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[CRITIQUE] : Le Dernier vrai samouraï


Réalisateur : Jun'ichi Yasuda
Acteurs : Makiya Yamaguchi, Norimasa Fuke, Yuno Sakura,...
Distributeur : Carlotta Films
Budget : -
Genre : Comédie, Drame, Fantastique, Science-Fiction.
Nationalité : Japonais.
Durée : 2h11min.

Synopsis :
Kyoto, à la fin de l’époque d’Edo. Deux samouraïs de clans ennemis luttent dans un combat sans merci jusqu’à ce qu’une pluie torrentielle s’abatte sur eux et qu’un éclair les éblouisse. À sa grande surprise, Shinzaemon Kosaka du clan Aizu se réveille dans le Japon contemporain, sur le plateau d’une série historique spécialisée dans le genre jidaigeki. Pris pour un figurant à cause de son apparence et de son comportement, le samouraï devient vite la coqueluche des tournages, avant d’être engagé comme cascadeur professionnel...




Alors certes, on extrapole un peu et c'est sensiblement le jeu (parfois putassier) des comparaisons qui veut ça, mais il est difficile de ne pas penser au premier abord, à deux œuvres populaires qui nous sont on ne peut plus familières, avec Le Dernier vrai samouraï de Jun'ichi Yasuda, immense succès au box-office du pays du soleil levant.

D'un côté au génial Les Guerriers de l'Apocalypse de Kosei Saito, adaptation du roman éponyme de Ryō Hanmura (et que Carlotta Films a redistribué en salles le mois dernier, comme quoi il n'y a pas de hasard), dans la manière qu'à Yasuda de non pas jouer la carte du film historique mélancolico-barbare (quoique), mais bien de s'en battre les cacahuètes mignon de son paradoxe temporel (ici, ce n'est pas une unité des Forces japonaises et tout son attirail militaire qui se retrouve mystérieusement transportée quatre cents ans dans le passé, en pleine époque Sengoku, mais bien un samouraï - du clan Aizu - de la fin de l’époque d’Edo qui, frappé par un éclair en plein combat, se réveille dans le Japon contemporain, sur le plateau d’une série historique spécialisée dans le genre jidaigeki).

Copyright Carlotta Films

De l'autre, Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré (sans le montage frénétique et le numéro déglingué de Christian Clavier), avec son Godefroy de Montmirail transporté à une époque qui lui est totalement étrangère, une figure tragique confrontée à des us et coutumes qui tranchent avec son éducation plus rigide et traditionnelle, qu'il va devoir assimiler s'il ne veut pas être totalement engloutie par le chagrin comme une contemporainéité sans but (il a perdu son bushido, il n'a plus réellement la nécessité de ne plus craindre la mort et encore moins à mourir par bravoure au combat), où il s'accroche comme il le peut à ce qu'il connaît.

En résulte une proposition à part et incroyablement fascinante dans son opposition enjouée entre tradition et modernité (les petits plaisirs de la bouffe sont universels), qui jongle plutôt adroitement entre la comédie SF enthousiaste et l'hommage nostalgique à tout un pan du cinéma nippon désormais révolu (parce que, au-delà du désintérêt latent du spectateur, ses codes tranchent avec les idéaux moraux d'aujourd'hui), à travers une narration touchante et métafilmique qui " oblige " ironiquement un samouraï à jouer ce qu'il est pour exister - et, étrangement, enfin trouver sa voie -, tout autant qu'elle pointe du bout de la caméra les limites patriarcales de l'industrie.
Une (très) belle découverte.


Jonathan Chevrier