[CRITIQUE] : I want your sex
Réalisateur : Gregg Araki
Avec : Olivia Wilde, Cooper Hoffman, Mason Gooding, Chase Sui Wonders, Charli XCX, Daveed Diggs, Margaret Cho, Johnny Knoxville,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Comédie, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h30min
Synopsis :
Elliot, un jeune homme naïf en quête de sens, décroche le poste de ses rêves auprès d’Erika Tracy, artiste provocatrice et figure incontournable de la scène artistique. Lorsqu'elle décide de faire de lui sa « muse sexuelle », ses fantasmes les plus audacieux semblent devenir réalité. Mais cette relation l’entraîne bientôt dans un univers trouble où se mêlent désir, obsession, pouvoir, manipulation et trahison…
Gregg Araki, c'est un peu le nuage onctueux d'extasy dans le bol de céréales sans grumeaux du teen movie américain, la touche pop toute aussi vivante que vibrante d'un genre qui a longtemps été calibré pour correspondre à la formule " John Hughes approved " (de ses propres films qui survivent un peu mal à l'épreuve du temps, aux productions - sensiblement - policées du Brat Pack qui, malheureusement, n'ont pas toujours eu le roi Coppola pour les diriger), soit à celle encore moins défendable des nombreuses potacheries régressives et Porky-esques à la qualité variable (mais souvent fun, restons un minimum honnêtes).
Avec : Olivia Wilde, Cooper Hoffman, Mason Gooding, Chase Sui Wonders, Charli XCX, Daveed Diggs, Margaret Cho, Johnny Knoxville,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Comédie, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h30min
Synopsis :
Elliot, un jeune homme naïf en quête de sens, décroche le poste de ses rêves auprès d’Erika Tracy, artiste provocatrice et figure incontournable de la scène artistique. Lorsqu'elle décide de faire de lui sa « muse sexuelle », ses fantasmes les plus audacieux semblent devenir réalité. Mais cette relation l’entraîne bientôt dans un univers trouble où se mêlent désir, obsession, pouvoir, manipulation et trahison…
Gregg Araki, c'est un peu le nuage onctueux d'extasy dans le bol de céréales sans grumeaux du teen movie américain, la touche pop toute aussi vivante que vibrante d'un genre qui a longtemps été calibré pour correspondre à la formule " John Hughes approved " (de ses propres films qui survivent un peu mal à l'épreuve du temps, aux productions - sensiblement - policées du Brat Pack qui, malheureusement, n'ont pas toujours eu le roi Coppola pour les diriger), soit à celle encore moins défendable des nombreuses potacheries régressives et Porky-esques à la qualité variable (mais souvent fun, restons un minimum honnêtes).
Un cinéaste audacieux - surtout compte tenu des attentes du public -, qui choisissait d'arpenter un terrain plus sinueux et de coller un brin plus à la réalité en pointant du bout de sa caméra, sa bienveillance comme son inquiétude face à une jeunesse bouillonnante mais perdue, totalement laissée à l'abandon.
A l'image d'un Tim Hunter et de son excellent River's Edge, dont il est un pendant à l'identité queer totalement affirmée (et ils sont rares, très rares, les cinéastes à soutenir comme prendre parti de ses victimes d'une haine qui, outre-Atlantique, reprend sensiblement du poil de la bête sous la gouvernance de Trump), ses chroniques désenchantées se sont toujours faites l'autopsie adolescente de l'Amérique white trash de David Lynch, une pluie de portraits rageurs et pessimistes d'âmes pas encore adultes mais déjà désensibilisés par une société littéralement à la dérive, où la violence comme la sexualité, est a la fois partout et furieusement décomplexée.
Du pur cinéma ironique et transgressif (voire même un chouïa nihiliste, comme le cinéma d'un Harmony Korine qui contrairement à lui, s'est totalement fait bouffer par l'industrie Hollywoodienne) à la sincérité brute, dont la caméra esthétiquement en alerte trouve continuellement sa plénitude dans une marge qu'elle fait sienne, à la fois punk, gonzo, surréaliste et gorgée d'hormones.
Mais douze ans, c'est - presque - toute une vie au coeur d'une société contemporaine qui va très/trop vite (et pas forcément dans le bon sens du terme), et peut-être même encore plus à l'échelle d'un septième art où même le plus avertis des cinéastes, peut paraître totalement à côté de la plaque de son temps selon les avis - plus où moins - objectifs de chacun.
