[CRITIQUE] : Backrooms
Réalisateur : Kane Parsons
Acteurs : Renate Reinsve, Chiwetel Ejiofor, Mark Duplass, Finn Bennett,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur, Science-Fiction.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h51min.
Synopsis :
Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d’un magasin de meubles.
Depuis quelques années, le cinéma voit l’émergence de jeunes artistes venant d’Internet. Des créatrices et créateurs qui se sont fait connaître sur YouTube et qui maintenant débarquent sur grand écran avec des propositions plus ou moins intéressantes. En France, on a déjà eu des « films de youtubeurs » il y a quelques années. Mais il faut avouer qu’ils étaient loin d’être mémorables (on préférerait oublier l’expérience sensorielle de Pas très normales activités avec Norman en rôle vedette). On a quand même eu de bonnes pousses avec Florent Bernard, scénariste derrière le très sympa Vermines réalisé par Sébastien Vaniček, qui sera au crédit du prochain Evil Dead Burn du même réalisateur, et qui était derrière la caméra pour le très doux Nous les Leroy.
De l’autre côté de l’Atlantique, il y a aussi une arrivée de jeunes artistes dans le cinéma. Et 2026 est une année prolifique pour les youtubeurs au cinéma. Entre Markiplier et son Iron Lung, ou encore Curry Barker avec l’excellent Obsession qui est un carton plein au box-office, le 7e art déroule un tapis rouge pour cette nouvelle génération d'artistes. Et c’est maintenant au tour de Kane Parsons d’être sur le devant de la scène. Le californien de 20 ans s’est fait connaître sur Internet avec des courts-métrages basés sur la web-série Dad Feels. Il a aussi réalisé des adaptations de l’animé L’Attaque des Titans, présentant les événements de la série sous forme de photos de guerre. À partir de 2022, il réalise plusieurs courts-métrages et séries autour de l’univers des Backrooms.
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C’est donc ainsi qu’il se retrouve derrière la caméra pour le film Backrooms, produit par A24. Une œuvre qui reprend l’idée de cette creepypasta où il existerait un aspect mystérieux, infini et labyrinthique. La boîte de production lui offre un joli budget de 10 millions de dollars, et un casting plutôt solide avec Chiwetel Ejiofor (Twelve Years a Slave, Les Fils de l’homme) et Renate Reinsve (Julie (en 12 chapitres), Valeurs sentimentales). Et une chose est sûre, les 10 millions ont bien été utilisés pour la création des décors. On ressent que Kane Parsons aime cet univers et cette mythologie, et veut lui rendre hommage en reproduisant l’aspect angoissant de ces dédales de salles jaunes toutes plus étranges les unes que les autres.
Malheureusement, on a aussi l’impression qu’il ne sait pas quoi en faire. Même s’il a quelques bonnes idées de mise en scène (deux en réalité, qu’il réutilise en boucle), il est difficile de comprendre ce qu’il veut faire de cette histoire. Le problème étant justement qu’il y a assez peu d’histoire derrière tout ça. Le film plante très rapidement ses personnages et leurs caractérisations. Un gérant de magasin de meubles alcoolique, qui s’est séparé de sa femme, et n’a que son travail dans la vie. Une psychologue avec des traumatismes d’enfance liés à sa mère, qui avait des problèmes psychologiques. Et à côté de ça, une organisation scientifique qui fait des recherches sur les Backrooms en envoyant des agents. Rien de bien original, mais en même temps, on n’en attendait pas spécialement plus. Des bases assez simples pour proposer un solide trip angoissant et horrifique. Et pourtant, Kane Parsons arrive quand même à rater son projet.
Backrooms est globalement très décevant et ennuyeux. Il utilise les mêmes ressorts horrifiques en boucle. Au menu, on retrouve des jumpscares assez classiques et prévisibles. Cependant, il décide de cacher chaque mise à mort, les reléguant au hors-champ pour une obscure raison (peut-être pour contourner un maximum les restrictions d’âge aux États-Unis). De plus, on sent que Parsons veut lorgner par instants vers du Lynch avec des séquences d’étrangetés et décousues. Mais là où le cinéaste culte insufflait quelque chose de très humain et personnel dans son chaos, dans Backrooms, on a l’impression que ce sont des éléments collés ensemble juste pour déranger. Il ne suffit pas de mettre des personnages silencieux aux physiques étranges pour faire du Lynch.
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Avec tout ça, Parsons offre un film qui est constamment hésitant dans son intention. Il commence comme une œuvre explorant les méandres psychologiques d’un homme torturé (proposition déjà vue mille fois). Il se transforme en une expérience sensorielle et angoissante plutôt ennuyeuse et peu inspirée, ressemblant plus à une œuvre hommage à la mythologie de Backrooms. Et dans ces 20 dernières minutes, Parsons se souvient qu’il a introduit des personnages et des sous-intrigues. Il se retrouve donc à insérer un scénario au forceps, sans même réussir à tous les développer (notamment cette pauvre psychologue dont l’enfance torturée, expliquée à grands coups de flashbacks, n’a aucun intérêt).
Kane Parsons n’est pas dénué de talent en matière de mise en scène et semble aimer son univers. Le problème est qu’il ne sait pas quoi faire de ces idées et n’arrive pas à choisir quel cap prendre. Il tente de proposer à la fois une expérience sensorielle et une œuvre réflexive sur la nature humaine. Bien que les deux ne soient pas incompatibles, Backrooms n’arrive malheureusement jamais à aller au bout de l’un ou de l’autre. Si vous cherchez des jumpscares ou des scènes angoissantes, vous serez servis. Sinon, passez votre chemin. Mais, une chose est sûre, n’est pas David Lynch qui veut.
Livio Lonardi



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