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[CRITIQUE] : Evil Dead Burn


Réalisateur : Sébastien Vaniček
Avec : Souheila Yacoub, Hunter Doohan, Luciane Buchanan, Tandi Wright,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Epouvante-horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h51min.

Synopsis :
Après l’enterrement de son mari, Alice se rend dans la maison isolée de sa belle-famille pour partager un dernier repas à sa mémoire. Mais la réunion familiale bascule dans l’horreur lorsque ses proches se transforment, l’un après l’autre, en créatures démoniaques. Confrontée à cet enfer, Alice découvre que les vœux prononcés autrefois continuent de la lier à son mari… bien au-delà de la mort.





Sixième volet de la franchise, premier long-métrage anglophone de Sébastien Vaniček, Evil Dead Burn promettait une expérience viscérale et un regard neuf sur le mythe. On en ressort surtout avec la désagréable impression d'avoir vu un film qui ne sait pas de quoi il parle et qui, en chemin, recycle les pires réflexes d'un cinéma qu'on espérait derrière nous.
Il y avait pourtant de quoi espérer. Après le très tenu Vermines, Vaniček arrivait auréolé d'une réputation de cinéaste organique, capable de filmer la peur dans la matière même des corps et des décors. Sam Raimi lui aurait laissé carte blanche. Le pitch, une jeune femme qui devient veuve doit passer par la case belle-famille pour les obsèques de son défunt mari qu’on comprend très vite être un homme problématique et violent. La réunion de famille se transforme en retrouvailles de l’enfer après que le père se soit transformé en Deadite ultra violent bien déterminé à défoncer tout le monde. Comme ça, ça avait tout pour faire du gore un langage, et non un simple argument de vente. On attendait un grand geste. On récolte un film qui se tire une balle dans le pied dès son plan d'ouverture, et qui passe ensuite les deux heures suivantes à recharger.

Copyright Warner Bros. / Metropolitan FilmExport 

Après une ouverture réussie sur le plan visuelle, Evil Dead Burn enchaîne sur un gros plan tremblant de croupe en mouvement, un booty shake filmé au plus près, parfaitement gratuit, comme tiré d'un clip de gros rap qui tâche du début des années 2000. Le genre de plan « caméra-bave » qu'on pensait enterré avec les MTV Awards de l'époque, et qui revient ici sans la moindre distance, sans le moindre second degré qui pourrait le justifier. Ce n'est pas une citation, ce n'est pas un commentaire : c'est juste un corps de femme découpé en morceau d'amorce, posé là pour réveiller la salle.
Le problème n'est pas la nudité ni la chair, l'horreur en a toujours fait son matériau. Le problème, c'est l'intention. Dès la première image, le film décide que le corps féminin sera un objet à regarder, à consommer, à abîmer. Et il s'y tiendra avec une constance qui finit par devenir le vrai sujet du métrage, bien malgré lui.

C'est là que le bât blesse vraiment. Evil Dead Burn veut visiblement dire quelque chose. Il s'attaque aux violences conjugales et familiales, aux non-dits qui pourrissent une lignée, à ce qui se transmet de génération en génération comme une malédiction bien plus tangible que n'importe quel grimoire. Le décor, la maison familiale isolée, la belle-famille, le deuil… est un terrain en or pour ce genre de lecture. Le possédé comme métaphore du tyran domestique : l'idée est belle, et pas neuve, mais elle fonctionne quand on la travaille.
Sauf que le film ne la travaille pas. Il la brandit. À aucun moment il ne trouve la juste distance pour filmer ce qu'il prétend dénoncer. Pire : à force de maladresse, il finit par normaliser ce qu'il devrait interroger. Les personnages livrent, entre deux éviscérations, des bribes de discours sur le couple, sur « ce qu'une femme doit endurer », sur les vœux qu'on tient même dans la mort, des répliques réductrices, fatiguées, qu'on croyait avoir rangées au placard et qu'on n'a tout simplement plus envie d'entendre. Le film croit les mettre à distance; en réalité il les épouse, parce qu'il ne leur oppose rien. Aucune ironie, aucun contrechamp moral, aucune mise en perspective. La dénonciation et la complaisance finissent par se confondre dans le même plan.

Copyright Warner Bros. / Metropolitan FilmExport

Et puis il y a la question de la violence elle-même, qui est sans doute le symptôme le plus parlant. Soyons clairs : Evil Dead Burn est d'une brutalité inouïe, peut-être la plus extrême de la saga. Mais cette brutalité n'est pas distribuée équitablement, et c'est ce déséquilibre qui dérange.
Les femmes, possédées ou non, et la nuance compte, se font littéralement défoncer le visage en gros plan. La caméra ne détourne jamais le regard : elle s'attarde, elle insiste, elle découpe l'os et la chair avec une gourmandise qui confine au fétichisme. Chaque coup porté à un corps féminin est un événement de mise en scène, filmé pour qu'on le ressente dans nos propres mâchoires.
Quand ce sont les hommes, en revanche, le film devient soudain pudique. La violence passe en hors-champ, suggérée par un bruitage, un éclaboussement sur un mur, une réaction. On nous épargne. Cette asymétrie n'est pas un détail technique : c'est une grammaire. Elle dit, plan après plan, qui a le droit d'être un sujet et qui restera un spectacle. Dans un film qui se réclame d'un propos sur les violences faites aux femmes, voir la caméra elle-même reproduire cette hiérarchie du regard relève au mieux de l'angle mort, au pire de l'hypocrisie totale. On ne peut pas dénoncer la mise à mort des femmes en en faisant son numéro de bravoure visuel.

Reste l'argument du métier, celui qu'on aurait aimé pouvoir sauver. Vaniček sait composer un cadre, on le savait. Il y a ici ou là une trouvaille, un jeu de reflets, un raccord sonore, une utilisation du décor domestique transformé en piège, qui rappelle qu'il y a un cinéaste derrière la caméra. Mais ces fulgurances tournent systématiquement court, parce qu'elles ne reposent sur rien. Une idée de mise en scène n'a de valeur que si elle prolonge une idée tout court ; ici, elles flottent, décoratives, sans fond pour les retenir. On a le geste sans la pensée, l'effet sans la cause.
On peut reconnaître le savoir-faire évident et l’envie de bien faire, on peut même y voir une certaine maladresse là-dessous, mais malheureusement ça ne sauve pas le film. Visuellement, on a néanmoins une expérience sensorielle intéressante, on hérite d'un film techniquement compétent. Le gore est lourd et appuyé et les VFX très crédibles avec majoritairement des effets pratiques. Le travail du son est une vraie réussite, mélange de voix, de cris de redondance d’échos lugubres et enveloppe tout de même le film dans une belle ambiance froide et glauque.

Copyright Warner Bros. / Metropolitan FilmExport

Au final, Evil Dead Burn est un film qui se prend les pieds dans ses propres ambitions. Il veut parler des violences intimes et finit par les esthétiser; il veut filmer la souffrance et finit par la trier selon le genre de qui souffre; il veut frapper au ventre et ne frappe qu'à la surface. Maladroit à souhait, sexiste dans son regard avant même de l'être dans ses dialogues, et bien moins révolutionnaire qu'annoncé, il laisse le sentiment amer d'un grand sujet abîmé par un film qui ne l'a jamais vraiment compris.

La déception de l'année pour moi et malgré tout le respect et l’affect que je peux avoir pour l’équipe. Et le pire, c'est qu'on sent, par moments, le grand film qu'il aurait pu être.


Jess Slash'Her