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[CRITIQUE] : Histoires de la nuit

Copyright Le Pacte

Réalisatrice : Léa Mysius
Acteurs : Hafsia Herzi, Bastien Bouillon, Tawba El Gharchi, Monica Bellucci, Benoît Magimel, Alane Delhaye, Paul Hamy,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Drame, Thriller
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 1h54min.

Synopsis :
Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.

Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée avec pour seule voisine, Cristina, une peintre italienne. Alors que tout le monde prépare une soirée d’anniversaire surprise pour Nora, trois hommes rôdent autour de la maison et s’invitent à la fête, faisant surgir des secrets bien gardés…





C'était, assurément, au même titre que les pépites de Rodrigo Sorogoyen et Ryûsuke Hamaguchi, notre plus grosse attente d'une Compétition officielle cuvée 2026 qui s'est finalement révélée moins dense qu'elle n'en avait l'air : Histoires de la nuit, troisième long-métrage d'une Léa Mysius de retour sur une Croisette qui lui sied bien (Ava avait été sélectionné à la Semaine de la Critique, Les Cinq Diables à la désormais Quinzaine des Cinéastes), et adapté du roman éponyme de Laurent Mauvignier, pur récit de genre qu'elle s'approprie juste ce qu'il faut tout en opérant une clôture tout en douceur à ce qui est une simili-trilogie de début de carrière à la cohérence implacable, sur une enfance au féminin en pleine prise de conscience de soi comme du monde cahoteux qui l'entoure.

Trois récits d'apprentissage qui interrogent autant qu'ils sont attirés par l'obscurité, et qui trouvent ici leur versant le moins imaginaire mais aussi et surtout le plus extrême, au plus près d'une famille résolument banale, au quotidien dont l'apparente normalité cache en son sein une tension sourde toute en silences, en mensonges et en distances consenties, qui basculera irrémédiablement dans la tragedie un soir d'anniversaire, par l'intrusion de trois individus dont la présence est stratégiquement pensée, pleinement consciente des failles financières (en même temps, mondialisation et gouvernement aveugle oblige, tout le monde rural est englouti dans les ténébres de la précarité économique) comme du passé - potentiellement - trouble de la famille; une menace qui prend sournoisement ses racines dans l'intimité et qui démontre que même le sacro-saint cercle familial, n'est plus synonyme de refuge absolu sous le poids écrasant des apparences.

On n'en doutait pas - mais la confirmation fait chaud au coeur -, Léa Mysius connaît ses classiques (elle s'inscrit plus où moins franchement dans l'ombre de la viscéralité du cinéma de Sam Peckinpah, rarement tutoyé par la production hexagonale) et compose une séance faussement simpliste, anxiogène et d'une efficacité redoutable, l'exemple même de la bonne série B cornaquée avec un tel amour du cinoche du samedi soir que l'on ne peut que l'adorer, auquel elle y apporte sa propre personnalité comme sa propre sensibilité à la fois technique (une mise en scène minimaliste mais soignée, totalement au service de sa tension tout en s'autorisant quelques éclats surréalistes) et scénaristique (une maîtrise du rythme comme des tons remarquable) : le film est tout autant un home - où plutôt farm - invasion/huis clos qu'un thriller psychologique où la violence d'une quête de vengeance insensée est engendrée par la dissimulation (qui engendre elle-même, un peu de barbarisme ne fait pas de mal, un instinct de protection encore plus féroce), voire même un pur récit initiatique sur une enfance à l'innocence souillée par la douleur et la noirceur de l'existence.

Sublimé tout autant par la photographie incendiaire de Paul Guilhaume (qui embaume ce cadre rural aux allures de purgatoire dans une lumière granuleuse et au bleu acier ravageur), que par la direction d'acteurs/actrices d'une Mysius qui offre à Monica Bellucci sont plus beau rôle depuis toujours (et à Benoît Magimel une nouvelle opportunité de briller en cabotinant juste ce qu'il faut; le nerveux et redoutable Histoires de la nuit, pas dénué d'aspérités mais au coeur gros comme ça, est à l'image de la cinéaste à sa barre : jamais réellement là où l'on attend, mais toujours prompt à fermement nous faire nous accrocher à notre siège.


Jonathan Chevrier