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[ENTRETIEN] : Entretien avec Martin Darondeau (De la Comédie-Française)

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C’est lors d’un entretien de 10 minutes top chrono que nous avons pu échanger avec Martin Darondeau, ce qui paraît logique au vu de l’énergie express de son film, De la Comédie-Française. Cela nous a quand même permis d’aborder au mieux ce titre qui mériterait d’être le succès populaire français de ce mois de juillet.
On l'a financé en un mois, on l'a préparé en un mois, on l'a tourné en trois semaines. En fait, je pense que jamais on aurait imaginé faire un truc sur la comédie française, qu'on aurait eu le droit de le faire, si on ne nous avait pas mis le pied à l'étrier. - Martin Darondeau



Quelle était l'envie au départ de De la comédie française ?

Ce qui s'est passé, c'est que nous on bosse beaucoup avec Bertrand (Usclat) sur Brout, on a fait un autre programme pro qui s'appelle Moitié pour Pauline Clément. Et quand la Comédie Française a vu ce qu'on faisait sur Internet, ils ont été voir Pauline en lui disant « Mais c'est bien ce que tu fais, tu voudrais pas faire une petite série, des petites pastilles sur la comédie française ? » Et quand Pauline nous a rapporté ça, on s’est dit « C’est super : on ne va pas faire des petites pastilles mais une série. » Donc on a développé pendant un an une idée de série mais on s'est fait rejeter de partout. Et donc en décembre 2024, on a abandonné l'idée. Nos producteurs sont revenus nous voir en février 2025, donc il y a un peu plus d'un an, pour nous dire « Mais en fait, venez on en fait un film. » Nous, on était sur autre chose avec Bertrand, on n'y croyait plus trop à ce truc-là. On a dit qu’on pouvait y aller mais le truc, c'est qu'il fallait tourner quoi qu'il arrive en juin parce qu'il y avait des dates de disponibilité de la salle de la Comédie Française durant le mois. Donc on était en février, on devait tourner en juin, il n'y avait pas de scénario ni d’argent... Mais on s'est dit qu’on allait prendre le pari de le faire. Et donc, on a écrit le film en deux mois, on l'a financé en un mois, on l'a préparé en un mois, on l'a tourné en trois semaines. En fait, je pense que jamais on aurait imaginé faire un truc sur la comédie française, qu'on aurait eu le droit de le faire, si on ne nous avait pas mis le pied à l'étrier.

Quelle a été l'approche de mise en scène pour conserver ce chaos permanent ? On pense à certains longs plans notamment…

Ça a été effectivement d'avoir un film déjà quasiment en temps réel. On a choisi de raconter trois heures avant pour vraiment pouvoir condenser tout. C'est effectivement de laisser un maximum les plans longs. Je pense notamment à la scène avec la costumière, où la séquence est en entier, les séquences aussi quand Nina, le personnage de Pauline, se balade dans la Comédie Française. On voulait aussi mettre du rythme, mettre de l'action, qu'il se passe toujours quelque chose et qu'on n'ait pas le temps de se poser. Il fallait qu’il arrive toujours une connerie sur le coin de la gueule de Pauline. Et oui, tout ça mis bout à bout fait qu'on arrive à avoir un film, je crois, qui respire le chaos.

On va parler de l'écriture qui était très condensée. Comment gérer l'écriture comique pour avoir quelque chose qui ne fasse pas trop accumulation de blagues, mais qui amène vraiment un pic culminant ?

Ben... En fait, c'est marrant, mais je ne sais pas (rires). C'est-à-dire qu'avec Bertrand, on écrit ce qui nous fait marrer. On travaille ensemble depuis plusieurs années, donc on se connaît, on sait ce qu'on aime, on sait où on veut aller, on connaît nos goûts, notre type d'humour, etc. En fait, on écrit ce qu'on a envie d'écrire, ce qui nous fait rire. On se dit qu’il faudra faire une gradation dans les conneries, mais on le fait comme ça. Et après, on se relit. On se dit : « Ça, c'est peut-être un peu trop, ça, il faut monter le curseur, ça, il faut le descendre,… ». Mais je pense que la meilleure manière de le faire, c'est d'écrire naïvement et de faire ce qui te fait rire. Je n'écris quasiment que de la comédie, mais je ne me suis jamais posé la question de la technicité. Je me dis que ça me fait rire et que donc j’ai la prétention de penser que ça ferait rire les autres. On a toujours réfléchi comme ça. Après, évidemment, on te donne des clés. Tu te dis « Attention, là, peut-être que pour que ça marche, il faut un peu plus expliquer, c'est pas le bon mot, etc. » Évidemment, tu polis tes blagues et tes scènes, mais oui, je pense qu'il faut garder une part d'amusement.

