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[CRITIQUE] : Juste pour une nuit


Réalisateur : Will Gluck
Avec :Monica Barbaro, Callum Turner, Maya Hawke, Molly Ringwald,
Budget : -
Distributeur : Universal Pictures International France
Genre : Comédie, Romance.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h42min

Synopsis :
Quand Owen, qui vient de se faire larguer, rencontre Allie, qui croit encore au grand amour, l'étincelle est immédiate. Mais une série de maladresses et de mésaventures vont continuellement séparer les deux seuls célibataires de la ville qui espèrent plus qu'une aventure cette nuit-là. À force de courir et se croiser sans jamais se trouver, ils pourraient bien réaliser que ce qu’ils cherchent est plus près qu’ils ne l’imaginaient.




En tant que fans assumés du genre (on a une chronique dédiée titrée Coeurs d'artichauts, difficile de faire moins explicite), on ne va clairement pas chier des bulles dans la soupe (c'est possible... mais on ne va pas se laisser aller à l'expérience) d'une comédie romantique tentant d'offrir une approche un poil plus original que la moyenne, et encore face à une homogénéisation, grandement accentuée par les propositions - majoritairement - jetables des diverses plateformes de streaming, de la romance moderne (à quelques exceptions près, coucou People we meet on vacation cette année), tant il y a quelque chose de " presque " rassurant dans l'idée de voir émerger quelques œuvres s'échinant à rompre un brin avec le tout commun, tout en ayant un semblant de propos dans sa besace pour faire encore un poil plus la différence.

Mais vous méprenez pas, comme tout bon cinéphile fragile, nous pouvons concevoir d'être de sacrées bonnes poires, un vrai public facile, face à une séance dont la seule vocation est de nous ramener au forceps vers les heures bénies du genre : le truc, c'est qu'il ne faut pas pour autant nous prendre pour des bananes - instant Marty McFly/5 fruits et légumes par jour -, et à ce petit jeu malsain, Will Gluck, qui n'a pas forcément posé de jolies pierres à l'édifice de la romcom US (Sexe entre amis était sympathique, Tout sauf toi nettement moins), pousse le bouchon encore un peu plus loin que Maurice le poisson rouge (shame on you si tu n'as pas la référence), et vient ajouter une nouvelle pièce dans la machine de la romance algorithmique savamment huilée.

Copyright Universal Studios

Faites entrer le nouvel accusé donc, Juste pour une nuit, qui sentait déjà furieusement le poisson dès son pitch, sorte de déclinaison malade de la saga The Purge/American Nightmare façon dystopie romantique, où le gouvernement US pousse son puritanisme à l'extrême, en interdisant les relations sexuelles avant le mariage (sans réellement préciser la nature même de ses interdits : est-ce qu'ils concernent tout type de rapports ?), excepté une unique nuit chaque année où faire toutes les folies de son corps est toléré (une loi tout en chasteté, dont la promulgation a eu lieu trois ans avant le début de l'intrigue).
Soit l'ambiance mi-effrayante, mi-excitante (PAS DU TOUT) propice pour que les deux beaux gosses plus où moins célibataires que sont Callum Turner et Monica Barbaro (jusqu'ici tout est toujours incohérent), s'offre une rencontre romantico-new-yorkaise digne des meilleures romcoms (comme par hasard), pour profiter au maximum de ce déconfinement du cul, avant que leur société excessivement autoritaire ne se rappelle à eux...

Sauf que non, car Gluck se fait plus frigide que fragile de la fesse gauche, le bonhomme ôtant tout érotisme de l'équation (là où le concept amène justement les notions de frustrations et de besoins à assouvir, avec l'idée de devoir absolument trouver quelqu'un pour faire crac-crac boum-boum pendant douze heures), en développant un univers autant boursouflé par ses incohérences (dans un monde sous-restriction, tous les célibataires où presque devraient 1) être prêts et 2) quasiment tous chez eux passé l'heure fatidique), qu'il est affreusement survolé (au-delà d'une légère propension à taper sur un capitalisme opportuniste, il n'y a aucun réel regard critique sur les dérives autoritaires, le recul de nos libertés et de l'autonomie sur nos propres corps qui, pourtant, nous pendent littéralement au nez... et ne distille aucune révolte ici ce qui est, douloureusement, assez réaliste sur ce point).

Le tout en dégainant un discours encore plus conservateur et sage que le dernier long-métrage de Gregg Araki (ce dont le cinéaste ne se cache pas, si l'on en suit la campagne promotionnelle du film), voire totalement enfermé dans sa propre vision hétéro-normative (n'aurait-il pas été plus fort, avec un tel univers pronant un puritanisme exacerbé et des valeurs aussi traditionnelles, de se focaliser sur des personnages et une romance queer ?), là où il pense pourtant, justement, l'acte sexuel comme quelque chose de régressif (il faut absolument copuler cette nuit-là, si bien que même les plus âgés s'y mettent).

Copyright Universal Studios

Mais le comble de cette comédie romantique pas exempt de quelques petites saillies comiques faisant certes gentiment mouche, c'est qu'elle soit totalement dépourvue de charme quand bien même Barbaro, pas aidée par quelques choix artistiques douteux (elle est en robe extra-courte tout le film, là où Turner a une tenue résolument plus décontracté), se donne beaucoup de mal pour renverser la vapeur d'une écriture au mieux maladroite (la caractérisation limitée des personnages), au pire risible à souhait (le concept même de cette loi puritaine n'amène aucune tension ni aucune urgence - pour ne pas dire aucun intérêt -, dans cette romance improvisée entre deux âmes en manque ET en quête de l'âme sœur).
Même son alchimie avec un Callum Turner pourtant rompu au genre, peine à convaincre.

Une petite purge, totalement à-propos donc.


Jonathan Chevrier