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[CRITIQUE] : On l'appelait Robin des Bois


Réalisateur : Michael Sarnoski
Avec : Hugh Jackman, Jodie Comer, Bill Skarsgård, Noah Jupe,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Action, Drame, Aventure, Thriller.
Nationalité : Américain, Britannique.
Durée : 2h02min

Synopsis :
Hanté par son passé après une vie de crimes et de violence, Robin des Bois est laissé pour mort à l’issue d’un combat qu’il pensait être le dernier. Recueilli par une femme mystérieuse, il se voit offrir une ultime chance de rédemption…





On avait laissé ce bon vieux Robin des Bois, peut-être la figure la plus populaire du folklore européen - avec le Roi Arthur -, mort de sa plus vilaine mort avec la grosse plantade Robin des Bois de Otto Bathurst (on aurait également pu citer l'étron abyssale Robin des bois, la véritable histoire d'Anthony Marciano et Alain Goldman avec Max Boublil en tunique verte, mais il faut savoir garder un minimum sa dignité de cinéphile), vrai spectacle feuilletonesque qui tenait du grand n'importe quoi façon rejeton pop rock au King Arthur de Guy Ritchie, s'abrutissant lui-même au fur et à mesure de son déroulement tout en ne rendant jamais réellement justice à son esthétique assez remarquable (de la reconstitution des décors aux costumes en mode haute couture du Moyen-Âge), tout autant qu'il refusait d'aborder son sujet avec ambition, capitulant bien trop tôt en faveur d'une facilité assez atterrante - un film qui se tirait la flèche dans son propre fondement, avec des talents de contorsionnisme proprement exceptionnel.

Copyright A24 / Metropolitan FilmExport 

Mais parce qu'un filon n'est jamais mort tant qu'il garde un tant soit peu d'aura au coeur de la culture populaire - et encore -, Hollywood et sa paresse légendaire s'est lancé dans l'idée de dépoussiérer une énième fois ce classique indémodable avec, néanmoins, une touche d'ambition insoupçonnée qui tendait à contredire un brin l'image familière du noble voleur/rebelle au grand cœur, se servant de son arc et de son courage pour combattre l'oppression et l'injustice (véhiculée autant par la firme aux grandes oreilles que par le cultissime film de Kevin MacDonald, avec Kevin Costner en vedette); pour gratter sous la semelle d'un pan plus sombre de sa légende, où il était décrit non pas comme un defenseur des opprimés, mais bien comme un hors-la-loi sanguinaire et sans pitié n'ayant pas peur de zigouiller son prochain (une relecture inspirée d’une ancienne ballade du XIVe siècle, A Gest of Robyn Hode, évoquant la mort du hors-la-loi dans un prieuré).

Chapeauté par un Michael Sarnoski dont le début de carrière mérite qu'on le porte en haute estime (le formidable Pig avec Nicolas Cage, le prequel - et meilleur film - de la saga Sans un Bruit, Sans un Bruit : Jour 1), Il s'appelait Robin des Bois (dont on préférera nettement son titre original, The Death of Robin Hood), pas si éloigné du Green Knight de David Lowery comme du Northman de Robert Eggers dans sa brutalité et son âpreté (plus exacerbée chez le papa de The VVitch, certes), joue donc moins la carte d'une aventure héroïco-épique que celle d'un actionner historico-intense aux excès de violence brutaux et immédiats (presque anti-spectaculaire dans sa crudité tangible et volontairement sordide), glissant lentement mais sûrement vers le drame mélancolique et poignant; une sorte d'anti-épopée à la fois singulière et profondément austère, tout du long clouée aux basques d'une figure solitaire et désabusée, hantée par les âmes qu'il a emporté dans une vie de crime sans répit, et dont la maigre quête de paix et de rédemption/absolution auprès d'une sœur pleine de bienveillance (et envers qui il est intimement lié), est sensiblement heurtée par le retour de bâton d'un passé imbibé de sang qui ne peut qu'éternellement se rappeler à lui.

Copyright A24 / Metropolitan FilmExport

Tourné en 35 mm, embaumé dans la photographie glaciale et texturée de Pat Scola qui sublime autant la rudesse sauvage d'une nature irlandaise médiévale à la fois sereine et indomptable, toute en étendues rocheuses léchées par une brume sans fin, que la dureté des visages marqués par les stigmates d'un monde bouffé par la haine et la violence (celle que l'on inflige comme celle qui nous frappe aveuglément où nous punit), Il s'appelait Robin des Bois ne serait cela dit rien sans la prestation habitée et nuancée de Hugh Jackman, impeccable en Robin amer et épuisé de vivre, pivot d'une démythification radicale mais pas sans heurts dans son exposé introspectif sur la malléabilité des récits legendaires, comme dans le symbolisme parfois un poil artificiel de son oraison funèbre amère et crépusculaire, flanquée dans un purgatoire à ciel ouvert où les plaies demeurent béantes.

Le Robin de Sarnoski est dépouillé de tout, il est un homme qui est confronté de plein fouet à la vérité de qui il est et, surtout, de qui il a été, condamné à accepter son propre sort tout en ne pouvant pleinement briser le cycle infernal d'une violence qu'il a fait sienne, et qu'il a perpétré sans remords.
On peut ne pas adhérer à la proposition, mais on ne peut nier qu'elle a une sacrée audace...


Jonathan Chevrier