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[CRITIQUE] : Entroncamento


Réalisateur : Pedro Cabeleira
Avec : Ana Vilaça, Cleo Diára, Rafael Morais,...
Distributeur : Les Alchimistes
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Portugais, Français.
Durée : 2h11min

Synopsis :
Fuyant un passé trouble, Laura se réfugie à Entroncamento pour reconstruire sa vie et se lie à une jeunesse désabusée pas si différente d’elle. Un travail honnête peut-il rivaliser avec l’appel du crime ? Violence, malchance, cupidité et loyauté règnent dans les rues — chacun veut une vie meilleure.




Quand bien même le cinema portugais n'a jamais véritablement été célébré à sa juste valeur dans nos salles obscures, gageons que depuis le virage des années 2020, sa santé est on ne peut plus encourageante.
Preuve en est rien que sur les douze derniers mois d'exploitation, du puissant Le Rire et le Couteau de Pedro Pinho (qui vient fraîchement d'avoir droit à une ressoetie en version intégrale) au magnifique À la lueur de la chandelle d'André Gil Mata, en passant par les tout aussi brillants On Falling de Laura Carreira, Manas de Marianna Brennand où encore L'Arbre de la connaissance d'Eugène Green et Justa de la peu prolifique mais talentueuse Teresa Villaverde.

Rassurons-nous, le bien nommé Entroncamento, second long-métrage du wannabe cinéaste Pedro Cabeleira (et passé par la case ACID sur la Croisette cuvée 2025), ne contredit pas le moins du monde cette vérité, loin de là même, lui qui prend pour nom la petite ville populaire portugaise du même nom, un film choral désenchanté et tout en désillusion, cloué aux basques d'une jeunesse désabusée et cabossée par la vie, sans réelle perspectives d'avenir (abandonnée depuis trop longtemps par les institutions) et où l'attrait d'un travail honnête mais maigrement payé - qui ne permet pas de joindre les deux bouts -, pèse moins qu'une vie de l'autre côté de la frontière de la criminalité - une petite délinquance qui feint de rendre la vie moins compliquée.

Copyright Optec Filmes

Être honnête et solidaire, où ne pas être ?
Valse de portraits complexes et captivants à fleur de peau et d'émotions contenues (où les personnages féminins tirent joliment leur épingle du jeu), dans un cadre où il faut faire sienne d'une violence omniprésente (précarité, criminalité, stigmatisation communautaire,...), la narration s'attache plus sensiblement à la jeune Laura, fraîchement débarquée chez son cousin, dont les désirs de reconstruction et de stabilité motivés par un passé difficile, se heurtent à la vérité d'une cité qui incarne plus une impasse qu'une réelle destination de tous les possibles.

Elle est le poumon compressé de ce beau drame socialo-noir au récit éclaté et éclatant, lancinant et authentiquement oppressant sur une misère humaine immuable à tous, dont la caméra fluide et enlevée (à la lisière du documentaire) vient capturer la détresse des âmes sans alternatives avec une sobriété salutaire.
Un effort fataliste, âpre et moralement amer qui confirme tout le bien que l'on peut penser de Pedro Cabeleira, en espérant qu'il ne mette pas huit ans de plus pour passer la troisième...


Jonathan Chevrier