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[CRITIQUE] : L'Illusion de Yakushima


Réalisatrice : Naomi Kawase
Avec : Vicky Krieps, Kan'ichirô, Ojiro Nakamura,...
Distributeur : Ad Vitam
Genre : Drame.
Nationalité : Japonais, Français, Luxembourgeois, Belge.
Durée : 1h51min

Synopsis :
Corry est française et vit au Japon. Elle partage sa vie avec Jin et s’occupe d’enfants en attente de greffe cardiaque à l’hôpital de Kobé. Alors que la culture Japonaise a du mal à accepter le don d’organe, Corry se bat au quotidien pour faire évoluer les mentalités et trouver plus de donneurs. Quand Jin disparait un jour sans laisser de trace, elle tente de le retrouver, mais doit aussi mener une course contre la montre pour que la greffe de son jeune patient aboutisse…





On avait laissé le cinéma de Naomi Kawase dans des salles obscures à peine remise de leurs multiples fermetures dû à la pandemie du Covid-19, avec rien de moins qu'une merveille : True Mothers où, entre la perte physique et psychologique, l'attachement fragile et la complexité du rôle de mère, elle s'intéressait aux deux faces d'une même pièce (l'adoption via les deux mères en son coeur - la jeune mère biologique et la mère d'adoption -, au sein d'un récit justement aussi long et fastidieux que le chemin d'une adoption), et s'appuyait sur les partitions au diapason de son casting vedette (notamment la formidable et habitué de son cinéma, Aju Makita), pour mieux croquer un petit bijou de drame intime à l'humanité rare sur la maternité, ou les âmes éprouvées sont en parfaite communion avec la nature toute puissante, qui nous soumet à sa volonté.

Sans tambour ni trompette mais avec une vérité folle, elle répondait à ce que c'est qu'être " une vraie mère " face à l'adversité, à travers deux femmes bien plus semblables quelles n'en avaient l'air.

Copyright CINEFRANCE STUDIOS KUMIE.INC

Cinq ans plus tard et non sans attente, c'est à nouveau avec ce qu'elle sait faire de mieux - une exploration sensible de la complexité des émotions humaines - qu'elle nous revient avec L'Illusion de Yakushima, où elle accompagne avec délicatesse une coordinatrice française de transplantation cardiaque expatriée au Japon, à la frontière limonale entre la vie et la mort : elle se donne pour mission de sauver l'existence d'un jeune enfant et de mener à bien sa greffe au coeur d'une société où le don d'organes est un sujet culturellement encore tabou (quand bien même elle se bat chaque jour pour changer, à son échelle, les mentalités), alors qu'elle doit encaisser la perte de son compagnon, photographe originaire de Yakushima, dont la disparition sans laisser aucune trace est aussi soudaine que brutale.

Une dualité à la fois organique et romantico-onirique, structurelle et tonale (la mise en scène jongle subtilement entre le réalisme du documentaire et la langueur d'un mélodrame aux doux accents oniriques), tissée à partir d'éléments en apparence totalement opposés (une greffe/une disparition, la présence/l'absence) mais intimement liés (deux vrais sujets sociétaux au Japon : le phénomène de “Jôhatsu”, où l'on peut être considéré comme mort sans véritablement l'être; le don d'organes, qui permet de sauver des existences condamnées), et qui prend intimement vie dans cette méditation allégorique et spirituelle qui confronte physiquement et sensoriellement son héroïne comme son auditoire, aux incertitudes de l'existence et à sa fragilité.

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Du Kawase pur jus, jamais plombé par sa sophistication ni par son symbolisme exacerbé (quand bien même sa mécanique se fait moins subtile et poétique que par le passé), qui tutoie un réalisme concret et rare (une longue séquence de transplantation cardiaque) et qui offre à une merveilleuse Vicky Krieps (définitivement faite pour la beauté de son cinéma), l'occasion de briller au détour d'une partition à la fois puissante et toute en retenue.
Bref, espérons que l'on ait pas à attendre cinq ans de plus pour qu'elle nous revienne...


Jonathan Chevrier