[CRITIQUE] : Toy Story 5
Réalisateur : Andrew Stanton
Avec : avec les voix (VF/VO) de Jean-Philippe Puymartin/Tom Hanks, Richard Darbois/Tim Allen, Barbara Tissier/Joan Cusack, Laura Felpin/Greta Lee, Jean-Pascal Zadi/Craig Robinson, Jonathan Cohen/Conan O'Brien, Tony Hale/Pierre Niney,...
Distributeur : The Walt Disney Company France
Genre : Animation, Aventure, Famille.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h42min
Synopsis :
Buzz, Woody, Jessie et le reste de la bande verront leur travail remis en question lorsqu'ils découvriront que ce qui obsède les enfants d'aujourd'hui s’appelle... l'électronique !
Il y avait quelque chose de formidable à la vision du final merveilleusement émouvant de Toy Story 3 signé Lee Unkrich, une sensation de perfection et de cohérence tellement rare aujourd'hui, à une époque où la franchisation (comprendre ganbangisation jusqu'à ce que mort créative s'en suive) à outrance de toute production populaire est devenue monnaie courante; quelque chose de doux et réconfortant face à l'idée que les aventures de Woody et Buzz se clôturaient en apothéose, et même s'il était difficile de se dire qu'on ne les retrouverait plus jamais sur grand écran (il nous restait quelques mini-films Pixar, produits certes sporadiquement depuis, pour rendre les adieux moins catégoriques), on ne pouvait espérer meilleur conclusion.
Sauf que rachat de la firme à la lampe par le studio aux grandes oreilles oblige, la mélancolie s'est vite vu supplanter par la certitude que la frénésie productive et cupide de Mickey n'allait pas laisser toute notre petite bande, profiter d'un repos pieusement souhaité et mérité.
Passé un quatrième film pas dénué de qualité mais dont le final venait considérablement rebattre les cartes de la saga (un Woody amoureux abandonnait Bonnie et ses amis, pourtant plus soudés que jamais depuis le départ d'Andy de leur existence, pour vivre avec Bergère dans un parc où il aiderait les jouets perdus), place sept ans plus tard à une cinquième minture peut-être encore plus douloureusement opportuniste et chiche en émotions, où le chamboulement du quatrième film est contredit avec un cynisme bâtard (Woody n'est en fait qu'à quelques pâtés de maison de chez Bonnie et à porté de talkie-walkie...), tandis que le fidèle lieutenant de Pixar, Andrew Stanton, tente artificiellement de raccrocher les wagons avec la trilogie originale pour combler les déçus d'hier.
Une gymnastique précaire qui implique que dans ses bons moments, Toy Story 5 puisse autant se voir comme une suite - plus où moins - directe de Toy Story 2, centrée à la fois sur Jessie et Bonnie (première fois que la saga laisse Woody sur le carreau, tant son retour est inutile où presque) et leur peur de l'exclusion (un rappel du traumatisme de l'abandon pour la première, esquissé dans TS2, et l'angoisse de ne pas pouvoir s'intégrer et trouver des amis pour la seconde), qu'un film du renouveau qui délaisse les réflexions existentielles sur la permanence/importance des jouets (qui trouvaient leur apogée dans le troisième épisode), pour privilégier un questionnement résolument plus contemporain : la nature comme la pérennité même du jouet à l'ère du numérique où la technologie est de plus en plus omniprésente.
Un numérique incarné par une tablette du mal, Lilypad, qui hypnotise et isole Bonnie (au point que l'on rappelle le célèbre cowboy à la rescousse, même s'il se fait un personnage secondaire de cette aventure, à l'image d'un Buzz relegué au rang de simple love interest... comme la cowgirl sur les précédents films), inquiétant intimement une Jessie dont l'ignorance de sa nouvelle propriétaire (et son addiction coton nourrit par un désir profond de validation/intégration, quitte à ne plus être réellement elle-même), la renvoie frontalement à sa peur d'être oubliée et abandonnée, tout autant qu'à son potentiel statut d'objet obsolète, au mieux de collection, dans un monde où l'imaginaire ne vit qu'entre quatre coins pixelisés.
Cette inquiétude, on ne peut plus légitime et réelle, face au déclin de l'imagination enfantine (et une innocence bouffée par un monde virtuel qui ne protège personne de la cruauté du monde et de l'humanité, pas même les plus jeunes), est le coeur même comme le talon d'Achille du film : si Pixar - et Stanton - sait dérouler le fil d'un message à la fois réflexif et préventif (la peur face à la modernité et aux affres du consumérisme était déjà au centre du premier opus, et de l'opposition entre un Woody old school et un Buzz à la mode), il ne sait plus réellement comment titiller l'imaginaire même de son auditoire.
La faute autant à une émotion bâtie sur le recyclage nostalgique - et donc artificiel - du passé (l'acceptation du sentiment d'abandon par Jessie, intéressant mais in fine maladroitement négocié), que sur une animation moins ingénieuse et colorée, qui manque de cadre et de perspective (moins de lieux, moins de nouveaux personnages, moins de fantaisie visuelle et narrative, au-delà d'une chouette introduction, mais aussi et surtout moins d'envie de faire naître l'originalité par la magie), là où les personnages phares, déjà zappés dans le film précédent, apparaissent encore plus abandonnés ici - excepté Pile-Poil, peut-être.
Tout comme TS4, Toy Story 5 n'arrive jamais réellement à se délester de son étiquette de proposition dispensable et superflue, quand bien même il dégaine plusieurs pistes de réflexions fascinantes et nous fait tendrement renouer avec des personnages que nous n'avions jamais réellement voulu quitter... tout le vice (ne parlez plus de magie) du studio aux grandes oreilles.