Et contre toute attente, le come-back d'Araki ne se fait pas sans heurts, tant son I want your sex à l'ambiguïté comme à la satire en partie trompeuse, s'avère finalement moins un pamphlet subversif mêlant sexe et satire culturelle (dans une sorte de chaos bordélique entre auscultation des attitudes frileuses d'une Gen-Z au puritanisme de plus en plus affirmé - mais aussi le fossé creusé avec les Millenials -, évolution des rapports de genre, charge contre la médiocrité de l'art commercial où encore la sexualité extrême comme moteur de construction/affirmation identitaire, le tout avec un hommage frontal au monument Sunset Boulevard de Billy Wilder), qu'une comédie sauce néo-noir érotico-kitsch sans grand entrain et un chouïa trop sage (dans sa mise en images du sexe et des désirs de ses personnages comme dans sa prise en grippe de la culture pop).
Et contre toute attente, le come-back d'Araki ne se fait pas sans heurts, tant son I want your sex à l'ambiguïté comme à la satire en partie trompeuse, s'avère finalement moins un pamphlet subversif mêlant sexe et satire culturelle (dans une sorte de chaos bordélique entre auscultation des attitudes frileuses d'une Gen-Z au puritanisme de plus en plus affirmé - mais aussi le fossé creusé avec les Millenials -, évolution des rapports de genre, charge contre la médiocrité de l'art commercial où encore la sexualité extrême comme moteur de construction/affirmation identitaire, le tout avec un hommage frontal au monument Sunset Boulevard de Billy Wilder), qu'une comédie sauce néo-noir érotico-kitsch sans grand entrain et un chouïa trop sage (dans sa mise en images du sexe et des désirs de ses personnages comme dans sa prise en grippe de la culture pop).
Vissé, à rebours (et à travers une enquête de police menée par un tandem Johnny Knoxville/Margaret Cho étrangement sur la retenue), sur la relation intergénérationnelle toxique et sadomasochiste entre une galeriste/artiste manipulatrice (une Olivia Wilde on fire et au pouvoir d'attraction aussi effrayant qu'irresistible, qui peut clairement se voir comme une alter-ego du cinéaste, pas dans ses penchants BDSM mais bien dans sa propension à affirmer la place centrale de la sexualité au coeur de son art, tout en n'ayant jamais peur de le railler) et son assistant esclave sexuel consentant (un Cooper Hoffman parfait en jeune diplômé candide mais attachant, qui trouve une certaine forme de libération par la domination qu'il accepte en bon objet sexuel idéal), moins molle de la fesse qu'un Babygirl - quoique pas si loin non plus - mais bien trop bienveillante pour voguer vers la critique acerbe et transgressive espérée (ou pensée), la narration ne se laisse jamais le temps de définir ses personnages au-delà de leur sexualité (ce qui le prive d'élever quelques partitions fortes, comme celle d'une Chase Sui Wonders absolument merveilleuse), ne s'autorise jamais d'être aussi débridée que la folie grotesque et cartoonesque (l'exubérance juvénile qui, au fond, est une partie de l'essence même du cinéma du papa de Mysterious Skin) qu'il semble tenir, au-delà de quelques éclats, savamment à distance.
En résulte un Araki léger donc (que beaucoup, à raison, pourrait affirmé comme aseptisé) aux répliques grinçantes et grivoises mais sans réelle réflexion sociologique et encore moins sans urgence, dans sa manière de sonder le traumatisme - réel - d'une génération formatée par un monde numérique où la sexualité est (littéralement) partout, mais où elle ne se sent libre nulle part de l'affirmer - et encore plus de manière sûre et sans jugement.
Peut-être était-ce là, finalement, l'intention même du cinéaste, ne pas brusquer - ni trop complexifier - son message, de conserver en partie son exubérance tout en laissant de côté sa frontalité primaire (le ton est bien plus comique que physique et charnel, quand bien son jeune héros " souffre " pour s'extirper de sa timidité maladive), pour mieux affirmer que le " sex is good ", et qu'avoir des désirs n'est pas une honte mais quelque chose de sain et d'important.
Peut-être était-ce là, finalement, l'intention même du cinéaste, ne pas brusquer - ni trop complexifier - son message, de conserver en partie son exubérance tout en laissant de côté sa frontalité primaire (le ton est bien plus comique que physique et charnel, quand bien son jeune héros " souffre " pour s'extirper de sa timidité maladive), pour mieux affirmer que le " sex is good ", et qu'avoir des désirs n'est pas une honte mais quelque chose de sain et d'important.
Un cinéaste qui s'adapte au public d'aujourd'hui, quitte à laisser un poil de côté celui d'hier - le plus assidu.
Peut-être donc, mais laissez-nous dans le même temps, préférer un Araki à la verve plus incisive et mordante, moins fragile dans son positivisme - au demeurant sincère - et sa volonté claire et limpide d'affirmer une vérité essentielle : on n'en apprend jamais plus sur soi-même, que lorsque l'on est le plus vulnérable.
Jonathan Chevrier
Jonathan Chevrier



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