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[CRITIQUE] : Le Monde à l'endroit


Réalisatrice : Sylvie Meyer
Avec : Sandrine Bonnaire, Marianne Denicourt et Isild Le Besco.
Budget : -
Distributeur : Nour Films
Nationalité : Français.
Genre : Documentaire.
Durée : 1h29min.

Synopsis :
Les blessures de l'enfance ne s'effacent pas, elles se réparent.
Muriel Salmona, psychiatre de renom et spécialiste des violences sexuelles, consacre sa vie à soigner celles et ceux que l'enfance a brisés.
Incarnée à l'écran par Sandrine Bonnaire, Marianne Denicourt et Isild Le Besco, elle accompagne des patients qui affrontent leur passé et ouvrent, pas à pas, le chemin de la réparation.




La maltraitance enfantine, et plus directement les VSS, est un sujet aussi délicat que profondément complexe à aborder tout autant qu'à représenter (à travers ses victimes où non, quand bien même c'est ce prisme qui est majoeitairement privilégié) à l'écran puisque la frontière avec le voyeurisme y est intimement poreuse, au point que les représentations peuvent vite apparaître abjecte voire potentiellement dangereuses dans l'expression de leur vérité, que ce soit de manière implicite et/où explicite.

En charge alors à la où le cinéaste à bord si c'est cette seconde voie qui est privilégié, de ne pas se laisser aller à une surenchère frontale et putassière et de jouer la carte de l'empathie pure (côté bons exemples, pensez à des expériences telles que Dalva d'Emmanuelle Nicot où le très récent La Frappe de Julien Gaspar-Oliveri, toujours en salles).

Copyright Tessalit Productions / Nour Films

Une gymnastique complexe à laquelle s'essaye Sylvie Meyer avec son nouvel effort, le docu-fiction hybride Le Monde à l'endroit, où elle s'appuie sur les travaux de la psychiatre Muriel Salmona, spécialiste de la mémoire traumatique, pour mieux déployer un exposé fascinant sur les conséquences d'une tragédie intime, sur la complexité de la mémoire traumatique comme sur le long et difficile processus de guérison d'une poignée de victimes (qui démarre avant tout et surtout par une réelle écoute et une déculpabilisation essentielle : la honte doit être et rester à l'agresseur), à travers une galerie de quatre portraits adultes (qui rejouent leurs propres histoires) et une immersion particulièrement poignante malgré un double procédé particulièrement troublants : l'usage - artificiel - de l'IA, et l'idée donner de multiples visages connues à la psychiatre (Sandrine Bonnaire, Marianne Denicourt et Isild Le Besco).

Étonnamment accessible dans son propos (une déconstruction des mécanismes psychiques invisibles, dans un discours certes riche mais toujours compréhensible et jamais écrasant), malgré les maladresses de son dispositif formel et la distance qu'impliquent certaines interprétations, Le Monde à l'endroit n'en reste pas moins important dans sa mise en lumière d'une parole libérée comme dans sa rationalisation d'une vérité clinique parfois nébuleuse.
Un effort d'utilité publique donc, aussi pompeux que puisse le laisser penser ce terme.


Jonathan Chevrier