[CRITIQUE] : À bras-le-corps (Silent Rebellion)
Réalisatrice : Marie-Elsa Sgualdo
Acteurs : Lila Gueneau, Grégoire Colin, Thomas Doret, Aurélia Petit,...
Distributeur : Wayna Pitch
Budget : -
Genre : Drame, Historique.
Nationalité : Suisse, Français, Belge.
Durée : 1h36min.
Synopsis :
Enceinte à 15 ans, Emma défie la communauté protestante répressive de son village. Affrontant l'hypocrisie morale et le spectre de la Seconde Guerre mondiale, elle transforme son traumatisme en capacité d’émancipation.
Qu'on se le dise, et même si nous l'usons nous aussi à l'occasion (c'est juste... humain, zéro jugement derrière, ne t'offusque pas tout de suite cher lecteur), le jeu des comparaison est, sensiblement, un artifice toujours un chouïa vulgaire (voire putassier, tout du moins lorsqu'il n'est pas usé avec pertinence et qu'il se base sur de maigres similarités) quand bien même plus d'un cinéaste assume, avant même que leurs œuvres ne soient placés devant le regard critique (plus où moins affûté) du spectateur, des affiliations/références qui poussent, justement, à la comparaison.
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Alors oui, c'est peut-être un poil vulgaire, mais difficile de ne pas penser pourtant à une sorte de fusion entre les magnifiques Sorry Baby de Eva Victor et Vermiglio ou La Mariée des montagnes de Maura Delpero, à la vision du premier long-métrage de la wannabe cinéaste suisse Marie-Elsa Sgualdo, À bras-le-corps (Silent Rebellion), récit d'un passage à la vie d'adulte rugueux flanqué dans un cadre historique au patriarcat férocement exacerbé - un village suisse au coeur de la Seconde Guerre mondiale.
La caméra s'attache au calvaire d'Emma, aînée d'une famille sans mère et employée comme domestique chez le pasteur protestant du village, sur le point d'être distinguée/récompensée pour sa vertu par une somme d'argent essentielle à son émancipation (qui lui servirait à financer ses futures études d'infirmière), mais qui va être victime d'un viol - par un jeune reporter habitant lui aussi au village -, qui va l'amener à tomber enceinte et à prendre brutalement conscience de l'injustice systémique dans laquelle les femmes - qui plus est les plus démunies - sont enfermées sans remords (un rôle de mère et d'épouse au foyer imposé), par une mécanique remogieuse et institutionnelle qu'elle va pourtant décider d'affronter de front...
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Coming-of-age movie douloureux sur la violence abjecte de l'homme (montrée avec crudité, mais sans voyeurisme) comme sur une marginalisation/stigmatisation qui brise - littéralement - une existence avant même qu'elle puisse être vécue, que Delpero met, pas toujours adroitement, en parallèle avec le contexte de la Seconde Guerre mondiale et l'hypocrisie d'une Suisse dont la neutralité affirmée est contredite par une collaboration feutrée (qui va de pair avec l'hypocrisie d'un monde adulte qui la célèbre un temps, hypocritement, pour sa vertu, avant de la fustiger pour une destinée dont elle est nullement responsable); À bras-le-corps (Silent Rebellion) se fait un beau et fin portrait de jeune femme au plus près des corps et des visages, qui bascule de l'innocence à une résilience déterminée, et qui décide d'affronter l'adversité d'une existence qui ne lyi à rien donné pour voguer vers une émancipation pieusement souhaitée.
Une modeste surprise portée par la prestation habitée de la particulièrement impressionnante Lila Gueneau.
Jonathan Chevrier



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