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[CRITIQUE] : André is an idiot


Réalisateur : Anthony Benna
Avec : André Ricciardi et Kyan Khojandi (voix)
Distributeur : Originals Factory
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h27min

Synopsis :
Éternel impertinent, André s'est défilé devant la coloscopie. Il va apprendre à mourir heureux et ridicule, sans jamais perdre son sens de l'humour.





Le septième art, et plus particulièrement son pendant documentaire, est souvent fait pour ça (pas uniquement, évidemment, mais t'as compris l'idée hein cher lecteur) : mettre en lumière des personnalités plus où moins singulières et/ou importantes que le grand public n'a pas forcément la chance de connaitre - ne serait-ce que de nom -, les célébrer comme mettre en avant leur parcours, leur art, leurs combats, leurs voix.
Celle d'André Ricciardi n'est sans doute pas la plus artistique (même après des décennies dans le milieu de la publicité) et encore plus celle à la verve la plus intéressante, mais dans sa vérité plutôt incisive il y a une honnêteté à toute épreuve qui s'y cache, et un message d'une haute importance.

Oui, comme l'annonce fièrement le titre du film d'Anthony Benna - André is an idiot -, il est un idiot pour de multiples raisons (et sa vie, tout en pragmatisme, réserve son bon lot d'anecdotes salées), mais avant tout et surtout pour le fait de ne pas avoir su écouter les limites mêmes de son corps et de son hédonisme absurde, pour ne pas avoir fait ce que l'on est censé faire passer un certain âge : une coloscopie, un acte à la fois banale et terrifiant, que l'on repousse moins par stupidité que par peur de ce qu'il pourrait révéler d'un corps dont on ne sait finalement pas grand chose, sauf quand le point de non-retour est franchit.
Mais André est un idiot oui, parce qu'il a ignoré la présence de sang dans ses selles et a attribué sa perte de poids spectaculaire à de l'exercice physique : une stupidité commune (il n'est pas le seul et l'humanité, surtout l'homme, dans sa grande absurdité, comptera son exemple à la pelle), qui a fait évoluer une affection un temps traitable en cancer du côlon de stade 4.

Copyright Originals Factory

Un stade qui rend le cancer proprement inopérable, les tumeurs étant devenues trop volumineuses alors que la maladie commençait à ronger lentement mais sûrement tout son corps.
Le documentaire prend alors tout autant les douloureux contours d'une acceptation de la maladie et d'un douloureux et incertain chemin vers l'inconnu, que ceux résolument plus enthousiastes mais néanmoins bouleversants d'un immense cri d'alerte pour l'éveil de la conscience public, un message de sensibilisation à caractère pédagogique et préventif sur la valeur de l'existence, qui pousse au dépistage et à l'écoute de soi sans pour autant se perdre dans un moralisme comme dans un misérabilisme putassier.

Avec l'irrévérence comme meilleure arme, André affronte les ravages physiques et psychologiques du cancer sans que le documentaire ne laisse paraître plus que de raison la dureté comme la tristesse de son combat, bifurquant avec délicatesse de l'humour vers le déchirement triste et l'angoisse sourde d'un temps qui vient cruellement à manquer (un calvaire pour un homme continuellement en quête de contrôle de tout dans son existence), pour fabriquer des souvenirs et continuer à exister dans le regard de ceux que l'on aime.
Plus qu'un témoignage fort, mélancolique et à l'énergie étonnamment débordante, André is an idiot est une réflexion solaire et merveilleusement humaine sur la mortalité, qui vaut chèrement son pesant de pop-corn.


Jonathan Chevrier