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[CRITIQUE] : Les Spécialistes


Réalisateur : Guy Ritchie
Acteurs : Eiza González, Henry Cavill, Jake Gyllenhaal, Rosamund Pike,...
Distributeur : Amazon Prime Vidéo France
Budget : -
Genre : Action, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h38min

Synopsis :
Quand un baron du crime dépouille une firme puissante, une avocate déploie ses deux meilleurs "fixers", Sid et Bronco, pour récupérer le magot. Mais sur cette île corrompue, les alliances volent en éclats. Entre trahisons et manipulations, la chasse est ouverte. Le plus dur ne sera pas de reprendre l'argent... ce sera d'en sortir vivant.




Depuis qu'il a - un temps - abandonné les super-productions plus où moins défendables du côté des grands studios (les abandons successifs de la suite d'Alladin et du remake en prise de vues réelles d'Hercule chez Disney, incarnent sans l'ombre d'un doute ses meilleures décisions de récente mémoire), Guy Ritchie semble être revenu un brin aux sources de son cinéma, pour preuve sa propension à renouer avec son comédien chouchou Jason Statham (avec qui il n'avait plus tourné - à raison - depuis le four
Revolver en 2007), où celle à concocter des œuvres presque brevetées par sa formule comico-musclé (voire un chouïa violente) et extravagante.

Copyright Leonine

Coup sur coup, il est passé de l'auto-référentiel plutôt séduisant The Gentlemen au nerveux et méchant Un Homme en Colère (excellent remake du Convoyeur de Nicolas Boukhrief), avant de bifurquer vers l'espionnage volubile et
Ocean-esque Operation Fortune : Ruse de guerre
(également dispo sur Prime Vidéo), une sorte de vestige du film de guerre du milieu des années 2000, visant à fustiger l'ingérence autant que la face sombre de la politique ultra-libérale et du pays de l'oncle Sam - The Covenant, toujours sur Prime -, ou encore un rip-off bourrin et cartoonesque de The Dirty Dozen, The Ministry of Ungentlemanly Warfare (disponible sur... devines quelle plateforme de SVOD).
Si l'on oubliait consciemment son Fountain of Youth - sous-Benjamin Gates lisse et ennuyée chiche en sensations fortes -, toutes ses séances incarnaient in fine des variations plus cool, presque libres, de ses efforts passés (excepté The Covenant, qui le sortait frontalement de sa zone de confort), comme s'il révisait ses gammes avant de passer véritablement la seconde.

Sauf que le bonhomme a visiblement fumé son levier de vitesse avec In The Grey - Les Spécialistes par chez nous -, tourné depuis 2023 et pour lequel il avait réunit trois de ses comédiens plus où moins fétiches - Eiza González, Henry Cavill et Jake Gyllenhaal -, actionner ludique mais oubliable chapeauté en charentaises, qui se perd autant au coeur d'un rythme redondant que dans les méandres d'une narration au pitch prétexte (lorsqu'un baron du crime dépouille une firme puissante, une avocate qui jobgle avec l'illégalité déploie ses deux meilleurs "fixers", Sid et Bronco, pour récupérer le magot), qui complexifie faussement sa prose (des dialogues sur-explicatifs surlignés par des sur-explicatifs et enrobés dans des dialogues sur-explicatifs, le tout avec des séquences " d'entrainement " qui servent de fusils de Tchekhov ambulants, avant un paiement dans son final certes expéditif mais efficace) sans réellement développer l'essentiel (ses personnages en tête), pour vainement maintenir l'intérêt d'un auditoire ayant tout du long des envies d'ailleurs.

Copyright Leonine

Buddy movie à trois flanqué sur une île ensoleillée et paradisiaque, où l'humour sarcastique supplante une action certes solide mais rachitique, Les Spécialistes laisse toujours l'impression tenace de n'être qu'un divertissement incomplet, presque bâclé par un cinéaste qui, paradoxalement, sait néanmoins suffisamment bien emballé son délire et s'appuyer sur la désinvolture d'une distribution totalement acquis à sa cause, pour rendre une copie tout juste correct, simple et concise mais sans aucune valeur ajoutée.
Si la règle du " un bon film sur deux " s'applique au cinéma de Quentin Dupieux, Guy Ritchie vient sensiblement d'inventer celle du " un bon film sur trois " et, pour le coup, vu qu'on apprécie gentiment le bonhomme, ça nous fait quand-même bien chier...


Jonathan Chevrier