marc Webb avait imposé au forceps), à une popote calibrée à la toile près, mais oubliant énormément de ce qui fait le sel des épopées du plus populaires des super-héros de l'écurie de feu Stan Lee.
Autant dire que l'on était loin, très loin des interprétations du Tisseur chapeautées par Sam Raimi et Marc Webb - aussi perfectibles que soient certaines -, et si pour le grand public, un film Spidey est toujours un événement, pour le fan absolu où même le cinéphile le plus objectif, il n'est devenu qu'un blockbuster parmi tant d'autres, quand bien même il fait plus de boucan que la moyenne (même au coeur d'un été avec un film de Christopher Nolan, un film DC conspué, un Pixar mou de la lampe et des Minions un chouïa à la dérive).

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Mais il y avait néanmoins un espoir, maigre certes mais réel, que Spider-Man : Brand New Day, vrai/faux retour à zéro de la saga avant le gros coup de tipex qu'incarnera Avengers : Secret Wars, puisse être un bon divertissement, à travers la présence derrière la caméra de Destin Daniel Cretton, solide faiseur bien avant son arrivée au coeur du MCU avec ce qui est, assurément, l'un des meilleurs films des trois dernières phases : Shang-Chi et la légende des dix anneaux, une sympathique et décomplexée origin story qui assumait pleinement sa simplicité pour mieux s'extirper de la structure familière MCU, en s'offrant quelques écarts rafraîchissants au détour d'une mise en scène assurée et d'un montage dynamique, veillant constamment à maintenir l'intérêt et l'implication de son auditoire - autant que la clarté de ses empoignades musclées.

Et, même s'il n'est décemment pas complet, miracle il y eut : Brand New Day est décemment le meilleur film Spider-Man sous le pavillon MCU, et sa promesse de renouveau est loin d'être aussi éventé que pour Captain America : Brave New World voire Les Quatre Fantastiques (qui avait moins de défauts dans sa besace, certes), sans forcément être totalement vraie - pensez faisons du nouveau avec de l'ancienne -, dans le sens où il a su savamment apprendre des classiques pour incarner à la fois l'œuvre la plus " Peter Parkeresque " de l'incarnation d'un Tom Holland enfin en pleine connexion avec le personnage (sans pour autant nous faire oublier Andrew Garfield - ni Tobey -, il laisse enfin s'exprimer tout le potentiel de son interprétation, des deux côtés de son costume), la plus spectaculaire avec une mise en scène et un découpage pensés pour célébrer l'agilité folle de son héros (le cinéaste avait annoncé s'être inspiré des jeux vidéos d'Insomniac Games : promesse tenue vu la virtuosité affichée), mais aussi la plus mature d'un point de vue narratif, sans arriver pour autant à pleinement s'expurger des défauts de ses aînés - Chris McKenna et Erik Sommers sont toujours à la baguette côté scénario.

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Car oui, d'une manière assez naturelle mais néanmoins criante, cette nouvelle déclinaison s'inscrit assez franchement dans l'ombre de la trilogie de Sam Raimi, que ce soit à travers un Peter replié sur lui-même et qui refoule sa douleur/solitude au plus profond de son être (qui va, frontalement, lui renvoyer la pareille), lui dont les seules relations se limitent à croiser la route de Frank Castle (la dynamique Holland/Jon Bernthal est l'une des plus grandes réussites du film), nettoyer les rues de New-York de ces ennemis (un premier tiers qui dépote avec les apparitions de La Main, du Scorpion et de Tombstone, ramenant en partie l'esprit " street level " que l'on espérait tous) et ruminer avec nostalgie ses amitiés (et amour) perdues avec MJ et Ned - avec une manière plutôt habile de jouer la carte de l'ellipse essentiel; mais aussi et surtout à travers un jeune héros devant négocier avec d'étranges et incontrôlables transformations physiques qui rappellent - en partie - les troubles rencontrées par le Peter de Maguire (qui, elles aussi, n'étaient pas totalement centrales à l'intrigue du second opus mais avait un aspect body horror moins affirmé).

Mais dans le même mouvement, et quand bien même il a le bon ton de rendre ses interactions avec les autres figures Marveliennes plus naturelles (même si la présence de Hulk peut paraître superflue, au-delà d'un souci de continuité avec le MCU), qui ne parasitent pas totalement l'attention d'un film avant tout et surtout tourné vers son héros titre (là où il était quasiment un personnage secondaire de sa propre aventure, dans No Way Home voire même Far From Home), la narration s'emmêle un peu trop dans les méandres d'une intrigue complexe visant justement, à servir de rampe de lancement peu subtil au virage " mutant " que le MCU va prendre avec la Phase 7 (oui, Jean Grey est bien de la partie, sa présence occupe tout le troisième acte et son personnage fait néanmoins joliment écho à celui de Spidey), quitte à saboter ce qui était le versant le plus fascinant à explorer - l'acceptation déchirante du sacrifice opéré dans No Way Home, et la conclusion émotionnelle de l'arc Peter/MJ.

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Pas un petit détail donc, qui ramène la saga Spider-Man à ses impératifs de méta-franchises qui lui scient toujours autant les pattes, mais il y a suffisamment d'éléments pour contrebalancer ses maladresses, que ce soit du côté de l'écriture (aborder la solitude profonde, le deuil et l'isolement qui assaillent Peter, tout en explorant les recoins les plus sombres de sa psyché; donner enfin du poids et du corps à la marotte " un grand pouvoir implique de grandes responsabilités "; embrasser, même furtivement, un surnaturel totalement assumé,...) comme de la mise en scène (inventive comme rarement pour un film du MCU où pire, du Spider-verse, auquel se greffe une photographie texturée qui tranche avec l'esthétique désaturée si familière des blockbusters actuels, même si quelques VFX maladroits pointent parfois le bout de leur nez), pour que Brand New Day surnage au-dessus de sa propre franchise, comme de la masse des productions Marvel.

Une belle surprise donc, généreuse et ambitieuse, deux mots que l'on ne pensait plus avoir à associer aux films de la firme à feu Stan Lee...


Jonathan Chevrier