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Comment cela s’est passé d’un point de vue technique pour Bertrand et toi de passer des vidéos de Brout à un format long ? Et également, comment avez-vous collaboré en duo sur ce film ?

Le passage, il se fait en fait assez naturellement. Alors, il y a, effectivement, comme tu dis, l’expérience des vidéos Brout. J'ai fait du court-métrage, j'ai écrit pour de la série, j'ai fait de la série de programmes courts de commandes en studio avec deux caméras qui étaient aussi très rythmées sans avoir beaucoup de temps pour tourner. En fait, je crois que c'est toute l'expérience de tout ce temps-là qui a fait que, quand tu arrives sur ton premier jour de long-métrage, tu es prêt. Donc voilà, tu as fait 10 ans de plein de petits trucs différents, d'expériences différentes, et ça te forme à faire du long. Donc le passage se fait assez naturellement parce que c'est le même travail. C'est juste que c'est plus long, mais sinon, c'est comme un court-métrage où tu tournerais plus d'une semaine. Et après, sur la division du travail avec Bertrand, ça s'est fait très naturellement. Ça a été une chance d'être deux parce que j'ai pu vraiment me concentrer sur la mise en scène, c'est-à-dire la technique, la caméra, où placer la caméra, comment filmer les acteurs, ... Et Bertrand était plus sur le jeu d'acteur, plus au contact avec eux. Évidemment, on se parlait, il venait me dire des choses et je venais aussi diriger les comédiens, mais on s'est dit qu’on allait faire deux capitaines de deux départements et que chacun aurait la responsabilité d'un des départements en faisant en sorte évidemment que ça plaise aux deux

Je voulais revenir sur la présence de la ministre de la Culture. Évidemment, il y a une panique culturelle, pour moi, qui résonne beaucoup avec les décisions politiques de certains par rapport à la culture. Comment vois-tu cet aspect, sans tomber dans la question piège bien sûr ?

Non, c'est pas du tout une question piège. On sait que la culture est de plus en plus mise en difficulté en France, que les budgets se resserrent, … On fait des audits à l'Assemblée Nationale pour dire « Dis donc, l'argent, est-ce qu'il est bien dépensé ? Est-ce qu'on a vraiment besoin d'un service public ? Est-ce qu'on a vraiment besoin de théâtre public ? » Il y a une vraie flippe quand même. Il y a une des régions qui a coupé beaucoup de subventions à la culture, je crois que c'est la région du Pays de la Loire. Il y a effectivement un stress, et je pense qu'il y a aussi un stress pour la Comédie Française de se dire, si les budgets continuent à se resserrer et à se resserrer, il y a un moment où on ne va pas réussir à produire des spectacles de bonne qualité. On va devoir virer des gens, on va devoir faire les choses différemment, ... Donc oui, on voulait faire planer cette vérité-là dans le film, même si je pense que ce n’est pas un film qui parle de ça. Ce n'est pas une comédie sociale bien sûr. Mais c'est une réalité, ce n'est pas un gros mot. Puis y a aussi des élections en France dans un an et demi, ça va être chaud. Il y a des partis qui réfléchissent et qui votent à l'Assemblée Nationale pour supprimer le CNC par exemple, qui aide le cinéma français. Donc si ça arrive, c'est catastrophique, ça ne va pas aller dans le bon sens en termes de financement de la culture. Certains proposent même de mettre la culture sous validation en fonction de ce qui s'y joue, de ce qui s'y fait,… Donc ouais, ça fait peur.



Propos recueillis par Liam Debruel.

Merci à Valérie Cornelis et Shahinèze Hasnaoui de La Com des Demoiselles ainsi qu’à l’organisation du Love International Film Festival de Mons pour cet entretien.