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[BØBINES ANCIENNES] : #4. The Warriors

Allstar Picture Library Limited. /Alamy / Paramount / The Guardian

Parce qu'on aime compartimenter (les sections pour un site ciné, c'est la vie) mais aussi parce qu'on n'aime pas laisser des péloches, comme Bebe, dans un coin, on dégaine la section ultime de l'ultimitude ultimationnelle : Bobines anciennes où l'on papotera de tout ce qu'on ne peut pas aborder ailleurs, à savoir du cinéma de patrimoine pré-80s et hors des cadres des ressorties annuelles.

Alors c'est vaste certes, clairement fourre-tout mais bon, vouloir compartimenter et être bordélique ce n'est pas si incompatible que cela en à l'air: la preuve, on y arrive très bien... où pas...




#4. Les Guerriers de la nuit de Walter Hill (1979)

Qu'on le veuille où non, nous avons toujours un regard plus que bienveillant sur les héros qui ont bercés notre enfance de cinéphiles un tantinet burnés.
Génie burné du polar urbain qui en jette, papa de plus d'une série B du bon gout trônant fièrement dans notre panthéon du culte made in 70s/80s, Walter Hill est décemment l'un des ses papes du badass que l'on chérit même s'il est vrai que le cinéma du bonhomme n'est plus au meilleur de sa forme - pour être poli - depuis son entrée dans le nouveau millénaire.

Un film carcéral tout juste présentable (Un Seul Deviendra Invincible), un buddy movie avec tonton Sly tourné comme un téléfilm de luxe (Du Plomb dans la Tête) où encore un gros nanar des familles avec une Michelle Rodriguez
mi-tueur à gages/mi-femme à barbe avec des corones (Revenger); l'époque bénie des The Driver, Extrême Préjudice ou même 48H a beau être à des années-lumières, difficile de ne pas chérir un minimum sa filmographie et encore plus ses pépites.

Waaaarrrrrriiiorsss, come out to pla-i-ay!

The Warriors en tête aka Les Guerriers de la nuit (titre FR génial... pour une fois, un comble pour un film un temps interdit de sortie dans l'hexagone), adaptation du roman éponyme de Sol Yurick (lui-même inspiré de l'Anabase de Xénophon, instant Wikipedia) façon vrai/faux film d'exploitation dont la vision fantasmée et - à peine - surréaliste des gangs de rues est dans la même veine que celle de West Side Story (avec une violence urbaine à peine plus exacerbée), qui assume ses contours dystopico-apocalyptique (l'idée que les gangs dominent la ville, qui servira de corps a bon nombre de jeux vidéos, de Street of Rage à GTA San Andreas) tout comme son action crue et frontale, au plus près de la descente aux enfers des vaillants Warriors, gang du mythique quartier de Coney Island, accusé à tort du meurtre de Cyrus, le chef visionnaire du gang le plus influent de New York, les Riffs, le soir où il avait réuni tous gangs de la Grosse Pomme dans l'ambition de créer une trêve générale et de composer une union générale, pour renverser la police.

Une chasse à l'homme effrénée et sous tension de Central Park à Coney Island, où ils seront pourchassés par les forces de l'ordre comme par les autres gangs puisque leur tête ont été mises à prix par des Riffs au désir ardent de vengeance, inconscients que tout n'est qu'une manipulation orchestrée par Luther, le chef des Rogues...

Paramount/Kobal/Rex/Shutterstock/Everett Collection/The Guardian

Can you dig it?

Reprenant à son compte les codes du western (l'aura de Sam Peckinpah n'aura eu de cesse d'imbiber son cinéma) au coeur de son exploration d'une Amérique marginale et marginalisée, où une jeunesse désenchantée tapie dans l'ombre, prend possession de l’espace urbain à la nuit tombée à défaut d'y trouver sa place le jour, jeunesse révolutionnaire qui renvoie à sa propre nation la violence dont elle a elle-même fait preuve pour naître; le film triture la fausseté d'une modernité qui refoule sa violence, bouffée par ses inégalités, sa criminalité et ses tensions communautaires, pour mieux en faire le terreau brûlant d'une fable mythologico-urbaine où un Ulysse de fortune (Swan), doit guider ses frères de guerre (aux surnoms mythiques : Ajax, Luther,...), agneaux sacrificiels mais point simples victimes (parce qu'ils sont des exemples de la désobéissance civile et d'une criminalité assumée) d'une quête chimérique de rassemblement/rédemption au coeur du chaos, vers une terre matricielle qui n'a de cesse de se dérober à eux, menacée par une justice divine aux formes plurielles (les tentatrices Lizzies, une police armée, une pluie de gangs qui agit tel un cyclope uniquement guidé par la vengeance,...), commentée en temps réel.

Mais The Warriors peut avant tout et surtout se voir un étonnant récit - voire rite - initiatique d'une poignée d'individualités immatures vers une maturité commune, partant d'une virilité primaire et tribale exacerbée (muscles saillants, tenues extravagantes, propension prononcée pour la baston,...), d'une expression brute et à la lisière de l'absurde de leur loyauté comme de leur masculinité, vers une intelligence vitale (privilégier la fuite aux effusions de sang), une quête de survie surréaliste où se battre ne doit pas être un plaisir régressif, mais un mal à embrasser que lorsqu'il est inévitable : l'important est de survivre ensemble et de rentrer comme un groupe, une famille unit à la maison.

- You Warriors are good. Real good.
- The best.


Kitschouille à souhait avec un œil moderne (même si notre nostalgie tente de nous prouver le contraire), embaumé dans la photographie crépusculaire et organique d'Andrew Laszlo, Les Guerriers de la Nuit est un diamant noir dans un New York fantasmé, sale et cruellement vrai, une épopée Homérique et électrisante à la nuit sans fin dans une ville qui ne dort jamais, où une poignée d'âmes damnées apprend à la détester (une terre de tous les dangers) pour mieux lui affirmer tout son amour (Coney Island, ce quartier sans espoir qui les renvoie continuellement à leur condition et à un avenir loin d'être rose, mais qui incarne fièrement une immense partie d'eux-mêmes).

They dig it Cyrus, they dig it...


Jonathan Chevrier