Jonathan Chevrier
Avec : avec les voix (VF/VO) de Jean-Philippe Puymartin/Tom Hanks, Richard Darbois/Tim Allen, Barbara Tissier/Joan Cusack, Laura Felpin/Greta Lee, Jean-Pascal Zadi/Craig Robinson, Jonathan Cohen/Conan O'Brien, Tony Hale/Pierre Niney,...
Distributeur : The Walt Disney Company France
Genre : Animation, Aventure, Famille.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h42min
Synopsis :
Buzz, Woody, Jessie et le reste de la bande verront leur travail remis en question lorsqu'ils découvriront que ce qui obsède les enfants d'aujourd'hui s’appelle... l'électronique !
Il y avait quelque chose de formidable à la vision du final merveilleusement émouvant de Toy Story 3 signé Lee Unkrich, une sensation de perfection et de cohérence tellement rare aujourd'hui, à une époque où la franchisation (comprendre ganbangisation jusqu'à ce que mort créative s'en suive) à outrance de toute production populaire est devenue monnaie courante; quelque chose de doux et réconfortant face à l'idée que les aventures de Woody et Buzz se clôturaient en apothéose, et même s'il était difficile de se dire qu'on ne les retrouverait plus jamais sur grand écran (il nous restait quelques mini-films Pixar, produits certes sporadiquement depuis, pour rendre les adieux moins catégoriques), on ne pouvait espérer meilleur conclusion.
Sauf que rachat de la firme à la lampe par le studio aux grandes oreilles oblige, la mélancolie s'est vite vu supplanter par la certitude que la frénésie productive et cupide de Mickey n'allait pas laisser toute notre petite bande, profiter d'un repos pieusement souhaité et mérité.
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Passé un quatrième film pas dénué de qualité mais dont le final venait considérablement rebattre les cartes de la saga (un Woody amoureux abandonnait Bonnie et ses amis, pourtant plus soudés que jamais depuis le départ d'Andy de leur existence, pour vivre avec Bergère dans un parc où il aiderait les jouets perdus), place sept ans plus tard à une cinquième minture peut-être encore plus douloureusement opportuniste et chiche en émotions, où le chamboulement du quatrième film est contredit avec un cynisme bâtard (Woody n'est en fait qu'à quelques pâtés de maison de chez Bonnie et à porté de talkie-walkie...), tandis que le fidèle lieutenant de Pixar, Andrew Stanton, tente artificiellement de raccrocher les wagons avec la trilogie originale pour combler les déçus d'hier.
Une gymnastique précaire qui implique que dans ses bons moments, Toy Story 5 puisse autant se voir comme une suite - plus où moins - directe de Toy Story 2, centrée à la fois sur Jessie et Bonnie (première fois que la saga laisse Woody sur le carreau, tant son retour est inutile où presque) et leur peur de l'exclusion (un rappel du traumatisme de l'abandon pour la première, esquissé dans TS2, et l'angoisse de ne pas pouvoir s'intégrer et trouver des amis pour la seconde), qu'un film du renouveau qui délaisse les réflexions existentielles sur la permanence/importance des jouets (qui trouvaient leur apogée dans le troisième épisode), pour privilégier un questionnement résolument plus contemporain : la nature comme la pérennité même du jouet à l'ère du numérique où la technologie est de plus en plus omniprésente.
Un numérique incarné par une tablette du mal, Lilypad, qui hypnotise et isole Bonnie (au point que l'on rappelle le célèbre cowboy à la rescousse, même s'il se fait un personnage secondaire de cette aventure, à l'image d'un Buzz relegué au rang de simple love interest... comme la cowgirl sur les précédents films), inquiétant intimement une Jessie dont l'ignorance de sa nouvelle propriétaire (et son addiction coton nourrit par un désir profond de validation/intégration, quitte à ne plus être réellement elle-même), la renvoie frontalement à sa peur d'être oubliée et abandonnée, tout autant qu'à son potentiel statut d'objet obsolète, au mieux de collection, dans un monde où l'imaginaire ne vit qu'entre quatre coins pixelisés.
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Cette inquiétude, on ne peut plus légitime et réelle, face au déclin de l'imagination enfantine (et une innocence bouffée par un monde virtuel qui ne protège personne de la cruauté du monde et de l'humanité, pas même les plus jeunes), est le coeur même comme le talon d'Achille du film : si Pixar - et Stanton - sait dérouler le fil d'un message à la fois réflexif et préventif (la peur face à la modernité et aux affres du consumérisme était déjà au centre du premier opus, et de l'opposition entre un Woody old school et un Buzz à la mode), il ne sait plus réellement comment titiller l'imaginaire même de son auditoire.
La faute autant à une émotion bâtie sur le recyclage nostalgique - et donc artificiel - du passé (l'acceptation du sentiment d'abandon par Jessie, intéressant mais in fine maladroitement négocié), que sur une animation moins ingénieuse et colorée, qui manque de cadre et de perspective (moins de lieux, moins de nouveaux personnages, moins de fantaisie visuelle et narrative, au-delà d'une chouette introduction, mais aussi et surtout moins d'envie de faire naître l'originalité par la magie), là où les personnages phares, déjà zappés dans le film précédent, apparaissent encore plus abandonnés ici - excepté Pile-Poil, peut-être.
Tout comme TS4, Toy Story 5 n'arrive jamais réellement à se délester de son étiquette de proposition dispensable et superflue, quand bien même il dégaine plusieurs pistes de réflexions fascinantes et nous fait tendrement renouer avec des personnages que nous n'avions jamais réellement voulu quitter... tout le vice (ne parlez plus de magie) du studio aux grandes oreilles.
Jonathan Chevrier



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